Texte libre

Bienvenue sur mon petit blogounet mignon...

vous trouverez ici les premiers chapitres de mon livre, Hoffnringer, que je mijote depuis un long moment déjà! Je le considère comme fini, même s'il reste beaucoup à faire pour en faire un vrai roman, malheureusement, étant Erasmus cette année à Graz, je n'ai que très peu de temps à lui consacrer. Si les aventures de mes héros vous intéressent, manifestez vous et je publierai le reste des chapitres qui dorment depuis longtemps dans les tréfonds de mon ordinateur. Et si vous aimez dessiner des personnages, des paysages... et que vous avez le crayon qui vous démange, défoulez vous sur mes personnages! je rêverai de savoir dessiner... faites moi partager votre talent!

mais trève de bavardage et rendez vous au prologue!

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Jeudi 17 novembre 2005

9-Colère

 

Aux pieds de quelques rochers imposants agglutinés là quelques siècles auparavant par les Géants, la troupe troll se partageait selon la loi ancestrale, c’est à dire selon la loi du plus fort un chasseur humain imprudemment trouvé loin de zones habitées.

 

Forzul déchirait sa viande crue à pleine mains, et l’engloutissait sans même la mâcher. Tout de même, de l’homme, c’était délicieux. Un dominant tendit sa main pour attrapper un bout de cuisse abandonné par le chef. Un éclair rougeâtre. Un peu plus de sang au sol. Le repas s’étoffait. Tous les dominés reculèrent de dix mètres, dominant leurs estomacs affamés. Même les dominants s’arrêtèrent de manger, et laissèrent au chef tout loisir pour manger. Celui-ci avala la moitié de l’homme, et laissa le reste aux dominants, qui le finirent rapidement. Heureusement qu’un dominant s’était pris un coup de hache, sinon les restes auraient été bien pauvres pour les dominés.

 

Forzul était content, il avait bien mangé. Il avait enfin réglé son compte à Kjkarl. Cet idiot lui manquait de plus en plus de respect. Il renifla. Drôle d’odeur. C’était… Qui avait bien pu faire ça ? La viande était pourtant bonne, et ça faisait depuis tellement longtemps qu’ils n’avaient pas mangé quelque chose de correct, que Forzul était étonné de sentir une faible odeur de vomi. Il contempla sa horde. Les dominés s’empiffraient. Les enfants attendaient impatiemment avec leur mère qu’ils s’en aillent. Mais les dominants, eux aussi, avaient senti l’odeur.    Forzul se leva, tous les sens en éveil. Il sauta sur un rocher, puis en gagna un autre, et encore un autre, jusqu’à ce qu’il se trouvât au plus haut point possible.

 

L’odeur ne venait pas de Balas. Pourtant c’était dans ses environs qu’ils avaient attrapé le chasseur. Elle venait en fait de la direction diamétralement opposée. Dans la plaine, vers la forêt des elfes. Forzul scruta la plaine. Rien. Néant. Il n’y avait rien. Les dominants qui l’avaient suivi eux aussi ne virent rien. Et pourtant, il y avait quelque chose. L’odeur était fraîche, très fraîche.

 

 

Des applaudissements résonnèrent dans l’esprit d’Elmerr.

 

Toutes mes félicitaions, l’ami. Ton petit protégé a le mal équestre ! On est bien, maintenant ! Le petit shaman va pas mettre longtemps avant de te repérer, je te le dis !  Surtout qu’il en a même foutu sur la robe de ta licorne ! C’est encore mieux que de l’ammania !

 

Et alors ? Qu’ils s’avisent de se rapprocher, je te les découpe en rondelles !

 

Elmerr ne comprit pas Arcandil, mais ça paraissait être de formidables jurons.

 

Petit idiot, tu ne maîtrises pas la magie ! Le shaman va faire de l’avoin avec tes cheveux avant même que tu puisses le voir ! Et ne crois pas que je puisse te défendre !

