Texte libre

Bienvenue sur mon petit blogounet mignon...

vous trouverez ici les premiers chapitres de mon livre, Hoffnringer, que je mijote depuis un long moment déjà! Je le considère comme fini, même s'il reste beaucoup à faire pour en faire un vrai roman, malheureusement, étant Erasmus cette année à Graz, je n'ai que très peu de temps à lui consacrer. Si les aventures de mes héros vous intéressent, manifestez vous et je publierai le reste des chapitres qui dorment depuis longtemps dans les tréfonds de mon ordinateur. Et si vous aimez dessiner des personnages, des paysages... et que vous avez le crayon qui vous démange, défoulez vous sur mes personnages! je rêverai de savoir dessiner... faites moi partager votre talent!

mais trève de bavardage et rendez vous au prologue!

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Jeudi 17 novembre 2005

4-Rencontre

 

<<…Alors que je passais à travers la plaine d’Alfance, qui naît à la forêt de Gel et meurt à la forêt des elfes, Dalanfur, afin de me rendre à la grande Foire de Yahannochia, qui drainait chaque année de plus en plus de monde, je découvris au bord d’un ruisseau une licorne de Ghlahi. J’en restai bouche bée. Il y avait bien longtemps que je n’en avais vu une. La dernière fois, si j’ai bonne mémoire, remontait, à, au moins, une bonne trentaine de printemps. C’était la bonne époque… Sa robe avait pris la même couleur que l’eau qu’elle buvait, une couleur argenté, jaillissante, étincelante, qui projetaient mille petits feux sur les pointes de diamant que creusait l’eau. C’était comme une fontaine qui plongeait dans le ruisseau. Je croyais presque entendre le bruit de la chute. Mon premier mouvement fut de soigneusement l’éviter par un large crochet, car je savai que les licornes appréciaient peu les intrus, et le leur faisait sentir, assez douloureusement, mais, mû par je ne sais quel désir stupide, je me rapprochai d’elle, doucement.  Elle me sentit cependant, et d’un coup je ne vis plus rien. Sa robe avait pris la couleur de la nuit. Je ne voyais plus que les reflets du ruisseau éclairés par une faible lune, et un sol à l’herbe riche et grasse. Finalement, je distinguai ses yeux, deux sortes de lucioles bleues, semblabes à la couleur de l’eau, une couleur transparente et à la fois de l’éclat du diamant le plus pur. Je l’observais, elle m’observait, nous nous observions.

 

Ce petit jeu aurait pu durer longtemps, je pense, si un ronflement de bête sauvage ne m’avait fait sursauter et dégainer ma dague. Je lançai immédiatement l’un des rares sorts que je connaissais, et j’éclairai ainsi l’endroit. La licorne m’apparut, ou plutôt sa forme m’apparut. Un vide. Toujours noire comme la nuit,  j’avais l’impression qu’un abime béant s’ouvrait devant moi. Mais je ne m’attardai à cet étonnant spectacle; d’ailleurs, la licorne revint au bleu-ruisseau. Je fouillai du regard les environs. Je m’attendai bien à découvrir une bête sauvage, mais ça, non. J’étouffai un juron quand je le vis. Saletés de bêtes puantes. Toujours à danser, chanter, festoyer. Je ne les détestai pas, ces vieilles bêtes, mais mon sentiment n’en était quand même pas très éloigné. D’ailleurs, on pouvait dire qu’elles nous le rendaient assez bien. Eh ! mais pardonnez-moi, cher lecteur, je m’oublie : c’était un elfe. Oui oui, un elfe, un vari, quoique... sur le coup, cela ressemblait surtout à un curieux mélange  d’elfe, de trappeur, d’aventurier et de loqueteux bien humain. Ce qui me frappa ensuite fut sa monstrueuse épée, qu’il avait fichée dans le sol. Large comme mon poing, grande comme moi, et qui me semblait trop rutilante pour être honnête. Lui dormait à terre, ses affaires en vrac, allongé de tout son long sur l’herbe humide. Il n’avait même pas étendu  de couverture en-dessous de lui. Une grande gibecière rapiécée de partout lui servait d’oreiller. Son bras droit, allongé à terre, tenait fermement une arbalète, qui, bizarrement, avait deux rampes. Et il paraissait tenir fermement cette arbalète. La main gauche n’était pas en reste : elle renfermait un solide poignard, inondé d’un sang que j’espérai depuis longtemps séché. Très doucement, je repartis à reculon, quelque peu refroidi à la vue de son attirail. Puis je me retournai, et accélérai le pas. Ce fut une sorte de sifflement sec, qui se termina en un bruit mat et sourd. La flèche s’était fichée à côté de moi. Je levai les mains aussitôt. Oh ! non, lecteur, surtout ne pensez pas que j’étais à ce point froussard. J’aurai pu courir, si.... Si je n’avais été stupéfait par l’efficience de l’elfe. Quand  je l’avais vu, il avait certes son arabalète à la main, mais elle n’était pas fléchée. Et je n’avais pas vu de carquois près d’elle. D’ailleurs, je n’avais pas vu tout de carquois, ni même de flèche. S’il avait réussi à me tirer dessus aussi rapidement, et sans que je l’entende encocher ses flèches, qu’il n’avait pu prendre que dans la gibecière, c’est qu’il devait être très fort.

 

 - Alors alors, on ne vient pas dire bonjour, le gnome ? On a peur ? me dit-il d’une voix endormie.

 

Si pour chaque coup que ma poitrine battait j’avais gagné un quazil, je serai devenu roi en quelques secondes, avec une armée de cent mille chevaliers prêt à me suivre jusqu’en enfer.

 

- Ton nom ?

 

- Lo-lo-lo-d Ta-ar, à-à-à-à vôôôtre serservice service.

 

- M’en passerai. Ton nom en entier, allez !

 

Je pris une grande goulée d’air, et je pris mon courage à deux mains.

 

- Lod Tar, pour vous servir. Fils d’Andain le fils de Lodanolf, de la gens des Tar.

 

Je tournai la tête doucement, mais je fus arrêté par un ordre sec.

 

- Regarde tes pieds, idiot.

 

Ce que je fis. 

 

- Kesse tu foutais ici ?

 

- Yahannochia.

 

- Tu es encore une de ces charognes qui vont de foires en foires voler ?

 

Piège. Piège gros comme mon pif. Ce jœrt n’était pas honnête. À sa mine, on voyait bien que voler ne le dérangeait pas. Mais, n’étant pas sûr, je ne répondis rien. Je tentai de me concentrer assez pour lui lancer une boule de feu en pleine tête, et déguerpir tandis que sa tête imiterait le style torche vivante. Mais je n’arrivai pas à me concentrer pour le saisir. Il m’aurait fallu être calme, et je tremblai plus qu’un navire en pleine tempête.

 

- À ton accent, t’es d’Algueurett, hein ?

 

- Qu’est-ce que ça peut te foutre, répondit-je aigri. Y a plus d’d’Algueurett depuis un bail.

 

Un bruit sec, un bout de fer qui claque.

 

- Mal entendu. Peux répéter ?

 

Furax j’étais, ami lecteur. J’m’étais juré de ne jamais évoquer encore ces souvenirs, de crainte de sombrer dans le désespoir le plus noir et en crever. Là, la question se posait autrement. Je soupirai. 

 

- Ouais.

 

- Retourne toi.

 

Il était debout, adossé à un rocher massif, sa tête, dépassant un peu au-dessus, était fouettée par le vent qui soufflait fort. Son arme était toujours braquée contre moi, je remarquai d’ailleurs que les deux rampes étaient à nouveau chargées, mais il souriait faiblement.

 

Chapitre écrit en l’an 2412, de l’ère humaine » 

 

Par Bégot - Publié dans : hoffnringers
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Jeudi 17 novembre 2005

3-Poursuite      

 

Galdriss éjecta Dórian de son cerveau. Il avait une sainte horreur que Dórian le contrôle quand ce n’était pas absolument nécessaire. Ou alors quand son amour-propre en était froissé. Et en plus ça lui donnait un mal au coeur à en vomir.

 

Après avoir rapidement parcouru les dix premiers mètres d’eau où il n’y avait que peu de profondeur, Galdriss arriva à un redan, et il piqua net. Son sillage à la surface de l’eau était encore visible, ils l’avaient peut-être repéré.

 

Le lac était profond et ses eaux d’un bleu sombre et glacial. Galdriss n'osa imaginer les bêtes qui devaient habiter dans la faille insondable qu’il découvrit au centre du lac.  Il préféra ne pas s’attarder au-dessus et continua sa route. Après six heures de plongée à petite vitesse, il coupa les moteurs à une centaine de mètres du rivage pour s’échouer sur le fond sablonneux. Ses scopes ne signalaient rien d’anormal, que quelques poissons fluorescents et filiformes. Il libéra une balise, qui tractée par un filindre de supernylon, approcha lentement de la surface, puis creva enfin l’onde calme. Les échos de son radar passif ne signalaient que quelques lions endormis à l’ombre d’un rachitique bosquet. Cependant, Galdriss, que son accroc avait refroidit, opta pour une sieste bien méritée après tant d’émotions. Dorian rappela la balise, puis se mit en veille.

 

Le nafa sortit du marécage à la nuit tombée, et tous ses circuits inutiles dans l’occasion coupés, il s’avança à travers la plaine.  La balise n’avait toujours rien signalé. Les gauxbleins n’avaient pas paru. Ils devaient bien faire partie du convoi qui venait de s’installet dans l’ancienne base ladéinite. Son destrier, dont il avait désactivé les boucliers, frôlait le sol, butant parfois contre une branche ou une pierre, et leur bruit se transformaient en un fracassant tintamarre aux oreilles de l’elfe. Seul Dórian était impassible. Il n’était pas affecté par la peur.

 

La nuit était d’encre. La lune d’Alphis avait disparu derrière une épaisse colonne de nuages, telle une colonne de soldats farouches marchant vers les Grandes Montagnes, pour y mourir.

 

En tant qu’elfe Galdriss perçait quelque peu la couche des ténèbres, et en tant qu’elfe cybernétisé il voyait à travers la shape de la nuit comme si la lune eût été pleine.    Tous les scopes et les ordinateurs  du destrier débranchés, il se guidait à la boussole.

 

Comme rien ne semblait vouloir troubler le calme de cette nuit, Galdriss accéléra, jusqu’à arriver à une moyenne de soixante à l’heure. Avec un peu de chance, il ne metrait que quelques heures à parcourir la distance découverte.

 

Dorian capta des émissions codées en impérial. Galdriss coupa tous les circuits. Son engin s’écrasa lourdement au sol, balança à droite et à gauche, puis se calma, comme vidé de toute énergie.

 

Que devait-il faire ? Seul devant le nuit noire, Galdriss s’interrogeait. Dórian suggéra de contourner largement l’obstacle. Avec un peu de chance, ils arriveraient à passer sans encombres. Mais Galdriss se demandait pour quelle raison ce camp était si bien camouflé. Sa vision infrarouge ne décelait aucune lumière. Les Impériaux étaient pourtant sur leur  planète ! Les pertes des pffiters l’attestaient. Ils n’avaient rien à craindre. Ils n’avaient même pas de mams ou d’autres engins de mort en service.

 

Cédant à la curiosité, Galdriss sortit du véhicule, saisit la planche anti-gravité destinée aux éjections, tandis que Dórian copiait les coordonnées du destrier et de l’origine des émissions.