 

Elmerr regarda Lod. Il était encore malade, mais après tout ce qu’il avait dégueulé, ça ne pouvait pas être pire.

 

Bah, on s’en sortira.

 

Arcandil soupira.

 

 

Forzul saisit son bâton de sorcier, et lança incantations sur incantations. Son corps était secoué de spasmes. Il tremblait, transpirait, bavait. Son cou bougeait frénétiquement, ses doigts claquaient, il flageollait sur ses genoux. Puis il s’abattit à terre, et ne bougea plus.

 

 

Un cri déchira les tympans d’Elmerr.

 

Il a pas mis longtemps, ce con, souffla l’épée. Mon gars, on est dans de beaux draps !

 

T’oublierais pas un peu vite Changepoil ? Elle va te le roussir, ce dégénéré.

 

Changepoil ne répondit pas, mais elle jeta un coup d’œil à Elmerr significatif.

 

- Bon, ben…

 

Elmerr attrappa Baldassian, et l’arma en un tour de main.

 

 

Forzul dévala les rochers, hache brandie. Il ne pouvait toujours pas voir les fuyards, mais il les sentait. Il devinait où ils allaient, à quelle allure. Il but une gorgée de la fiole qu’il avait comme pendentif, et fonça, suivit de sa horde.

 

 

T’as plus besoin de ta cape, maintenant . Enlève-là donc !

 

En effet, la cape qui dissimulait Elmerr n’était efficace qu’à faible vitesse. Et dès que sa magie était éventée, le mieux était de l’enlever, et de galoper. D’autant plus que les trolls, dont les forces avaient été décuplées par leur potion, filaient comme des flèches derrière eux. L’elfe allait devoir viser juste, car il avait peu de flèches, et il en fallait deux, au minimum et bien placées pour faire piler un troll lancé au pas de charge. Il se retourna. La horde était plutôt nombreuse, trouva Elmerr. Il devait y avoir au bas mot une bonne vingtaine de trolls à sa poursuite.

 

Le chef , c’est le troll qui est en avant. Il court les yeux fermés. Non, pas celui-là ! Là !

 

Elmerr l’ajusta, et tira. Les deux flèches passèrent à un mètre de leur cible. Il rechargea, et attendit qu’ils s’approchent encore.

 

- Changepoil, quand je vais tirer, tu vas profiter du moment où il va baisser ses défenses pour lui brûler le cerveau.

 

La horde n’était plus qu’à cent mètre. Elmerr gardait le chef en joue. Celui-ci ouvrit brusquement les yeux. Deux rayons de feu en sortirent comme des comètes. Elmerr tira. La première comète s’écrasa sur une de ses flèches. La deuxième continua son chemin. Elle se rapprochait. Elmerr sentit la chaleur monter. Il pensait sa dernière heure venue quand la température s’abaissa d’un coup. La comète s’était écrasée au sol comme une vulgaire balle de foin.

 

Tu as de la chance, il est meilleur sorcier que pyromancien.

 

Et bientôt il sera poussière.

 

Les yeux rivés sur le shamane, Elmerr attendit patiemment que les deux viseurs de Baldassian veuillent bien encadrer parfaitement l’horrible gueule d’ours du sorcier. Il tira, les deux flèches déchirèrent l’air simultanément. L’une fut évitée de justesse par le troll et se brisa au sol. La deuxième coupa la gorge à un des guerriers qui courrait derrière Forzul. Elmerr sourit. Il n’avait pas perdu la main.

 

Je réexplique : le shamane c’est celui au premier rang, pas ceux derrière !

 

Cependant, même en réussissant à abattre à chaque coup, ce qui était peu probable, un troll, les autres auraient le temps de les rattraper et de les transformer en salade trolle, justement.  Elmerr après avoir gaspillé six flèches arrêta le tir alors qu’il sentait presque le souffle des guerriers deriière lui. Il saisit sa dernière flèche, arma et se retourna vers Forzul, à trois mètres de lui. Le shamane vit l’arbalète le viser et se préparar à l’éviter. Trop concentré sur le carreau, il ne vit pas un éclair bleu déchirer le ciel, jaillissant de la corne de Changepoil. L’éclair devint kaléidoscope  inondant la scène. La plupart des trolls se tordirent en convulsions, secouant leur tête comme pour en chasser un soudain et violent mal de tête. Seul le chef n’était pas affecté par le sort de la licorne, ainsi que deux autres de ses guerriers. Mais quand ils virent qu’ils n’étaient plus que trois à pouvoir capturer le gibier, ils préférèrent ne pas s’y risquer, conscients qu’un elfe et une licorne étaient de dangereux adversaires.  Autant finir les restes du chasseur humain. Ils mangeraient de l’elfe plus tard. La poursuite s’arrêta, et les fuyards purent se sauver sans encombre. Les trolls ne devinrent rapidement que des taches vertes agitées de soubresauts, puis des points noirs, et enfin ils disparurent.

 

- Pas très efficace ton sort, reprocha Elmerr à la licorne. Le chef n’a rien senti !

 

Le gnome fut outré.

 

- Elle nous a sauvé la vie ! Tu pourrais au moins la féliciter, minable ! J’ai jamais vu un elfe avoir aussi dépourvu de sortilè.. Lod fut interrompu dans sa diatribe par la main de fer d’Elmerr qui l’étranglait. Le gnome porta les mains à son cou. Il ne pouvait même plus parler, et il ne respirait que faiblement. Sa face d’ordinaire rougeaude devint pourpre. Dans les yeux d’Elmerr brillait une rage terrible; ses deux pupilles dilatées à l’extrême, ses veines gonflées lui conféraient un regard fou, mais l’aspect général du visage trahissait plutôt une envie froide et calculée de meurtre.  Sa pression s’accentua davantage. Lod devint noir. Il se débattait de plus belle, mais bientôt il n’eut plus que des spasmes.

 

- Ne me fais JAMAIS de remarques à ce sujet.

 

Lod ne put même pas répondre par un gargouillement. Il avait cessé de se débattre.

 

- Me suis-je suis fait bien comprendre ?

 

Les yeux de Lod sombrèrent. Il sortit dans un dernier geste sa langue pour essayer de respirer. Puis plus rien. 

 

L’étreinte se relâcha. Lod s’effondra sur la croupe de Changepoil, quasi-mort.

 

- Jamais.

 

Elmerr regarda le gnome qu’il venait presque de tuer. Il était partagé entre la rage qui le dominait encore, la honte de l’avoir étranglé, pour un motif aussi léger, les remords, et l’envie de le jeter à terre et de continuer son chemin. S’il ne faisait rien, il mourrait dans les prochaines minutes, dans les prochaines secondes.

 

- Changepoil, ranime-le, s’il est encore temps.

 

Il sentit une onde de remontrance lui parcourir tout le corps tandis qu’un rayon blanc  jaillissait de la corne de l’animal, et s’enfonçait dans la bouche de la petite créature. Changepoil devint blanche, et Elmerr pouvait sentir la force de son effort. Il sentait autour de lui sa présence, forte et puissante. La licorne haletait, ses veines se gonflèrent. Le rayon grossit, grossit, jusqu’à devenir une rivière de lait que buvait Lod. Ce combat contre la Mort qui venait réclamer son dû dura longtemps. Il avait commencé alors que le soleil était à l’est. Il finit quand l’astre atteignit son zénith. Changepil était plus morte que vive, épuisée par l’effort qu’elle venait de fournir. Il lui tendit un peu de bath, qu’elle repoussa dédaigneusement. Lod dormait. Voyant qu’ils ne pourraient plus avancer de la journée, Elmerr se vêtit de sa cape et rajusta la position du gnome. La licorne n’avait même pas la force de camoufler sa robe. Elle reprit sa couleur originelle, un noir sombre comme une nuit sans lune.