 

Galdriss se plaça sur sa planche, et plana au-dessus du sol. Il glissa à toute vitesse vers l’origine de ces communications, et ralentit au dernier kilomètre, lorsqu’il arriva devant l’orée d’une forêt . Les arbres n’étaient pas de fibremétal. C’étaient pour ça que les Impériaux avaient réussi à communiquer.

 

Il continuait son approche lente et furtive, quand il s’arrêta net. Une forêt ? ici ? et pure ? Il fut accablé par cette constatation. Il avait dirigé son vaisseau beaucoup trop au sud. Il venait de gaspiller la moitié de la nuit à voguer inutilement, et il croyait savoir que la région était fortement contrôlée par la République darée. Il était entré dans une nasse dont la seule façon de sortir était de rentrer dans la gueule du loup.

 

La planche glissa au-dessus des branchages morts, des feuilles desséchées, noires de nuit, slaloma entre les lances et les fers des arbres, dont les feuilles, traversées par un vent glacial, chantaient une triste complainte.

 

Un empire de racines fines et nerveuses s’étendait sous ses pieds, légèrement comprimées par le passage du répulseur. Deux grands arbres s’élevaient devant Galdriss, qui ne recevait toujours pas l’écho d’un quelconque bâtiment dans les environs. Il passa entre eux, rectifia un peu sa trajectoire, et s’écrasa au sol. Le trap, qu’il avait réveillé en passant devant ses visioscope, venait de désintégrer sa planche. Il boula au sol, et s’abrita derrière un arbre massif qui répandait ses branches en un puissant bouclier, que le trap entama vite. Au loin, Galdriss entendait d’autres machines de guerre se mettre en marche.

 

Galdriss saisit son mitrailleur, rampa de l’autre côté de l’arbre, et se retrouva nez à nez avec le trap qui avait fait la même manœuvre que lui. Le trap ne mit que quelques milisecondes à reconnnaître son ennemi, cependant ce fut trop long. Dorian s’était activé, et avait balançé toute la sauce à son nez. Il commanda au destrier de venir prendre Galdriss, et l’emporta le plus loin possible de la carcasse fumante de l’infortuné trap. Derrière eux, un sourd grondement s’amplifiait, précédant l’arrivée imminente de chars d’assauts lourds. S’ils attrapaient Galdriss, l’accroc avec le trap serait à côté un exercice d’entraînement.

 

Une pluie de lasers s’abattit derrière Galdriss, liquéfiant une bonne partie de la forêt. Le destrier venait d’arriver, et crachait toutes ses tripes pour sortir Galdriss de ce guêpier. Les moyens qu’il employait n’étaient pas disproportionnés : une dizaine de chars avait survécu au déluge de feu, et déversait maintenant le leur sur le fuyard.

 

Le destrier, qui s’était rapproché de sol jusqu’à le toucher, ouvrit son habitacle, attendant son pilote avant de repartir en chandelle.

 

Un trap, monté sur un des chars, ajusta Galdriss et lui arracha le dos avant que celui-ce ne s’écroule dans son destrier, qui décolla en trombe, manquant d’achever Galdriss par le nombre de g qu’il lui imprimait. Tous les circuits activés, le destrier, filait vers le Nord, espérant gagner le Grand Désert, et ainsi échapper aux poursuites. Mais entre lui et le désert volaient quatorze Sæwous, en formation d’interception.

 

Par Bégot - Publié dans : hoffnringers
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Jeudi 17 novembre 2005

2-Alphis

 

 

Dardant ses rayons écrasants sur la planète étouffée, le soleil étincelait dans son armure de lumière. Au septentrion s’étendait, sans fin, le Grand Désert, brillant de milles feux, aveuglant le téméraire qui osait le regarder, dévorant le fou qui osait le pénétrer. Par de la terre séche, craquante et rocailleuse naissait cette mer de sable. Plus loin, plus au nord, cette terre qui jamais ne buvait était timidement recouverte par un linceul doré, qui bientôt l’enveloppait entièrement de larges et hautes dunes, engloutissant en moins d’une heure avec l’aide des vents carnivores le voyageur égaré.

 

À l’ouest, luttant contre l’avancée du désert affamé, se dressait une frêle oasis, havre de paix et de fraîcheur, constamment entretenue par les autochtones, qui s’efforçaient chaque jour de voler quelques centimètres, quelques mètres à la terre brûlée. Cette oasis s’étendait sur des lieues et des lieues, étendant son corps entre le Désert et les terres habitées.

 

À l’est, l’oasis cédait le pas à une haute chaîne de montagnes, qui opposaient leur masse et leurs neiges éternelles à l’inconsistance et la sécheresse du Désert.

 

Le versant nord de ces montagnes était aussi pourvu de végétation qu’un chauve de cheveux. Mais, une fois passée leur crête, une sylve bizarre recouvrait comme une barbe foisonnante ces colosses de terre et de rocs.

 

En courant vers le sud, ils se dégonflaient et mourraient en collines, vaux et vallées, ensevelis sous une flore conquérante, ignorante du Grand Désert. En continuant encore vers le sud, le relief s’estompait, se transformait en une vaste prairie, parsemée de ci de là de rares bosquets. Dans le lointain, on devinait au reflet la présence d’un lac ou d’une mer.

 

Parmi les montagnes, hors de vue du Grand Désert, écrasé par l’averse de feu que crachait le soleil, se tenait un petit col. À son sommet avait poussé un arbre, qui, maintenant grand, contemplait depuis son petit perchoir les grandes soeurs de sa colline. L’arbre, un brache, ne possédait que de fines épines en guise de feuille. De lui partaient des centaines de grosses racines assoiffées, s’étendant en surface, recouvrant complètement le sol. Par endroits, elles s’élevaient en murailles hautes d’un mètre, formant des caches idéales pour un guetteur. Parmi elles veillait  Galdriss, à moitié anéanti par la chaleur, qui essayait tant bien que mal de remplir son rôle. Son caractère vantard et prétentieux l’avait amené à faire ce guet, afin de prouver aux pffiters qu’un elfe savait supporter la chaleur aussi bien qu’eux. Mauvais joueur, il accusait maintenant les pffiters de lui avoir tendu un piège, afin de le tuer dans cette étuve. Dorian, l’ordinateur qui était intégré dans son cerveau, calcula qu’ils devaient encore patienter une heure sous la canicule avant la relève. L’elfe, sachant très bien que Dorian était indifférent à la chaleur, apprécia peu ce trait d’humour sadique et le rabroua, en vain. 

 

Galdriss gardait le premier guet, le moins apprécié, et le plus relevé, car sa discipline était stricte : pas de douceurs autorisées. Les pffiters en avaient l’habitude, et supportaient bien ce régime. Galdriss non. L’idée que Taran, le second guetteur, était tranquillement installé, sous le feuillage rafraîchissant des phiars, des arbres au feuillage filandreux et métalique abondant, le rendait fou. Il se retourna, et souleva un coin de la bâche qui assurait son camouflage complet, cherchant le guet du pffiter. Ce fut Dórian qui le lui signala. Taran, confortablement installé dans un fauteuil réfrigérant, plongeait sa trompe gauche dans un seau d’eau, que Galdriss savait être glacé. Si Taran avait alors regardé l’elfe, il aurait sans doute frissonné face aux deux yeux meurtriers, malgré son caractère difficilement impressionable.

 

S’il n’y avait eu que la chaleur, la position eût été un peu plus tenable  pour Galdriss. Mais à elle se rajoutait une terrible réverbération, que seules de puissantes lunettes de soleil atténuaient un peu. Galdriss était drapé de la tête au pied : sa peau neige de nacre brûlait sous le soleil d’Alphis. Il avait essayé le bronzage à son arrivée, mais après avoir passé trois jours à l’hôpital chez les grands brûlés, il avair renoncé à ce projet.  Tandis que Taran n’était nullement gêné par l’éclat du soleil, son corps protégé par une fine toison semblable à de l’étoffe.

 

Encore trois jours à tirer, pensa Galdriss. Qu’est-ce que j’en ai marre de cette fichue planète, et de ces crétins d’habitants.

 

Il était arrivé un an plus tôt, afin de parfaire son entraînement de picode, en milieu hostile et brûlant. Faire partie du commando D’entregastel, composé uniquement de picodes, était un titre qui se méritait. Galdriss le méritait. On l’avait fourré chez les kandaux, une tribu pffiter qui menait une guérilla féroce contre les forces de Lodern, et qui avait réussi à les contenir au sud de ses terres. Il lui en avaient fait voir de belles : traversées en solitaires du Grand Désert, du lac Seltan dans sa longueur, sans moyen de souffler, ballade en cache-sexe pendant deux mois parmi des montagnes enneigées, et bien d’autres, qui auraient suffi à tuer un géant. Cela faisait partie des rites initiatiques pffiters, qui marquaient le passage d’enfant à adulte. Avec ce qu’il avait enduré,  - les kandaux ne s’étaient pas montrés très empressés à le voir devenir “adulte”, ils lui avaient même franchement mis des bâtons dans les roues - il pensait qu’il pouvaît légitimenent être élu vénérable pffiter et siéger aux palabres du soir.

 

Après ce rite, très éprouvant, les kandaux ne se refusaient plus les petits plaisirs de la vie, comme le faisait Taran. Galdriss était consumé par l’envie de l’éjecter de sa place et de se plonger dans l’eau. Si seulement il avait pu laisser un droïd en surveillance quelques instants. Hélas, les kandaux n’avaient pas de droïds de surveillance et ne souhaitaient même pas en avoir.

 

De toute façon, se sermonna Galdriss, c’est bientôt fini. Encore trois jours, pas question de flancher ! Je parie que c’est la première fois qu’un elfe aura tenu tête aussi bien à leur foutue planète ! Quand je vais raconter aux Ent’ ce que j’ai dû faire ! Ils n’en reviendront pas !

 

Il se réinstalla normalement, et scruta encore et encore les montagnes, en quête d’un quelconque mouvement, étudiant les contours des pics, les formes des crevasses, les courbures des parapets, les branches des arbres.

 

Malgré sa concentration et sa volonté, il ne put empêcher son esprit d’aller vadrouiller. Il se demanda pourquoi l’Empereur avait conquis cette planète. Hostile à la vie de la plupart des espèces, elle avait été soumise à des rayons dévastateurs d’une supernova quelques milliers d’années auparavant, elle n’avait aucun intérêt. Lodern avait quand même d’autres chats à fouetter ! Cet autre empereur, Manik, lui causait bien des soucis. Ces deux bouffons se battaient ainsi depuis quatre cent ans, sur toute une galaxie, à la frontière de leurs mondes respectifs.

 

Est-ce que pour les elfes d’avant l’an un, quatre cent ans était une longue période ? Il se souvenait encore des veillées du soir auprès du feu, quand le préfet d’études racontaient des histoires pour que ses camarades de classe s’endorment. À l’époque, il était fréquent qu’un elfe ne meure pas, il se désincarnait simplement vers les Forêts de Verdure. Ces légendes les faisaient rêver, car il  savaient pour le vivre au quotidien qu’un elfe de vingt décades était considéré comme un vénérable. Les morts par causes violentes étaient permanentes, et saignaient la lignée elfe, jusqu’à son anéantissement probable. Déjà, les gnomes s’étaient éteints, et n’avaient pu léguer qu’une infime partie de leur savoir ésotéricotronique, et encore, ces abrutis l’avaient légué aux nains.

 

Si la plupart avait quitté ce monde en luttant contre la tyrannie de Lodern, il y avait aussi eu beaucoup d’idiots à essayer d’entamer des pourparlers de paix avec ce guignol sanguinaire. Celle-là, ils l’avaient cherchée.