 

Par Bégot - Publié dans : hoffnringers
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Jeudi 17 novembre 2005

8-Sabotage

 

- Mais dis moi, tu es en uniforme, et je ne vois pas tes galons. Tu les as oubliés ?

 

Grand éclat de rire général. Kel Thal ne répondit pas immédiatement. Il parut réfléchir, choisir ses mots.

 

- Vois-tu, père, je ne fais plus partie de l’Armée.

 

Galç recracha, en train de s’étouffer.

 

- Q...

 

- J’ai donné ma démission. J’intègre les Fées.

 

Les Fées. Les Forces d’élites elfes, le bras armé de l’Elf, l’Elf Liberation Front, comme ils disaient ces racistes. Un corps de sept mille elfes, qui entrait souvent en conflit avec l’Armée. Et surtout, qui prônait la révolution, dans le sang s’il le fallait afin de bannir ce régime perverti où les elfes devaient côtoyer des nains, des hommes, des gnomes, des djinns, des péris...

 

- Je suis venu te le dire en face, père. Je sais que ça ne te fera pas plaisir, mais je n’ aime pas la façon dont va ce monde que tu chéris tant. Si ça continue comme ça, dans deux cent ans, notre puissance ne sera plus qu’un vague souvenir.

 

Un masque d’impassibilité apparut sur le visage de Galç. Il parut songeur. Un silence lourd pesait sur la table. Aekanaïl elle aussi ne souriait plus. Elle aussi ne se sentait bien que parmi les elfes, mais elle était pour le Grand Conseil, seul moyen selon elle de vivre en communauté sereinement. Kel Thal se leva finalement et franchit la porte, au moment même où résonnèrent les hauts-parleurs :

 

- Alerte! Voiture en danger de destruction sur l’Autovoûte Delta Cinq. Alerte !  Toutes les unités de capture et de premiers soins doivent décoller immédiatement. Alerte! Voiture en danger de destruction …

 

Le véhicule de Galç était un véhicule de capture, et le seul dont le moteur sois encore chaud.

 

-...sur l’autovoûte...

 

Il se leva, et fonça derrièrre son fils, qu’il doubla à toute allure . Mais il eu quand même le temps de lui susurrer : “je te renie”. Il déboucha dans le hangar. Les pilotes s’affairraient. Tyanpèle leva le pouce, le poing fermé. Il pouvait décoller. Il grimpa quatre à quatre les échelons de son vaisseau, évitant le mécano qui sortait précipitamment du vaisseau.

 

- Magnez les gars ! cria Galç en abaissant sa visière.

 

Mais sans les attendre, il décolla en trombe.

 

- Galç ! cria sa femme.

 

En vain. Il était parti. Dans un hurlement de sirènes, son bolide traversa la ville en brûlant tous les feux rouges et, en en profitant pour prendre quelques sens interdits, il fut bientôt sur l’autovoûte, l’accélateur enfoncé à mort. Sur sa visière s’afficha une Vaßtaß, et le compte à rebours avant de pouvoir utiliser les rayons tracteurs.

 

- Quarante cinq secondes. Quarante secondes...

 

Mais à côté de ce compte à rebours, un autre s’affichait, celui-ci beaucoup plus angoissant : c’était la distance entre lui et les champs de résistance. En effet, l’autovoûte faisait un coude plusieurs myriamètres plus loin, afin d’éviter le lieu de culte des chrétiens. À la vitesse de la Vaßtaß, son pilote allait se retrouver transformé en ostie cosmique... Galç ne parlait pas . Chacun de ses ordres, issu de son cerveau, était aussitôt exécuté.

 

Branche-moi sur la fréquence du véhicule.

 

“J’arrive pas, contrôle ! Les commandes sont bloquées, rien ne répond ! Le verrou de vitesse a sauté ! Je ne comprends pas ! Le frein refuse de marcher !” . Le pilote parlait en Éloèce, la langue de navigation, mais Galdriss ne comprit pas ce qui suivait. Ça ressemblait à… une prière.