 

- Tu remplis mal tes fonctions, elfe.

 

- Je ne suis pas sensé surveiller ce que surveille le second guetteur, rétorqua-t-il à Taran qui s’était glissé auprès de lui.

 

Le pffiter sourit, et se contenta de lui tendre un bloc-données. Galdriss le lut, et maugréa.

 

- On ne peut pas dire que vous m’épargniez grand’chose, les gars. Vous êtes...

 

Galdriss s’étrangla. Il venait de lire le grade de celui qui avait donné cet ordre. Un sous-caporal.

 

- Mais ça va pas la tête ? Tu peux aller dire à ce sous-caporal qu’il peut aller se faire foutre ! J’ai passé mon initiation ! Terminé les corvées que tout le monde pouvait me donner ! Je ne prends d’ordre maintenant que d’officiers supérieurs, compris ?

 

Taran reprit le bloc-données, et ajusta le microphone miniature qui était cousu dans sa barbe.

 

- Il refuse, j’ai gagné mon pari. Tu me dois deux cent saquis.

 

La somme fit sursauter Galdriss. Deux cent saquis, c’était une somme. Presqu’un mois de la solde d’un soldat de troisième classe. Il réfléchit rapidement. Il allait rentrer à la base, s’ennuyait ferme une après-midi de plus à étouffer de chaleur. Une sortie lui ferait du bien. De plus, il n’avait franchement pas envie que taran empoche ces deux cent saquis. Il se saisit du bloc-données et quitta son poste.

 

- Primo, tu me remplaces, Taran. Deuxio, t’as perdu.

 

Le fait d’avoir fait perdre deux cent saquis à Taran le réjouissait autant que sa mission l’ennuyait : il devait remettre ce bloc-données au commandant Träm qui était à trois cent kilomètres de là. Normalement, avec une bonne flèche, il n’y aurait pas trop de problêmes, cependant, on avait constaté que les forces impériales montait chaque jour de plus en plus au Nord, et il était à craindre que la voie à suivre fût investie par une troupe de reconnaissance, assez forte toutefois pour écraser une flèche isolée.

 

Il rejoignit l’ancien guet de Taran et plongea avec délice sa tête dans le seau d’eau qui lui parut être un bloc de glace. Il y resta en apné pendant deux minutes de bonheur polaire, jusqu’à ce que la relève de Taran arrivât.

 

Ils s’échangèrent un petit signe de tête, quasi-imperceptible et Galdriss s’éloigna. Il comprit tout à coup quelque chose, qui le fit piler. Si la relève arrivait maintenant, c’est que Taran avait prévu que de toute façon, il dirait non... Il eut envie de revenir sur ses pas et de le tuer, mais il s’en retint. Il s’y était embarqué, il se couvrirait de honte à renoncer.

 

Il dévala la pente, passa devant le troisième poste, qui surveillait une piste sinueuse  rasant au plus près le pied de la petite colline, en évitant constamment le contact avec la montagne voisine, géante, qui paraissait l’effrayer. Galdriss sentait une paire d’yeux braqués sur lui, un sourire narquois et condescendant humiliants. Au flanc de la montagne, perdu parmi les feuillages, caché sous un habile camouflage était tapis l’un des guetteurs de la montagne, plein de mépris pour cette demi-portion qui pourtant résistait si bien à Alphis.

 

L’entrée du camp était soigneusement dissimulée sous un épais manteau de verdure, lequel, une fois dépassé, laissait voir une grottte, une anfractuosité plutôt, qui se continuait quelques mètres en un corridor étroit et étouffant, puis débouchait sur une grande salle taillée des milliers d’années auparavant par les premiers maquisards des Marches de l’Inède, agrandie depuis par leurs descendants.

 

À la droite de Galdriss, la salle de garde, où jouaient quelques pffiters et djinns. On devinait le dortoir du camp à travers une porte entrebaillée, dans un coin sombre du fond. Après la salle de garde, une sous-grotte abritait l’armurerie. Galdriss s’apprêtait à la dépasser quand on l’appela. Un gros pffiter, bien replet, aux doigts gourds lui présenta un bâtonnet fin, long d’une trentaine de centimètre, qui se terminait à un bout en une tête barrée d’un rictus mauvais. Il était recouvert de peintures vives, et trois plumes couvraient la petite tête rouge et or.

 

- Vous donnerez ça au commandant Träm, tant que vous y êtes.

 

Comment pouvait-il savoir qu’il allait porter des ordres au commandant ? Galdriss regarda ses galons. Un sous-caporal. Si les yeux pouvaient tuer, le sous-off aurait été désintégré.

 

- Kekcè ?

 

- Quelque chose, répondit le sous-off en retournant à l’armurerie.

 

Galdriss vit rouge. Non seulement ce moins que rien lui donnait des ordres, mais en plus, il refusait de lui répondre ? Il prit le bâton et le balança vers le sous-caporal. Un bruit mat suivi d’un juron lui apprit qui’il avait bien attrappé la tête. Galdriss s’apprêtait à repartir, quand il tomba nez à nez avec le colonel commandant la base. Il salua mal à l’aise.

 

- Je sais très bien, lieutenant, que revevoir des ordres d’un sous-cap est profondément humiliant, et surtout irritant quand ledit caporal est désinvolte, mais il s’agit là d’une de vos denières épreuves : l’humilité. Vous nous avez largement fait la preuve de vôtre force, nous testons maintenant votre mental. Y voyez-vous un inconvénient ?

 

Galdriss, le regard vide, répondit mécaniquement :

 

- Aucun, mon colonel.

 

- Bien. Alors, portez ce totem au commandant Träm, lieutenant.

 

- À vos ordres, mon colonel.

 

L’effrit ne répondit pas au salut de Galdriss et repartit au PC kandal. Le sous-caporal salua d’un mauvais sourire, que Galdriss ne rendit pas, délibérément. Le sous-off haussa les épaules, puis il repartit dans son armurerie, traînant sa graisse ondulante et remuante.

 

Toi, je t’archive. Que je te retrouve sous mon commandement, et tu peux être sûr que tu vas morfler...

 

Dorian avait enregistré toutes les caractérisques du pffiter, et en avait déjà fait une image en trois dimensions. Les ondulations de sa couenne frémissante en prime. Galdriss fourra le totem dans une des poches de sa robe chevillée , qui se referma aussitôt hermétiquement, et repartit droit vers le parc à véhicules. Une dizaine d’appareils hétéroclites s’y trouvaient. Trois rapides-flèches monoplaces, deux rapides quadriplaces, un glisseur lourdement armé, cinq flèches lourdes. Et d’autres véhicules absolument innommables. Galdriss prit une flèche-rapide, et tandis que Dorian transmettait le code de l’ordre et demandait l’autorisation de prendre ce véhicule, il considérait les caractériques de l’engin. Deux répulseurs pour le maintenir à un mètre du sol, deux propulseurs de croisière, et un d’appoint. Avec les trois lancés jusqu’à ce que leur métal rougisse, la flèche explosait littéralement le cinq cent kilomètres heure.

 

Le contrôleur vérifia srr le radar la présence d’éventuels intrus, puis ouvrit le portail. Lentement, celui-ci glissa, révélant la lumière crue du soleil, bien plus cruelle que celle engendrée par les faibles lampes du camp. Dorian lança les moteurs, traçait déjà le parcours à faire. Galdriss cherchait le nom du sous-officier. Il finissait cette mission, et après il irait expliquer son fait à ce guignol obèse.

 

Galdriss s’allongea confortablement sur la banquette qu’il régla en mode literie, et s’endormit, laissant la conduite à Dorian.  Après deux cents kilomètres de gouffres, de pics, de forêt et de neige, de tunnels et d’obstacles, passés sans encombres, le rapide s’immobilisa au pied de la dernière montagne. Galdriss se réveilla. Devant lui, cent kilomètres de découvert. Dorian avait déjà énormément réduit la distance dangereuse, mais ces cent kilomètres étaient incompressibles. C’était là le moment le plus crucial.  On avait détecté des patrouilles ennemies quelque jours auparavant dans cette zone. Et pas moyen de lancer une recherche d’intrus : une recherche active le ferait remarquer tout de suite.

 

Il ya des jours, Dorian, où j’aurai préféré être mage plutôt que de t’avoir dans le crâne.

 

L’ordinateur n’écoutait même pas. Il scrutait la plaine à travers les yeux-jumelles de Galdriss. Rien de bien méchant en vue. Il s’avança le plus possible hors du cocon protecteur de la montagne, sonda encore les environs, laissa à Galdriss  le temps de réciter une rapide prière, et continua tout doucement à avancer. Les mains de Galdriss étaient moites. Dans ses moments là, il n’aimait pas que Dorian contrôle la flèche. Un Mobile Armé Multi Senseur  dans le coin et il était mort. Rien, toujours rien. Dorian accéléra un peu la vitesse, collant au plus près du sol. L’herbe haute défilait sous l’engin, l’effleurant. Une herbe de savane, jaune d’or, rutilante, étincelante sous le dur soleil, quelque fois masqué par de rares et frêles nuages, déposés là par un vent depuis longtemps éteint. Aussi loin que Galdriss pouvait voir, il ne distinguait que cette herbe sèche, ce blé prêt à être moissonné dont les épis formaient les grains d’une grêve lissée par une marée descendante. Un seul rocher, la-bàs, au sud, déchirait ce voile féérique. Rocher ? Dorian l’avait pris comme tel. L’instinct, cette chose irrationnel et  inconnue chez un ordinateur, fit Galdriss envoyer une terrible décharge magnétique pour accélérer. La flèche bondit, laissant s’écraser derrière elle un rayon ionique. Le Mams avait visé juste et aurait paralysé la flèche sans l’intuition de Galdriss. Dorian activa tous les senseurs. Au sud, le rocher était entouré d’une cinquantaine de gauxbleins sur glisseurs légers, qui lançaient leurs engins.

 

Nouveau rayon, bien plus près cette fois-ci. Sur l’écran, Galdriss vit que les gauxbleins s’étaient mis en chasse. Il ne s’en inquiéta guère, leurs trois cents kilomètres heures ne pouvaient rivaliser avec son cinq cent. Ce qui l’inquiétait plus, c’était le mams. Ses tirs étaient à chaque fois plus précis, plus proches, bientôt sur lui. Embardées sur la droite, sur la gauche, envols soudain, tonneaux collé au sol, Galdriss épuisait ses ruses, et la mams continuait à tirer.

 

Celui-ci fut impossible à parer. Presque un coup au but. Il perturba le système de guidage, envoyant Galdriss valdinguer et ricocher légèrement contre le sol. La flèche continua de foncer d’un vol erratique et un peu détraqué.

 

Les tirs cessèrent enfin. Galdriss était hors de portée. Il réalisa enfin à qui il avait eu affaire. Des gauxbleins. C’étaient des gauxbleins qui l’avaient allumé. Lodern avait osé envoyer de telles saletés sur Alphis. Il n’estimait vraiment pas cette planète pour lui envoyer de tels rebuts.

 

- Des dégâts, Dorian ?

 

- Je n’arrive plus à accéder à l’ordinateur de contrôle. Il faudrait qu’on s’arrête pour vérifier, mais c’est actuellement impossible à cause des gauxbleins. Toutefois, je ne pense que nous ayons été gravement endommagés, ni par les résidus du tir, ni par le léger choc que nous avons subi.