 

“Ordinateur, calcule le nombre de kilomètres qu’il me restera lorsque j’attraperais le vaisseau.”

 

Trois.

 

“Vitesse maximum, éteins tous les circuits secondaires. Tout aux moteurs !”

 

Déjà fait, répondit laconiquement l’ordinateur.

 

Trente secondes.

 

La jauge d’énergie se mit à varier frénétiquement.

 

Activité anormale de la jauge d’énergie. Vingt-neuf secondes.

 

Galç assena un coup de poing sur son écran de contrôle. Il devint noir. 

 

Vingt secondes. Nous accélérons. Le verrou de vitesse a sauté. Cinq secondes. Tous les voyants s’illuminèrent, puis s'éteignirent. Galç ne comprenait plus rien.

 

- Mais qu’est-ce qui m’a fichu un tel chasseur, cria-t-il en martelant son moniteur central.

 

Les voyants et tous les moniteurs explosèrent. Les systèmes de sécurité couvrirent instantanément de mousse le cockpit.

 

La vitesse maximale a été franchie, nous sommes au double de notre vitesse maximale prévue. Origine de l'accélération inconnue. Un, mise à feu.

 

Galç essuya ses yeux et ses mains, et chercha la commande d’éjection. Dès qu’il avait récupéré la Vaßtaß, il chevauchait le dragon… Les canons du chasseur de Galç crachèrent des rayons captants, tandis qu’il réduisait la vitesse de son chasseur. La courbe représentative de sa vitesse se stabilisa, puis repartit de plus belle. Il fonçait droit vers la Vaßtaß.

 

Alerte à la double collision! Nous percuterons la Vaßtaß en même temps que les champs. Éjection ! commanda René.

 

Rien ne se produisit.

 

- Echec à l’éjection automatique ! Ejectez en manuel, commandant !

 

Galç contemplait la poignée. Vraiment étrange, tout ça. Le gars qui avait salopé son engin était un as. À peine avait-il tiré la poignée qu’elle lui était restée en main. Galç vit la mort arriver en la personne de la Vaßtaß qu’il allait percuter, mais il eut le temps de crier : “JE RENIE MON FILS !”.

 

À la base, on contempla le crash des deux aéroplanes sur les hologrammes. Mains de Fer était absourdi. Quelques uns se mirent à pleurer. Le commissaire lui aussi était triste. La seule chose qui le réconfortait, c’était de savoir qu’il n’allait pas avoir à se déplacer pour annoncer la nouvelle à famille. Cependant, un mystère planait dans l’assistance. JE RENIE MON FILS ! Les mots résonnaient encore aux oreilles de chacun.

 

Il aura peu vécu sur cette terre

 

Il est mort pour vous, à cause de vous

 

Je l’aimais, il m’a aimé puis détesté.

 

À cause de vous

 

Je le vengerai.

 

Kel Thal sortit du commissiariat, sous le regard interloqué de l’assistance. Désormais libre, il savait où aller sans remords, venger son père de cette société qui l’avait tué.

 

Par Bégot - Publié dans : hoffnringers
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Jeudi 17 novembre 2005
Erreur de chapitrage désolé! Rendez vous au chapitre 8!
Par Bégot - Publié dans : hoffnringers
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Jeudi 17 novembre 2005

6-Retrouvailles

 

- Au nom de la Loi, je vous arrête pour conduite dangereuse dans une ruelle ! Veuillez immobiliser votre véhicule !

 

Un terrible juron naqôn explosa dans les haut-parleurs. L’homme ne savait pas que Galç le filait depuis une bonne demi-heure dans ses acrobaties et attendait de le choper au corps à corps. Il braqua d’un coup son véhicule, ses réacteurs à pleine fusion et monta en trombe sur quelques mètres, puis stoppa brutalement. Son véhicule semblait pris de hoquet.

 

- J’ai dit : arrêter votre véhicule ! ordonna Galç, le doigt enfoncé sur la gâchette. Celui-là avait bien failli lui échapper.

 

Résigné, le naqôn abaissa le feu de ses réacteurs, jusqu’au strict minimum pour rester en vol stationnaire. Galç se rapprocha, rayons tracteurs toujours tirés, et expulsa un sabot. L’engin, grand comme le poing, gris et carré, alla se coller au mono fautif. Quelques secondes plus tard, le naqôn avait perdu le contrôle de son véhicule. René, l’ordinateur de Galç, le pilotait. En quelques minutes, le naqôn fut amené au commissariat, et il en sortit une demi-heure plus tard, furieux et à pied. Son véhicule appartenait désormais à Géant Ymir, qui allait le donner en cadeau à un de ses employés, et, en plus, il avait écopé d’une amende de huit cent ganzas pour excès de vitesse, plus une autre de trois mille pour refus d’obéissance.

 

Galç regardait partir l’homme en souriant. Après tout, il l’avait cherché, ce minable. Avec un peu de chance, on lui attribuerait le véhicule de ce chauffard. Son précédent cadeau était déjà complètement dépassé. On le lui avait offert deux ans plus tôt.

 

Il sortit de l’habitacle, échangea un rapide salut avec Tyanpèle, le mécano, et se dirigea vers le mess des officiers. Une bonne lèfe, trois potes, voilà tout ce dont on avait besoin. En s’approchant de la pièce déjà enfumée, il distingua dans l’embrasure une silhouette familière, mais qu’il ne reconnut pas. La tête était noyée dans un océan de fumée ondulante, et en plus, il était sûr qu’il n’avait jamais vu cette personne ici. Cependant...

 

Cinq mètres plus près, plus de doute, c’était bien sa femme qui l’attendait, sourire au lèvre. C’était tellement rare cette mimique sur sa  bouche que Galç sentit la bonne surprise. Il demanda quand même la raison de sa venue. Aekanaïl s’effaça, et laissa place à un solide militaire.  Galç eut du mal à reconnaître cette tête d’elfe mûr, hâlé par le soleil quotidien et blessé par les terribles entraînements. Il ne put s’empêcher de serrer son fils dans ses bras, et Kel Thal ne put éviter l’étreinte paternelle, combien humilante en public. Mais il y avait peu de monde au mess, juste Main de Fer, un ami nain de Galç, qui tenait tranquillement sa pipe de sa main droite et roulait sa longue barbe blanche de l’autre, ses joues rougies de plaisir. 

 

- Mais, tu en avais encore pour cinquante ans dans les camps d’entraînement !

 

- Affirmatif. Cependant, j’ai gagné le Yantan Yantan, et le Prince m’a accordé une perm’ pour venir te voir.

 

- On boit une lèfe ? Ça sera mieux pour parler. Wolà ! Tacy-Burn ! Two feles and one iced coffee !

 

- Yes sir ! répondit une voix surgie du comptoir. Juste après, un homme à la peau glabre, portant trois verres pleins à rabord, s’avançant vers leur table.

 

-Do you want anything else ?

 

-Voulez encore quelque chose ? traduisit Galç.

 

- Non, ça va, merci, répondit Kel Thal.

 

- Un petit citron me déplairait pas.

 

- And one lime, please.

 

- All right, sir.

 

Tandis que le serveur s’éloignait, Main de Fer prit sa chaise et la déposa à côté de Galç. Kel Thal réprima sa répugnance de voir un nain si près de lui. Mais lui et son père paraissaient bons amis. C’était bien ce qu’il craignait…

 

 