 

Dorian et Galdriss ignoraient que le ricochet avait assez gravement abîmé la pale de direction gauche. Lancé à toute vitesse, Galdriss se colla de nouveau au sol, afin de confondre son écho avec celui d’une dépression, même s’il n’en avait pas vraiment  vu l’efficacité tantôt. L’engin trembla.

 

Il semble que nos dégâts soient plus importants que prévu. Il n’est pas normal que nous tremblions à cinq cents kilomètres heure. 

 

Un des deux tendeurs de la pale lâcha.  Elle se mit vibrer à tout rompre, et n’allait probablement attendre longtemps avant de se dépareiller de l’engin qui commençait à devenir difficilement contrôlable.

 

- Saletés de pffiters. Pas fichus d’avoir un matos correct qui tienne au premier petit accroc.

 

S’écraser à cette vitesse serait fatal. Il fallait baisser le régime.

 

“Pour me faire allumer ? Compte dessus et bois de l’eau bien claire. Ce truc tiendra jusqu’à la base Un - du moins je l’espère”, ajouta-t-il pour lui-même.

 

Dórian intercepta cette réflexion, mais ne dit rien.

 

Le rapide arriva en vue d’un lac, immense. Le lac Seltan, qui rappellait à Galdriss d’agréables souvenirs... Il ne distinguait même pas son extrémité. Le rapide bondit sur l’onde miroitante et limpide, brusquement secouée par les répulseurs, qui forcèrent le régime afin d’éviter que la flèche ne plonge et coule. EIle s’affaissa un peu, puis se stabilisa à cinq centimètres de l’eau. Les répulseurs, qui ne rencontrait pas assez de résistance dans l’eau pour fonctionner de manière optimale, aurait quand même pu soulever l’engin à plus d’un mètre. Cependant, la mer était étale, seulement troublée par les tourbillons du rapide et Galdriss préférait privilégier la vitesse à l’altitude de vol. Une écume blanche, moutonnante sur les vagues déferlantes, traçait le sillage du hors-bord. Le lac défila en un clin d’œil, la rive était à portée de main quand la pale sauta, envoyant vriller follement sur la droite Galdriss qui perdit tout sens de l’orientation. Dórian calcula, examina, conclut et agit en un clin d’oeil. Il prit le contrôle de Galdriss, et lui fit lâcher la flèche en perdition. Galdriss fusa, volant au ras de l’eau, projeté par la force centrifuge. Il décrivit un courbe, arriva à son faîte, parut s’immobiliser dans les airs puis il retomba lourdement sur l’eau, dure comme du cristacier. Galdriss resta quelques moments hagard, sonné par la violence du choc. Dórian lui administra une courte décharge électrique qui le tira de sa léthargie. La rive sablonneuse n’était qu’à quelques encâblures. L’eau était bonne, douce et paisible. Galdriss eu pied bien avant de toucher la plage. Il se délecta, nagea lentement, remerciant les dieux de l’avoir fait voltigé là, au bon moment. Un peu avant il n’aurait pu rejoindre le rivage, un peu après il se fracassait au sol.

 

Il posa pied sur la grève de sable. Il le tâta. Il était rose, à grain minuscules. Il s’assit, et se reposa quelques instants, afin que son cœur puisse arrêter de battre la chamade.

 

L’eau était belle et limpide, agitée de quelque bulles, derniers cris de la flèche noyée. Une petite brise rafraîchissante  soulevait de petits rides qui striaient l’onde étale et séchait rapidement Galdriss, aidée du soleil de plomb les vê, sécha rapidement Galdriss, qui appréciait pourtant la fraîcheur de ses vêtements mouillés. L’eau était à trente degrés, dix de moins que la température à l’ombre.

 

Deux oiseaux blancs à becs jaunes passèrent au-dessus de lui. Galdriss les admira. Ils étaient en effet superbes. Il est regarda jusqu’à ce qu’ils passent entre lui et le soleil, puis  ébloui  par l’intense lueur, il ferma les yeux. Quand il les rouvrit, les oiseaux avaient disparu.Il soupira et se releva. L’œil toujours aux aguets, il quitta la grève, s’époussetant de son sable rose qui s’était collé à ses vêtements puis il pénétra dans un petit bosquet qui s’arrêtait au pied d’une falaise, laquelle courait sur des kilomètres le long du lac. Obéissaat aux  instructions de son ordinateur, il la gravit, suivant les traces nettes qui marquaient la paroi. Les prises étaient faciles, polies par d’incessant passages. Galdriss ne se souciait pas des glisseurs lancés derrière lui. La région était toujours au main des pffiters et les gauxbleins savaient quelle était la limite à ne pas franchir, sans forces conséquentes en appui-feu. Il laissa sa main errer au delà du rebord de la falaise, à la recherche d’un appui, afin de lui permettre de franchir le léger surplomb de l’à-pic. Il se hissa d’une poussée, et quand il vit ce à quoi il s’agrippait si fortement, il faillit lâcher prise. Un pffiter, allongé au sol, le braquait. Et c’était le canon de l’arme que Galdriss avait accroché. Le moment de surprise passé, l’elfe se dégagea complètement de la falaise. L’effrit continuait de le pointer. Il n’était pas du même acabit que ceux de la Deux. La première chose qui frappa, qui transperça Galdriss, fut la paire d’yeux farouches et sanglants braqués sur lui. Taillé comme une armoire à glace, avec des bras larges comme des troncs d’arbres, le bougre impressionait. Sa peau rouge passé révélait son origine ladéinitienne, que la qualité de l’arme confirmait. Pour posséder un tel engin de mort, un fusil à lunette infra-rouge, détection magnétique, électrique, et magique, de huit kilomètres de portée, muni d’un silencieux, il fallait faire partie des Franches-Troupes, des corps d’armée constitués de féroces guérilléros.

 

- Hého, calme, l’ami. T’as déjà vu beaucoup d’elfes aux ordres de Lodern ? s’exclama l’elfe en kandalais.

 

Le ladéinite parut surpris. Il répondit dans la même langue :

 

- Ton ordre de mission.

 

Galdriss prit doucement dans sa poche son bloc, et le tendit. L‘effrit lut les informations et fit une moue désapobatrice. Son fusil fut cette fois-ci pointé directement contre le ventre de Galdriss. 

 

- À vos galons, vous êtes un lieutenant, hein ?

 

- Ouais. Ça pose un problême ?

 

- Vos ordres viennent d’un sous-off. Vous vous foutez de moi, hein ?

 

- C’est à cause d’un stupide pari, mon gars. Alors arrête de déconner et laisse moi passer, vu ? Je dois voir le commandant.

 

- Commandant; c’est à moitié effacé, mais je vois encore les codes d’authentification. J’l’bute, hein ?

 

Silence. Galdriss crut entendre son arrêt de mort à travers.

 

- Combien de fois devrais-je te dire de ne pas rajouter “hein” à chaque fin de phrase ?

 

Le soldat haussa les épaules.

 

- Laisse le.

 

Galdriss réprima un soupir de soulagement. Le commandant Träm surgit de derrière un arbre. 

 

- Bonjour commandant.

 

- Bonjour Ukan.

 

Le pffiter l’avait appelé par son nom. Galdriss se demanda si c’était bon signe.

 

- Je suis flatté que vous me reconnaissiez malgré la brièveté de notre première rencontre.

 

Le djinn se contenta d’esquisser un faible sourire. Galdriss sentit que le moment n’était pas aux banalités habituelles. Il lui tendit l’enveloppe contenant le message. Le pffiter la décacheta. Il parcourut rapidement des yeux le message, l’air surpris. Il marmonna quelque chose dans sa barbe en ladéinite, puis il leva les yeux et regarda Galdriss.

 

- Il est marqué ici que vous devez me fournir un objet important. Vous l’avez ?

 

“Un objet important ? Qu’est-ce qu’il raconte ?”

 

Le totem, imbécile. 

 

- Ah ! Oui oui, bien sûr. Le voici.

 

Galdriss sortit le totem de sa poche hermétique. Il n’avait subi aucun dommage, au grand soulagement de l’elfe.

 

Le commandant prit le totem, et le regarda attentivement, l’air surpris. Puis un franc sourire lui fendit le visage, comme si on lui avait  fait une bonen blague.

 

- Je comprends maintenant pourquoi c’est vous qu’ils ont envoyé, et non pas un kandal...

 

Galdriss ne comprenait quant à lui rien du tout, ainsi que Dòrian d’ailleurs.

 

- Sauf votre respect, commandant, pourriez-vous être un peu plus précis ? Je ne saisis pas vraiment...

 

- Oh ! C’est très simple. Ce totem signifie juste que les kandaux ont rompu notre alliance, et que par conséquent, nous sommes autant en guerre avec eux qu’avec les forces de Lodern.

 

Le ventre de Galdriss se serra. Il avait pas

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Jeudi 17 novembre 2005

1-Frénésie

 

 

 

 

Elmerr fut tiré de ses réflexions par son épée, qui n’aimait pas le voir si morose. Changepoil hennit faiblement, en signe d’acquiescement.

 

- D’accord, d’accord, les amis, j’arrête de broyer du noir, répondit-il.

 

Il baissa les yeux, et oberva le pelage de sa monture, verte comme l’herbe rase, brune comme la terre, jaune comme les feuilles, grise comme la roche. S’il n’y était habitué, il aurait pu croire qu’il chevauchait le sol même - quoique souvent il l’oubliait, et paniquait soudainement  quand il se voyait les pieds “plantés” dans le sol. Il fallait alors toute la patience d’Arcandil pour lui réexpliquer la chose.

 

L’orée de la forêt apparut enfin, au grand plaisir d’Elmerr. La plaine s’étendait devant lui, étalant sa peau dorée jusqu’à l’horizon lointain, de temps en temps boursouflée comme par des grains de beauté de dolmens, menhir et rocs déposés là par les géants et taillés par les hommes. L’elfe huma encore une dernière fois l’air lourd de senteurs de la forêt, puis admira la morne et immense plaine qui s’étendait à ses pieds. Arcandil, à l’esprit plus pratique, estimait le temps qu’ils leur faudrait pour parvenir à leur but, la Forêt de Viazk, deux horizons plus loin.  Ils avaient encore pour un bon mois de galop incessant, en comptant les pépins éventuels. Jugeant les appréciations diverses terminées, il allait donner le signal du départ, quand il entendit un bruit, une clameur sourde qui monta en un crescendo effroyable, puis qui se cassa en une explosion de voix coléreuses et échauffées.

 

Elmerr s’abrita aussitôt et attendit. Changepoil lança aussitôt un sort de dissimulation totale, abritant ainsi de regard son cavalier et son harnachement. Il se passa une demi-heure sans qu’un geste, un mouvement, un remuement, un battement de cil ne puisse trahir le cavalier et la monture.

 

Et l’odeur leur parvint enfin. Une odeur qu’il n’avait pas senti depuis quelque temps. Une odeur qui lui rappelait de mauvais souvenirs, qui lui incendia le cœur, lui noua l’estomac, et raviva sa haine. Ils étaient là. Vu l’ampleur du bruit, du boucan plus exactement, ils étaient au moins une bonne centaine.

 

Le mage, Arcandil, la terre entière, il envoya tout valser. Il voulait faire un carton, une boucherie comme il n’en avait pas fait depuis quelque temps.