“Cette canaille de jœrt s’était finalement calmée : je crois même qu’on avait finalement pactisé assez vite. Je ne savais pas alors pourquoi, mais j’étais sûr que mon origine algaratte y était pour beaucoup dans cette amitié. Mais surtout, ce qui m’intriguait au plus haut point, c’était l’intérêt qu’il avait porté à mon Alguerett. Il m’avait posé tout un tas de question . Comment avais-je survécu, qu’y faisais-je ? Qui étaient mes parents ? L’insistance de sa curiosité était étrange, inexplicable. A moins que... à moins que cet elfe qui mangeait sa viande fumée, proprement, comme un elfe, n’était... Lan-Mec’h-l’idiot-la-brute. Je reconsidérais mon compagnon de route. Lan-Mec’h ? Ça ? Certes, les muscles étaient là, aussi noueux qu’avant, les traits du visage paraissaient toujours durs, aplatis et la taille de l’épée correspondait tout à fait au style rentre-dedans du Lan-Mec’h que j’avais connu. Mais, les propos que l’elfe m’avait tenus étaient cohérents. Ce n’étaient pas des aboiements. Il possédait une arbalète d’une facture assez complexe, et il me semblait fortement douteux que mon Lan-Mec’h  ait jamais compris le concept même d’une arme plus subtile que la massue. Et puis, il y avait sa prestance. Même s’il avait des habitudes qu’il avait dû contracter aux contacts de guerriers humains, il ne se conduisait pas comme une bête féroce, mais bien comme un elfe. Son frère, alors ? J’optais pour.

 

  Le soleil baignait la plaine de ces rayons dardants, faisait ruisseler l’or des épis, et étinceler Baldassian. Un vent heureusement frais, déboulant de derrière les rochers à l’ombre desquels nous nous reposions, me rafraîchissait, et soulevait une mèche qui d’ordinaire me gêne la vue. J’avais déboutonné ma chemise afin de me libérer un peu le ventre, même si à l’époque il était bien maigre.

 

Nous avions parlé longtemps dans la nuit, et je crois bien que je ne m’étais finalement endormi qu’à l’aube. Je dormais paisiblement du sommeil du juste, quand on me réveilla brutalement. Encore tout embrumé, je mis du temps à comprendre les paroles prononcées à voix basse. J’ouvris les yeux et aperçut Elmerr. Il susurrait quelque chose : “Lève-toi, crétin, lève-toi donc !”.  N’en voyant pas la nécessité, je me retournai et fermai les yeux. Je fis évidemment semblant de dormir, certain que mon hôte me réveillerait d’une façon ou d’une autre. Je m’étais préparé à être secoué dans tous les sens, et voilà que je fus emporté dans les airs, à toute vitesse. Il y avait sous moi une sorte de tapis verdâtre, quelque chose qui allait vraiment très vite. Je fus à nouveau soulevé comme un fêtu de paille, et me retrouvai assis à califourchon sur cette chose qui allait très vite. Elmerr se tenait juste derrière moi, m’enserrant dans ses bras. Je regardai mes pieds, et je criai. Ou plutôt ma bouche s’ouvrit, mais rien n’en sortit. L’elfe venait d’y plaquer violement sa main. Je marmonnai, tentai de me dégager, mais rien ne put y arriver.

 

- Bouge pas, idiot. Il y une troupe de trolls dans les environs, qui fonce droit vers nous. Les rochers nous cachent encore, mais je t’assure qu’ils ne vont pas mettre longtemps à découvrir nos odeurs. Et là...

 

Dès qu’il lâcha son étreinte, je l’agonis d’injures et lui demandai :

 

- Et alors ? Ta licorne, elle est invisble, non ? T’as pas un sort pour nous rendre aussi invisible ?

 

- À grande vitesse, ça marche assez mal. Mais bon…

 

Elmerr se revêtit de sa cape brune, et la referma de telle sorte que Lod soit à l’intérieur.

 

Tu sais que tu es une enfoirée, Arcandil ?

 

La ferme, répondit la claymore. T’as voulu garder ce minus, t’assume. Il se ferait bouffer cru par les trolls, si tu les affrontaient. En plus, je perçois une grande force parmi la troupe. Il doit y avoir un shaman puissant parmi eux. Tu sais, les trolls, c’est pas comme les gobelins. Ils maîtrisent eux aussi la magie.