 

Hep ! Minute, papillon. Un : on a pas un rond. Alors, on retourne à Zolbanc, on leur raconte ce qui se passe et on se fait payer avant de les tuer, vu ? Deux : ce sont des zbalinis ! J’ai saisi des brides de leurs injures, et je suis sûr qu’ils le sont; ça ne t’étonne pas de trouver des gob’ du Nord  aussi au Sud, dans des terres aussi chaudes, aussi proches des humains ? Zôlbanc se situe à moins d’une centaine de lieues d’ici ! Les Zôlbanchais n’ont pas pu fait d’alliance avec les gobelins, ils les haïssent !

 

- La ferme, claymore. Je vais voir et écouter pour te faire plaisir, mais sache que si je vois une occasion de cogner, je vais pas la rater.

 

Elmerr descendit de sa monture et lui ordonna d’attendre à l’orée proche, tout en restant invisible.  Puis il s'enfonça dans les profondeurs du sous-bois, tous les sens en alerte, la démarche sûre et rapide. Le tumulte effroyable provenant du campement lui permit de se diriger vers celui-ci sans hésitation.  Arrivé à la limite du camp, il tenta de s’approcher davantage et avisa un fourré à proximité du centre du camp, situé sur une surélévation. Rampant entre les buissons, il y parvint sans être aperçu. Chose surprenante, il n’y avait pas une seule sentinelle.

 

Il dut se retenir de jurer. Le fourreau de son épée avait glissé et ricoché contre une pierre. Elmerr crut bien qu’on l’avait repéré. Il s’immobilisa, craignant le pire.

 

Mais fais gaffe, crétin !

 

- Si t’es même pas foutu de pouvoir bouger, tu es plus mauvais qu’un cul-de-jatte, lui répondit-il du tac au tac. 

 

Heureusement aucun gobelin n’avait remarqué le tintement du fourreau noyé dans le brouhaha général. Rassuré, il s’installa confortablement à l’intérieur du fourré. De son poste d’observation, il voyait parfaitement le camp, qui paraissait être tout retourné. Au centre, se regardant en chiens de faïence, un gobelin massif et baraqué surplombait de ses cinq pieds, taille rare pour un gobelin, un gobelin haut comme trois pommes, maigre mais musclé, et dont l’attitude dénotait une nervosité et une agilité sans pareille. Au bout de fer lui cernant la tête, Arcandil et Elmerr, dont la main le démangeait furieusement, reconnurent en le géant gobelin le chef de la tribu. On voyait, à des signes imperceptibles, les traits du visage, l’attitude, la contenance, que le nain était son fils. Un détail frappa Arcandil, et rendit fou Elmerr : la majorité des gobelins portaient un grossier tatouage sur l’épaule droite, représentant une tête d’elfe tranchée. L’étendard qui flottait au dessus de la tente principale portait le même dessin, en plus grand.  La guerre paraissait de nouveau être ouverte entre les elfes et les gobelins.

 

Autour de la “famille”, tout les mâles de la tribu s’étaient massés en un cercle compact et impénétrable. Les femelles, que la dispute laissait totalement indifférentes, s’affairaient, les unes jetant dans de grandes marmites des bouts de viande d’une origine douteuse, les autres corrigeant les enfants qui avaient envie de voir ce qui se tramait chez les grands, la majorité braillant, s’injuriant, et se sautant à la gorge.

 

La discussion semblait tendue. Le chef venait de fermer son poing dans son dos, mais gardait le visage impassible, n’attendant qu’une occasion pour l’écraser sur son marmot chéri, dont les ongles et les dents s’étaient bien aiguisés, et qui avait appris à mordre et à résister. Ce dernier l’énervait tellement qu’il ne put se retenir. Son poing s’élança comme une comète, projetant son fils dans le public, muet, attendant le dénouement de l’algarade, sentant qu’elle se solderait par la mort de quelqu’un. Continuant sur sa lancée, il se rua sur lui, voulant l’achever à mains nues. Il fut stoppé net par la flèche encochée dans l’arc tendu vers lui. Arcandil, qui comprenait le zbaldini, suivit le reste de la conversation avec intérêt. Elmerr lui aussi comprenait quelque peu le zbaldini, à force d’avoir épié et massacrés des gobelins de cette branche, mais il ne prêtait pas grande attention à cette causette. Il échafaudait déjà un plan pour faire un carnage bien sanglant.

 

 - Pas de ça, s’écria son fils. Ma bande passera par les mines d’Algueurett, un point c’est tout. Même si tu as envie de manger de l’elfe, ce n’est pas une raison pour passer par leur maudite forêt et de risquer ta sale peau ainsi que celle de ta tribu. En tous cas, ma bande ne passera pas par là.

 

- “Ma” tribu est aussi la tienne, sale bâtard, siffla le chef, dont la peau déjà rouge était devenue marron sous l’effet de la colère.

 

Le fils ne répondit même pas. Il remit sa flèche dans son carquois et s’éloigna vers sa tente, se frayant un chemin dans l’assistance pétrie de surprise, déçue et étonnée de la façon dont se terminait l’affaire. La tête du père les rassura. Fou de rage, les lèvres blanches d’écume fétide, les yeux rouges et traversés d’éclairs sanglants, le corps secoué de spasmes de colère, il se déchaîna en une tempête formidable dès que  le sécessionniste lui tourna le dos. Il le rejoignit, et ce ne fut qu’une mêlée confuse pendant dix longues minutes. Le cercle se déplaçait, enserrant  les combattants. Le fils enfin se releva enfin, la joue déchirée, l’arcade sourcilière sanglante, la dos rouge et inondé de sang, transpercé de part en part par le poignard du père. Lui gisait au sol, son propre poignard planté dans sa gorge, et de son artère tranchée un jet rouge, bouillonnant, giclait au sol, se répandant en une large mare.

 

- Il y a un nouveau chef à choisir chez les Nillego, dit froidement le fils en guise d’oraison funèbre. Et je n’ai pas envie de se trône minable. Allez, tuez-vous bien, bande de minables.

 

Tous les gobelins se regardèrent. En laissant ainsi libre la succession, le fils allait commettre un massacre. Cela, Elmerr l’avait compris.

 

Bon, allez, on y va. Ils vont s’entretuer, t’as pas besoin d’y aller.

 

- Je reste regarder. C’est marrant.

 

Le spectacle ne se fit pas attendre. Allors que le fils donnait des ordres à une dizaine de gobelins, ceux de sa “bande”, l’empoignade générale commença. Un gobelin à l’esprit leste, au pied agile et à la main rapide trancha la gorge de son voisin, le neveu du défunt roi, le plus à même de prendre sa succession. Il posa son pied sur le corps encore secoué de spasmes, et déclara qu’il était le nouveau chef des Nillego. Un rire mauvais lui répondit. Tous les autres gobelins se ruèrent sur lui, et on vit bientôt voler sa tête hors de la mêlée.

 

Le fils regardait d’un air amusé la scène, puis estimant en avoir assez vu, il donna le signal du départ. Sa troupe partit vers le Nord, laissant derrière elle un formidable pugilat. Arcandil les détailla une dernière fois, et fut surprise de constater qu’aucun ne portait le tatouage à tête d’elfe. Étalé sur leur front, un large soleil blanc, rayonnant de partout, le remplaçait.

 

Un gobelin commença à s’illustrer dans la bagarre, entassant ses morts au fur et à et à mesure, dans un coin. Une dizaine d’autres gobelins faisaient de même, avec plus ou moins de succès. La règle ancestrale régissant la tribu, ainsi que toutes ses tribus sœurs, ordonnait que lors d’une guerre de succession telle, le premier à avoir cinquante cadavres  deviendrait chef. Il y avait parfois des bagarres autour d’un cadavre, pour savoir lequel l’emportera, mais jamais autour d’un tas. C’eût été de la couardise pure que de voler dans un tas, sans danger. Et surtout, les femmes veillaient auprès des tas, armes à la main.

 

Le gobelin avisa un tas qu’il lui paraissait mençant, et chercha son propriétaire, une bête féroche, déchaînée, et dont l’envie de pouvoir avait décuplé les moyens, mais balayé l’intelligence. Trop occupé par un adversaire lui aussi devenu berserk, il ne vit pas le brillant gobelin s’approcher doucement de lui, et lui planter d’un geste sûr la lame dans la gorge.

 

- Cinquante.

 

La bataille s’arrêta aussitôt, dévoilant un véritable génocide.

 

- J’ai fait de mon côté quarante cadavres, et Balshlouqlà en a fait une bonne trentaine. Ça fait plus de cinquante. À genoux devant votre nouveau chef, tas de larves !

 

Il ne restait pour le reconnaître qu’une vingtaine de vivants, furieux de voir s’échapper le trône, mais exténués et salement amochés.

 

Heureusement pour la survie de la tribu, ce moyen d’accéder au pouvoir était rarement employé. Poison, dague, trahison, délation, calomnie étaient plus goûtées par les prétendants.

 

On y va ?

 

- Et comment !, répondit Elmerr, qui avait mal compris le sens de la phrase.

 

Il sortit de sa cachette, et, poussant son cri de guerre, courut vers les survivants gobelins exténués, qui restèrent pétrifiés en le voyant, croyant avoir affaire à un démon.

 

- Le Gaëldaqzloukou ! cria une femelle d’une voix blanche.

 

Gaëldaqzloukou, le tueur de gobelins. Le mot se répandit dans toutes les bouches, causant un début de panique. Autant la bataille qui venait d’avoir lieu avait laissé les femelles de marbre, autant le Gaëldaqzloukou les terrifia. D’une force légendaire, capable de soulever un cheval à pleines mains, grand de huit pieds, mi-elfe-mi ogre, les yeux flamboyants arrachant le cœur, l’haleine souflant la mort, la claymore tranchant dans une tempête d’éclairs argentés, scintillants, apparaissants et diparaissants, et l’arabalète criblant de traits dans un orage de grêle les fuyards, le Gaëldaqzloukou n’épargnait personne. Après lui, seuls restaient des cadavres. Tous les guerriers regardaient venir, figés commes des statues chaudes de sang fraîchement coulé, cette mort hystérique, folle,  inéluctable.

 

Arcandil trancha net la tête du premier gobelin. Ce geste décrispa d’un coup tous les guerriers, qui dégainèrent aussitôt, et se jetèrent sur Elmerr, qui abattit sa claymore sur le nouveau chef, dont la mauvaise rapière se brisa sous la violence du choc, mais qui lui permit toutefois d’éviter le fer mortel. Assailli de toutes parts par une armée de bambins plutôt féroces, Elmerr faucha à tours de bras comme jamais encore n’avait fait la Grande Faucheuse, transperçant, éventrant, égorgeant, écrasant, coupant, tranchant, tailladant de la main droite, et assomant, étranglant, frappant, crevant, tordant, brisant de la main gauche, achevant de ses pieds les immondes  créatures tombées à terre. Quand il ne resta devant lui qu’une montagne de chairs meutries et au sang bouillonant encore, il s’arrêta, satisfait. Les femelles s’étaient depuis longtemps enfuies dans la profonde forêt, il décida les y laisser, certain du sort que les sylvins et les hommes leur réserveraient.

 

- Je suis le nouveau chef des Nillego ! cria-t-il, en zdzolz. .

 

À des lieux de là, le fils se retourna, étonné. Cette langue... ce ne pouvait être qu’un gobelin des Zdibildisis ! Il grogna de colère. Mais que se passait-il encore !

 

-  C’est le Gaëldaqzloukou, souffla un des gobelins du groupe, un des rares rescapés d’une razzia d’Elmerr. Il crie et hurle en zdzolz.

 

Le groupe allongea fortement la marche, pourtant déjà rapide. La pensée qu’un tel prédateur puisse les pister allégeait les fardeaux, aiguisait les sens, fouettait les muscles faiblards.

 

Elmerr fouilla à travers le camp en guise d’objets de valeurs. Il ne trouva rien, même pas des épées enchantées. Il brûla les restes du camp, empêchant ainsi aux femelles de réutiliser quoique ce soit. Déçu d’être bredouille, mais ravi de ce nouveau massacre, il rejoignit rapidement Changepoil à la lisière de la forêt. À l’approche de son maître, elle reprit sa couleur habituelle, un blanc étincelant ; elle cessa de brouter et se prêta avec plaisir aux caresses que lui prodigua Elmerr. Il lui donna un peu de bath, et pendant que Changepoil mangeait goulûment la friandise, il médita sur ce début de journée. Une tribu en moins, rayée de la carte, c’était vraiment un excellent début de journée.

 

Dès que Changepoil eut fini, il l’enfourcha, et se redirigea vers l’orée de la forêt. Il la franchit bientôt, et s’avança dans la plaine dorée. La robe de Changepoil vira au jaune-or tandis que son cavalier contemplait le paysage.

 

Au nord-ouest, il aperçut  les contreforts de Baz-Bazanir, les Montagnes Maudites, infestées d’orques, de loups, et autres créatures toutes plus horribles les unes que les autres. Trois siècles auparavant, les géants occupaient ces agréables montagnes. Ils furent balayés, renversés comme des fêtus de paille par les orques, en quête de nouveaux territoires, leur pays du grand nord avait été envahi par les Arzks, les barbares du nord.

 

Au nord, il distingua Baz-Krûll, dont le sommet était encore orné d’une couronne gnome, leur plus beau joyau, Algueurett elle-même, projetant toujours son ombre menaçante sur la grande passe qui la longeait, séparant les Baz-Truz en deux,  Kragzk pour les gobelins, Vanialdi pour les elfes, Gout’paçaj en gnome. Les gobelins avaient tôt fait d’abandonner la ville, encore hantée par ces occupants, qui avaient laissé en immortels souvenirs de multiples pièges cauchemardesques.

 

Les gobelins avaient jeté leur dévolu sur Baz-Adil, montagne sœur de Krûll. Ba-Haell devint bientôt une place forte réputée, drainant les tribus gobelines inféodées, tissant des liens privilégiés avec Carmal le Superbe, lequel la considérait maintenant comme son avant-poste personnel.

 

Allez, on y va. Ça ne te sers à rien de te ronger le cœur.

 

Elmerr éperonna sa licorne, qui tel un éclair, fila à travers la plaine à une vitesse démesurée, portant son cavalier comme elle l’aurait fait d’un épi de blé.

 

Par Bégot - Publié dans : Chapitres
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Lundi 3 janvier 2005

Ami lecteur, bienvenue!

je suis un jeune auteur de science fiction (indulgence requise me précise mon abruti de coloc) et de médiéval fantastique.

Mon premier bouquin est presqu'achevé (même s'il reste encore une myriade de points à rectifier) et j'en publie ici le premier chapitre, afin d'en connaître vos impressions.

Par ailleurs, je recherche un dessinateur (tout aussi jeune et talentueux que moi :) ) qui voudrait me réaliser quelques croquis/ébauches de personnages car j'aimerai beaucoup les voir ailleurs que dans ma tête ou à travers des mots.

 

 

 

 

A toi, ami lecteur qui consentira à lire ce premier jet, je te demande humblement de rayer, raturer, corriger, annoter tout ce qui te semblerait important.

 

Ce travail de longue haleine, je l’ai commencé, je m’en souviens encore en quatrième, avant d’aller en cours de biologie. Beaucoup d’années ont passées depuis et à mesure que je progressais dans ce travail, l’Aurélien de troisième riait de la naïveté de l’Aurélien de quatrième, celui de seconde, du troisième et ainsi de suite. Relire ce livre maintenant, c’est pour moi découvrir, redécouvrir les temps de mon enfance – j’ai depuis quatre jours vingt et un ans, mon enfance est je pense derrière moi maintenant.

 

J’ai été tellement plongé dans mon monde imaginaire que je crains fort d’être confus dans mon texte. Certains détails, explications n’y figurent pas mais fourmillent dans mes annexes qui sont incluses ici et j’ai peur que la complexité de mon histoire n’en ruine la lecture.

 

L’histoire orbite autour d’une Pierre, Galdariul, objet sacré de révérence dans ce monde que je décris et qui donnerait, à celui qui la possèderait, un pouvoir incommensurable – une sorte d’anneau de pouvoir à la Tolkien.

 

Ce monde, Edom, a été à l’origine habité par des autochtones, des races nées sur cette planète qui vit parallèlement à notre bonne vieille terre. Mais sur notre Terre justement, le développement du Christianisme, la Grande Peste qui ravagea l’Europe à la fin du Moyen-Âge, le développement de la Modernisation ont terassé les croyances dans les peuples oniriques, nains, elfes, gnomes, tengdus japonais, djinns et effrits. Progressivement, ceux-ci ont quitté la Terre pour Edom au cours de Grandes Hégires. Les premiers immigrés furent les Gausos, qui s’affrontèrent violemment avec les Condorès. Suivirent les Meusgueriques et les Sanbaroths et beaucoup plus tard, les Méthénés. Ces différentes immigrations ont connu une histoire sanglante que vous découvrirez dans mon ouvrage.

 

A ces clivages de temps d’arrivée sur Edom, essentiels ici, j’ai rajouté et multipliés d’autres clivages.

 

Clivages religieux entre les Quessemaurds – essentiellement elfes – et les Gavrants, fidèles de Galdariul, la Pierre Sacrée, ultra majoritaire dans mon univers.

 

Clivages raciaux entre les nains, les hommes, les elfes. Dans le monde de Galç et Jedel, les querelles temporelles entre Condores, Gausos, Méthénés… passent au second plan face aux querelles raciales – d’où la création de l’ELF, l’Elf Liberation Front, mouvement paramilitaire qui revendique la sécession totale des elfes de l’Empire de la Coiffe. Mais ces clivages raciaux vont encore plus loin. J’ai subdivisé la race elfe en cinq espèces : Stillendhil, Alanndhil, Prüfendhil, Wahlendhil, Sunhdhilen. Les Stillendhil viennent d’un autre monde que la Terre et vivent reclus – ils n’apparaissent que de façon très voilée dans le récit. Les Alanndhil sont les elfes originels, porteurs de mort. En effet, dans les pays nordiques, les älfs étaient les esprits de la mort et les rencontrer au détour d’une nuit sans lune était en général fatal. Ils entamaient autour du malheureux égaré une farandole diabolique qui lui arrachait l’âme du corps. Par ailleurs, les elfes étaient des capables de voler. Dans mon récit, la faculté de voler chez les elfes est liée aux soixante dix sept anneaux de pouvoir elfes. La plupart furent détuits lors d’une guerre meurtrière qui opposa Sylphides et Elfes pour le contrôle des cieux. Les Alanndhilen qui perdirent cette guerre devinrent les Prüfendhilen et Gewöndhilen. Les premiers sont rares et sages. Ils vivent reclus, en marge de la société. Ils sont souvent sages, maîtres du savoir ou comme Jedel, professeurs. Les deuxièmes sont les elfes les plus fréquents, eux-mêmes subdivisés en deux classes que seuls quelques critères physiques différencie : les Gewohndhilen et les Wahldilen.

 

Cousins des Alanndhilen, nous trouvons les Sundhilen, plus communément appelés Yeux-Rouges. Ils sont restés fidèles à leurs originaux nordiques, mauvais et mortels. Les Alanndhilen et Les Sundhilen voient sont nocturnes et voient très mal le jour. La situation est inverse chez les autres elfes. Ils voient bien le jour et un peu mieux que les hommes la nuit.

 

A l’intérieur même de ces clivages raciaux, j’ai introduit des clivages culturels tant il me semblait idiot de réduire les elfes à une certaine « elfité » unique. Vous rencontrerez des elfes nafas gnaëconds, des elfes rannetoux, aféetans… L’un de mes héros, Elmerr personnage complexe que j’ai sûrement trop délaissé à partir du milieu du livre est défren par adoption. Moi-même j’ignore d’où il vient, et quelle serait sa culture.

 

Cette histoire d’Hoffnringers ce déroule essentiellement sur Edom à une époque précise. Par rapport à la bataille autour de laquelle gravite toute l’histoire, nous sommes en +0. Cette remarque a cette importance car trois de mes héros viennent du futur, ou plutôt, pour être exact, des futurs. Des futurs qui ont commencé à diverger l’un de l’autre au moment même de cette bataille. Dans le futur de Galdriss – personnage pour lequel j’ai une nette affection – la bataille de Mina’s a mal tourné pour les Rattis, les non-condores, qui ce sont faits décimés ou intégrés de force. La résistance s’est cristallisée dans l’Empire du Phénix, empire très fortement arabisé dont Galdriss est un troupier d’élite.

 

En revanche Jedel et Galç proviennent d’un futur où les Rattis ont triomphé. Au départ, ce futur que je qualifiais de brillant, était le futur naïf d’un enfant en quatrième. A mesure que les années passèrent, ce futur devint de moins en moins brillant. Il connut de nombreuses guerres que Jedel en particulier traversa – en tant qu’intellectuel ou prêtre selon les époques. 

 

Enfin, mes héros transitent par une contrée étrange, Le Pays Que l’On Rêve, afin de voyager dans le temps. Cette contrée devait au début être un monde absurde et ubuesque, où l’on marcherait dans la direction du temps pour se retrouver à des heures exprimées en kilomètres. Mais même moi je me suis perdu dans ces complications et j’ai résolu l’affaire en un faisant un monde similaire à tout autre, avec ses quelques règles internes. Je venais d’arriver en France quand je commençais à le concevoir et je m’aperçois, réciproquement, que cette longue plaine longue et morne que traversent mes compagnons n’est que le reflet de ma première année de préparationnaire dans un pays froid, la métropole, que je n’aimais pas encore.

 

Je regrette maintenant cette histoire de retour dans le passé, le futur… tous les romans que j’ai bien pu lire incluant un retour possible dans le passé m’ont déçu – même Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, c’est dire : je trouve que cette faculté est trop souvent utilisée comme un moyen pour l’auteur de se sauver d’une situation dont lui-même ne sait plus tirer ces héros sans apparition divine ex machina.

 

Mais il faut bien me comprendre, cette histoire, je la conçus dans le sillage des mes lectures de quatrième qui me plaçaient devant un dilemme terrible : comment concilier la Guerre des Etoiles et le Seigneur des Anneaux ? Cruel dilemme cornélien, je vous le dis, ami lecteur.

 

Bien que cette histoire soit habitée de part en part de créatures magiques, la magie n’y fait  que de brèves apparitions, pas très cohérentes entre elles de surcroît. Mais elle est si peu présente ici que j’ai délaissé toute invention de mon propre système de magie – ou plutôt si, j’en ai bien créé un, mais trop tard : il sera pour un prochain roman. A ce stade, vous avez le droit de sourire.

 

J’ai opté très récemment pour une façon très simple de décrire la magie : le Drachensprac’h, la langue des dragons permet à quiconque possède un pouvoir de s’en servir. Je remercie ici deux de mes récentes lectures, Eragon et Wizard of Earthsea.

 

Ce qui est très énervant pour moi, c’est qu’à chaque fois que je pense avoir fini, je m’aperçois qu’à mon ouvrage il manque toujours quelques finitions indispensables. Les Quatre Dragons sacrés mériteraient sans doute que je m’y attarde plus – je vous en laisse le soin d’en décider.

 

Bonne lecture.

 

PS : vous aurez le droit d’en faire du papier pour le feu mais par pitié, après l’avoir lu, pas avant. Merci encore.

 

 

 

 

 

 


 

Six ils seront, venus d’ailleurs

 

à se dresser avec vaillance

 

contre l’armée d’envahisseurs

 

sans eux - il ne sera de chance.

 

Ce Rameau brisé dans ses mains,

 

la destinée de quatre mondes,

 

le  sort de l’ennemi qui gronde,

 

et encore bien plus détient.

 

 

 

 

Prologue

 

 

Depuis des heures Elmerr chevauchait sa licorne à travers l’immense forêt verdoyante,  dont les arbres majestueux, se dressant fièrement de toute leur hauteur, contemplaient le monde étalé à leur pied, tressant de leurs branches ramifiées un second ciel pour le voyageur qui daignait les admirer. Il avait croisé des sylvins quelques heures auparavant qui lui avaient dit qu’il arriverait bientôt au bout de ces peines, mais il avait maintenant l’impression qu’il s’était égaré au milieu de cet enfer vert qu’il traversait pour la première fois. De racines aériennes tombant en pluies drues et hérissant le sol de milles stalactites aux denses bosquets dressant leurs branches comme autant de piques empoignées à pleines mains par une armée entière de colosses, il errait, se demandant si un jour il parviendrait enfin à l’orée de la forêt.

 

L’aurore venait de céder la place au matin, et déjà, toute la forêt résonnaient des chants d’amour des oiseaux éperdus. L’air était vif, réveillant le guerrier encore embrumé de sommeil. Le vent, apportant les lourdes senteurs de la terre humide, encore pleine de la rosée matinale, et des fleurs parasites exhalant leur haleine odorante, soufflait faiblement, soulevant de temps en temps la chevelure bouclée et blonde, brune par endroit, d’Elmerr.

 

Arcandil lui battait la cuisse à une cadence régulière. Il la sentait depuis trois heures s’élancer loin de lui comme pour s’envoler, tendre les lanières qui enserraient son moignon de fourreau, et retomber brutalement sur sa cuisse, irritant sa chair. La main d’Elmerr à chaque fois s’approchait de sa garde, s’arrêtait à quelques centimètres d’elle, hésitante, n’osant la replacer dans son fourreau, puis revenait finalement aux rênes.

 

Allez, vas-y ! Remets-moi dans ton fourreau, datsé ! Tu ne sers plus le duc ! Il n’y a plus aucune raison pour que tu me gardes ainsi !, lui hurla Arcandil. Résigné, il se résolut enfin à la remettre dans son fourreau accroché derrière son dos.

 

Tu ne trouves pas que c’est mieux ?

 

Il hocha des épaules. Il avait contracté l’habitude de garder au flanc gauche son épée - une large claymore -   alors qu’il servait le duc d’Alcoät, en qualité d’éclaireur. Celui-ci avait toujours imposé dans son armée une discipline de fer et n’avait jamais toléré qu’on ne porte pas au flanc droit son épée. Question d’esthétique et de respect de sa discipline, disait-il. Une lubie disaient les autres. Son caractère sévère-mais-juste lui avait valu une grande estime de la part d’Elmerr. Et malgré tous les efforts de son épée qui le sermonnait sur cette idiote habitude, il continuait à la mettre au flanc, en signe de respect envers son ancien employeur.

 

Il portait maintenant sans broncher sur son dos deux armes bien lourdes, qui auraient fait plier bien plus d’un elfe. Arcandil sa claymore et Baldassian son arbalète double-flèche, laquelle horrifiait tous les “frères” elfes qu’Elmerr croisait lors de ses périples, rencontres assez rares d’ailleurs, car il évitait le plus que possible leur compagnie. Les Meusgueriques reconnaissaient en lui un des des leurs et le laissait en général en paix. Rarement, les autres le cherchaient, le houspillaient, l’injuriaient et se battaient même carrément avec lui, trop heureux de rencontrer un meusguerique isolé. Ils regrettaient très souvent leurs actes, toujours trop tard. Il les laissait soit morts, soit dans un tel état que même la mort leur eût été préférable. Pour la plupart, ils lui jetaient des regards haineux et dressaient entre eux et lui un mur de silence. Ils n’osaient passer à l’acte, peut-être du fait de ses six pieds deux pouces, de sa large carrure, de ses jambes larges et musclées, de ses bras noueux, de sa mâchoire carrée, de son air prédateur, et de ses yeux intensément bleus qui leur traversaient le coeur, leur laissant entrevoir qu’un corps à corps pourraient très bien palier à un vice de son arbalète.  Ou alors de son assurance affichée, qui leur faisait toujours redouter un coup fourré de la part d’un magicien.

 

S’ils savaient ! À chaque fois que des elfel lui jetait un regard dédaigneux, Elmerr n’avait qu’une envie, fuir, fuir loin de ses calomniateurs, tant il était désemparé devant leur cruauté. Heureusement pour lui, sa claymore lui soufflait alors ce qu’il fallait faire, et aveuglément, il obéissait, tremblant de peur à l’idée que l’on découvre d’où lui venait son intelligence et son assurance. Il avait été le chien galeux de son clan, qui, dès sa tare découverte, l’avait lâchement abandonné, alors qu’il n’avait que quinze ans. Un humain, à quinze ans, est déjà bien débrouillard. Mais un elfe, à quinze ans, n’est qu’un enfant !

 

Sa tare, son horrible tare, la honte de ses parents, c’était sa débilité mentale. Elmerr était bête. Pas complètement taré, pas trisomique, juste idiot, attardé. Chez les hommes, les nains et les gnomes, il y avait toujours des mains secourables pour aider ces handicapés. Chez les elfes, que quelqu’un manquât d’intelligence, et c’était le déshonneur. La seule solution : se débarrasser de l’idiot avant que sa présence ne s’ébruite. Le père d’Elmerr n’avait pu se résoudre à le tuer. Il l’avait donc emmené très au nord, pendant un hiver féroce, au sein des Grandes Montagnes, et l’y avait laissé là, seul, espérant qu’il serait recueilli. Mais, en son for intérieur, il ne donnait pas trois jours à son fils, perdu dans une contrée glacée, hostile, à peu près vide et qui, vraisemblablement, resterait là où il l’avait laissé, bêtement, attendant son retour improbable.

 

Ce qu’ignorait son père, c’est que la région venait de connaître un sursaut d’activité, bien qu’il n’en vît aucune à son passage, bref, il est vrai. Une patrouille de reconnaissance gnome recueillit l’enfant, à moitié mort de froid et de faim, recouvert d’une épaisse couche de neige, les lèvres gercées, les doigts en feu, et les yeux gelés par ses pleurs. Les gnomes venaient de créer une nouvelle ville, Alguérett, perchée sur la plus haute montagne, Ildidzet, construite à partir des ruines du fief gobelin qui contrôlait alors la région, conquis après d’âpres batailles. Et  redoutant une contre-attaque, ils quadrillaient la région constamment. Ils avaient vu le cavalier elfe arriver avec un passager, puis repartir au triple galop, seul. Quand les gnomes découvrirent la tare de l’enfant, ils n’eurent pas grand mal à comprendre le pourquoi de la chose, même s’ils trouvèrent odieux l’acte du père.

 

Elmerr vécut au sein de la communauté gnome des années durant, élevé par le chef de la patrouille et par sa femme, qui, écœurés par la lâcheté des elfes, furent profondément  touchés par son sort, et l’élevèrent comme s’il avait été leur fils naturel. Leur amour était d’autant plus grand que leur union était restée stérile, et la venue de l’enfant fut perçue comme un cadeau des dieux.

 

 Quoique débile, Elmerr ne fut pas une charge pour sa famille d’adoption. Après avoir vainement tenté de le former aux métiers typiquement gnomes, tels le minage, l’expertise, la fonte et la fabrication de bijoux, la vente de ceux-ci et l’achat de denrées essentielles, du vin de Loc principalement, on s’aperçut, d’une façon tout à fait fortuite, qu’il possédait un talent pour guetter. Il fut aussitôt installé dans ses fonctions de guetteur apprenti, et, l’expérience aidant, il devint bientôt le guetteur en chef qui surveillait toute la montagne à lui tout seul.

 

Quand il patrouillait à travers monts gelés et vaux noyés de neige fondante, crevasses abruptes et mortelles et pics glissants et vertigineux, on eût dit une ombre qui glissait à même le sol, laissant derrière elle des traces qu’on confondait avec celles d’un chamois. Il pouvait attendre des heures à la même place, sans bouger ne serait qu’un cil, ou bien parcourir dix lieues en quelque heures si le besoin s’en faisait sentir. Dès qu’il voyait quelque chose d’inhabituel, il revenait en un éclair aux avants-postes, racontant ce qu’il avait vu. Six phrases, ou plutôt six mots, lui suffisaient : “Connais pas”, “gobelins”, “nains ou gnomes” - il ne faisait pas la distinction, “humains”, “grosse bête à grosses pattes”, “j’aime pas c’qui arrive”. Il s’était toujours montré infaillible dans son jugement, n’hésitant jamais sur ses réponses. Et quand ça cognait, il était toujours au centre de la mêlée, écrasant tout ce qui était vert et à sa portée. Cependant, quand on le voyait ainsi revenir au camp, cela signifiait toujours qu’il y allait avoir une grosse échauffourée, pour la bonne et simple raison qu’il avait l’habitude tenace de s’occuper toujours du problème d’abord par lui-même, et de ne venir chercher des renforts que quand il s’était vraiment confronté à plus fort que lui, et s’en était mordu les doigts.

 

Or, un jour qu’il neigeait à ne pas pouvoir voir plus loin que son nez, qu’il tombait plus de la neige dure qu’il ne neigeait,   il aperçut une caravane qui se frayait un chemin dans l’enfer blanc de la montagne en furie. Aux armures, aux armes et à leur couleur de peau, il les identifia comme étant des nains, ou des gnomes. Ne pouvant rien faire pour les aider, il se hâta de revenir chercher des secours. On organisa une expédition pour les sortir de ce guêpier, placée sous les ordres de son père. Fatale erreur ! À peine furent-ils arrivés que les “nains” les chargèrent, décimant la majorité du groupe pétri de surprise.

 

Les gobelins, race débile et dégénérée, dont l’intelligence ne leur permet que de savoir se battre, ce en quoi, il faut le reconnaître, ils excellent, avaient quand même  à l’époque pour chef un gobelin intelligent, fourbe, habile, profondément malhonnête et cruel. Il se nommait Sbolg, et s’était hissé au titre de chef suprême des gobelins du Nord en marchant sur bien des cadavres tués de sa main... Il avait les mains libres, quant à ses désirs guerriers, mais, en secret, il était discrètement surveillé par Carmal le Superbe, un archimage à la beauté céleste, au corps parfait, pur dans ses lignes profondément juvéniles, à la voix d’ange envoûtante, qui  commençait à masser une sombre armée sous ses ordres, afin d’assouvir un dessin tout aussi aussi sombre et glauque, dont les motivations étaient encore inconnues de tout le monde.

 

Sbolg avait compris que la force brute ne servirait à rien, l’elfe découvrant ses régiments toujours bien trop tôt. Ils opta pour une nouvelle stratégie. Tuer l’elfe en envoyant un petit groupe de francs-chasseurs. Au bout du quinzième groupe sacrifié, il décida d’arrêter là les frais et de patienter un peu, jusqu’à ce que la surveillance se relâche.

 

La nouvelle qu’un elfe débile assurait la défense de la ville se répandit, sous l’influence de Sbolg et le nombre de voyageurs passant par Algueureth augmenta sensiblement, attirés par cette histoire. Mais en réalité, même parmi les membres du guet, peu connaissaient l’existence de l’elfe. Seuls les Voltigeurs de Nuit et quelques membres du clan Yourithilil, celui auquel appartenait le père adoptif d’Elmerr connaissaient son existence.  Pendant les rumeurs, l’elfe fut encore plus caché qui d’habitude et on lui interdit de sortir monter la garde comme il en avait l’habitude. La rumeur persista de longs mois mais comme rien ne vint l’alimenter, elle devint progressivement un objet de moquerie, une bonne blague et les envoyés de Sbolg qui tentaient timidement de la remettre en mémoire étaient raillés partout. A la longue même, les aubergistes et les bistrotiers des baronnies des Terrouest  avaient pris l’habitude de répondre aux clients qui leur racontaient des histoires à dormir debout : “t’as raison, c’est comme l’histoire de l’elfe d’Algueureth!”. Et sur ces entrefaites, le gêneur était promptement expulsé à coup de pied.

 

Après ce nouvel échec, Sbolg fit écorcher vif celui qui lui avait soufflé cet idée et se fit une ventrée de son infortuné conseiller. Après encore deux ou trois conseillers qui n’avaient rien fourni de bon, il découvrit lui-même la solution. C’était cette solution qui venait de berner Elmerr. Ce dernier ne réchappa que de justesse au piège gobelin, mais il ne put empêcher la destruction d’Alguérett, surprise emmitouflée dans ses couvertures, au coin du feu.

 

Ce ne fut pour lui qu’une longue fuite. Il erra des mois dans les montagnes, brûlé par le froid, tenaillé par la faim, consumé par le désir de vengeance. Tous les soirs, une patrouille manquait au campement gobelin. On découvrait les cadavres le lendemain, à demi-dévorés. De grandes battues furent organisées. Chaque jour, elles s’approchaient davantage de sa tanière, se faisant plus précises, plus dangereuses, plus efficaces; et, la position devenant finalement intenable, il fut contraint de s’éloigner encore davantage d’Alguérett, la mort dans l’âme.

 

Quand il ne chassait pas le gobelin, il se flagellait, se roulait à terre, pleurait toutes les larmes de son corps, ne parvenant pas à oublier ce jour-là. Ce jour où il avait confondu un peloton bien armé et entraîné avec une caravane en détresse. Sans cesse il se répétait “ma faute, ma faute, c’est de ma faute, c’est de ma faute, ma faute, ma faute...”. Il reprenait cette litanie à longueur de journée, quand il marchait, quand il mangeait et même quand il dormait, ce refrain  diabolique le poursuivait. Il avait plusieurs fois voulu mettre fin à ses jours. Mais la peur de mourir l’avait toujours retenu. Bien qu’on lui ait dit qu’un autre monde meilleur existait après la mort, cette notion lui avait toujours échappé. Pour lui, la mort, c’était le néant, le vide. Et il voulait s’accrocher à la vie. Mort, il ne pouvait rien faire. Vivant, sa soif de vengeance pourrait être assouvie. Pendant des années et des années il erra parmi les Truz-Baz, n’échappant à la mort que par sa volonté de vivre, continuant son œuvre sanglante et purificatrice.

 

Lors d’un jour mémorable qui devait changer sa vie à tout jamais, il suivit un petit groupe de gobelins, bien armés et à l’air décidé. À l’avance, il salivait, rien qu’en pensant au massacre qu’il allait commettre. Ces gobelins exploraient les tréfonds de la Baz-Ideule, petite montagne située entre les Truz-Baz et les Montagnes Sombres. Des milliers d’années auparavant, elle avait été la tanière de la mère des génies de l’air. La légende racontait que de formidables trésors s’y trouvaient. Personne cependant n’en était revenu pour le confirmer. Les uns après les autres, la montagne happait les inopportuns, n’en laissant qu’un vivant, rendu complètement fou par son horreur, afin d’entretenir le mythe des trésors. L’appât du gain étant toujours trop fort pour qu’on y résiste, d’années en années, la montagne cannibale engloutissait et mangeait sa ration de pourriture gobeline.

 

Les gobelins étaient sur leurs gardes. Ils savaient. Elmerr ne savait pas. Quand à la veillée on en parlait, il quittait la table et allait caresser le chien. Toutes ces histoires l’ennuyaient, car il ne les comprenait pas. Avec le chien, au moins, il s’amusait.

 

Au moment où il allait fondre sur eux, il entendit une voix. Une voix qui résonnait uniquement dans sa tête. Elle lui murmurait doucement : “none jbou, non jbou, mè amîo”. Il ne comprit pas les mots de cette langue chantante et caressante, mais cette voix si calme, si douce, si tranquille, et pourtant si virile, car c’était une voix mâle, le reposa complètement, le vida de sa haine, de sa faim. Et il regarda. Ou plutôt il devina. D’un coup, les gobelins disparurent dans un bruit de portes qui se referment brutalement, dans un bruit de mâchoires qui claquent, serrant leur prise. Ils ne disparurent pas à travers un mur, ni à travers le sol. Ils s’évanouirent là où il n’y avait rien. Il y eut des hurlements, des cris de terreur, des supplications, des injures. Puis plus rien.

 

Algon, reprit le voix. Cette fois-ci, la voix n’eut aucun effet sur le pauvre Elmerr. Il était terrifié par ce qu’il venait de voir. Sa peur était d’autant plus grande qu’il n’avait pas vu, pas compris, juste entendu. Il voulut s’enfuir. Et comme si la montagne avait deviné ses pensées, elle brisa, combla, enfouit le chemin de sortie sous une avalanche de pierres. Il était désormais pris au piège.

 

Algon !, ordonna la voix courroucée.

 

Elmerr ne se souvint plus de ce qui s’ensuivit. Il avait perdu connaissance, terrassé par la peur.

 

Quand il se réveilla, il se trouvait toujours au même endroit. Une fine couche de terre poussiéreuse le couvrait des pieds à la tête, brunissant son visage déjà tanné par le soleil brûlant, renforçant encore la crasse de ses vêtements qu’il ne lavait jamais.

 

Ive el coube, älf ! Ive astapure, alde ! Alde die umins èce val ! T’esq roiqueive uqun gobil oul älf !

 

Elmerr releva la tête, roulant des yeux effarés. Au centre de la pièce ensorcelée se dressait, terrible, à demi-perdue dans un halo de vapeur qui semblait sortir d’elle-même, une claymore majestueuse. Une grande, large, massive épée au pommeau d’or pur, à la garde mêlant or et pierres précieuses dans un éblouissant spectacle de couleurs, et dont la lame, large comme l’écart entre le pouce et l’annulaire, forgée dans le fer le plus pur, jetait des éclairs de lumière céleste. La voix envoûtante provenait de l’épée elle-même. À cette vue, Elmerr se recroquevilla sur lui-même, et pleura de terreur.

 

- Pardon ! Je être gnome ! Je pas gobelin ! Pardon ! Je gentil ! Je pas vouloir mourir comme gobelins tu mangé ! Pardon !

 

Si Elmerr avait su le mot “pitié”, il l’aurait sans aucun doute crié, hurlé. Mais n’ayant jamais compris sa signification, n’ayant jamais eu à s’en servir, il avait depuis longtemps jeté ce mot dans les oubliettes de son esprit déjà limité.

 

Niaume ? Es niaume ? Dicis niaume ! Crédéo non hoc!

 

Elmerr se répandait en “pardons”, geignements, sanglots, ânonnant des bouts de phrase, persuadé de finir comme les trois gobelins, ne comprenant rien à ce charabia chantant et envoûtant, qu’il assimilait maintenant à la langue du démon diabolique qui hantait la caverne. Son ventre le brûlait, le dévorait, sa bile commençait à remonter, lui déchirant l’œsophage par la force de son acidité.

 

Calme-toi ! Petit el...gnome !  Je ne te mangerai pas, je ne te ferai aucun mal ! Allons, du calme, que diable !

 

Elmerr fut aussitôt rassuré, réconforté par la voix, enfin compréhensible. Pendant encore dix bonnes minutes, la voix continua de le calmer, jusqu’à ce que ses pleurs et ses sanglots cessent. Ses larmes avaient creusé deux larges sillons d’une éclatante blancheur dans la poussière qui lui couvrait le visage.

 

Ils parlèrent tous les deux deux jours et trois nuits, sans interruptions. La montagne dormit, but et mangea pour Elmerr. Quand enfin il ressortit de la montagne, ce n’était plus un mauvais glaive qui lui pendait dans le dos, mais la terrible Arcandil, l’Epée du Génie de la Montagne Sacrée Entre Toutes, Dernier Garde du Tombeau de la Sainte Mère des Génies de l’Air, Fille d’Éole et de Gaïa. Dans les abymes de la montagne, ils avaient conclu le pacte, qui devait à tout jamais changer la vie de l’elfe-gnome. Elmerr s’engageait à obéir fidèlement à Arcandil, et, en retour, elle s’engageait à suppléer à la débilité d’Elmerr par son intelligence. Le pacte était excellent pour les deux parties : Arcandil pouvait enfin réaliser sa Quête sans craindre de rébellion de la part de son propriétaire, et Elmerr pouvait enfin faire ce qu’il voulait, devenir un gnome respecté et honoré.

 

Il fallut du temps à l’épée pour faire comprendre à Elmerr qu’il n’était pas un gnome, mais un elfe. Cette révélation lui déchira le cœur, et il fut d’une humeur morose pendant des lunes et des lunes. Puis petit à petit, sa morosité se transforma en dégoût, non pas en haine, car elle toute entière réservée aux gobelins, pour la race elfe. Arcandil accentua encore sa tristesse, en l’obligeant à quitter les Montagnes du Nord, lui faisant sentir qu’il ne parviendrait à rien s’il ne se rapprochait pas plus de la civilisation, quelle qu’elle soit.

 

Il fit son métier de son obsession morbide, et, passant de villes en villes, de villages en villages, de bourgs en bourgs, il proposait ses services de chasseur de gobelins. Son expérience, qu’il avait acquise par lui-même dans des conditions effroyables, lui était d’un grand secours. Bientôt, sa réputation de chasseur efficace et solitaire le précéda, et il n’eût plus à venir au devant de ses employeurs. Des messagers venaient le trouver, où qu’il fût, ce qui le stupéfiait toujours, apportant avec eux un premier acompte et la promesse d’une bonne rémunération. 

 

Mais jamais, qu’il connût succès ou revers sanglant, il ne s’arrêtait plus d’une semaine au même endroit. Sa “spiritualité”, et son physique hors du commun lui avait souvent valu des conquêtes en jupon, mais la peur de perdre encore un être cher le dissuadait de se fixer quelque part. Arcandil ne lutait certes pas contre ce penchant nomade, puisqu’il lui facilitait sa Quête, dont, d’ailleurs, elle n’avait jamais fait part à son maître.  Ils repartaient au petit matin, chevauchants fièrement une licorne, qu’ils avaient reçu en récompense des Dolyennais lors qu’ils

Par Aurélien Bégot - Publié dans : hoffnringers
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