 

Sans blague ?

 

Lod ne disait rien. Elmerr n’y fit pas attention, croyant que c’était la peur des trolls qui l’avait enfin, et heureusement, rendu coi.

 

Par Bégot - Publié dans : hoffnringers
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Jeudi 17 novembre 2005

5-Colère

 

 

La pièce était agréablement éclairée par les rayons du soleil, qui faisaient briller les chevelures des lecteurs assis aux tables. La plupart se tenaient confortablement, bien calés dans leurs chaises polymorphes, plongés dans leur livre. Certains se levaient, déçus de l’ouvrage antique qu’ils avaient pris qu’ils lâchaient négligeamment dans les bacs volants. D’autres, contents, partaient guillerets à la recherche d’un nouveau trésor. Quelques androïdes en combinaison bleue se baladaient parmi les rayons. Ils dénichaient un livre quelconque, et le lisait sans interruption, du début à la fin, dans un coin de la salle. Une fois terminé, et après l’avoir marqué d’hyper-ammania, ils le remettaient après à sa place. Ainsi, munis du récepteur approprié, qui étaient gratuitement distribué à l’entrée de la bibliothèque, mais que l’on devait rendre à la sortie, quiconque s’approchait d’un tel livre savait qu’il était complètement numérisé et engrangé sur la Toile de la Bibliothèque. D’autres androïdes, en uniformes divers, fouinaient un peu partout, à la recherche de la perle rare requise par leur maître. Ils pouvaient y passer des années, si on ne leur avait pas programmé de date de retour.  Un macrobot errait à travers les rayons, feuilletant rapidement chaque grimoire avec une délicatesse religieuse. Le lutin à ses commandes cherchait désespérément un codex, mais il savait ne pas passer ses nerfs sur les merveilles de la Bibliothèque. D’ailleurs, il ne l’aurait pas pu longtemps. Deux cyborgs armés patrouillaient en permanence, vérifiant que personne n’abimait les précieux ouvrages.

 

Le silence était total. Des bloque-sons étaient incrustés partout au plancher, et aspiraient chaque infime bruit. On ne s’entendait même pas respirer. Une odeur de Ouilf était finement distillée, emplissant la salle d’une fragrance douce et reposante. Insensibles aux charmes des statues antiques, des tapisseries venues d’un autre âge, des instruments de cultes ancestraux, les bacs menaient un va-et-vient constant entre les rayons et les lecteurs, rapportant au bon endroit le livre lu et délaissé.

 

Il y avait dans la grande salle  une trentaine d’elfes, autant d’hommes, quelques gnomes, une vingtaine d’androïde et de robots, deux macrobots, un djinn et trois tengdus et un millénaire de littérature de toutes races.

 

- Très intéressant, dit Jedel, en refermant un vieux livre rouge. Personne ne l’entendit. Le bac qui gravitait au-dessus de lui depuis trois heures s’approcha, et ouvrit son compartiment. Jedel était depuis longtemps fiché à la bibliothèque, son respect des livres était connu. En conséquence, le bac n’arma ses rayons captant que faiblement. Mais Jedel garda sa découverte sous le bras, et sortit. La machine chercha alors un nouveau lecteur sans ange gardien, en vain. Elle alla se coller au plafond, telle une grosse brique gris métal, et attendit que quelqu’un franchisse la porte.

 

Jedel traversa le sas, rendit son badge de chercheur au gardien et pénétra dans le couloir plongé dans la cohue et la cacophonie. On entendait les sons rogues et durs des nains; les voix grossières des hommes; les gnomes ne parlaient pas, ils crachaient leurs mots; seuls le chant mélodieux des elfes mettaient là une certaine poésie. L’elfe reconnut plusieurs langues de ses frères : le Fanlantal, le Baar, l’Ishnaë, l’asffling-û, et l’Aféetan Dé Hjchène, sa langue. Les hommes, comme à leur habitude, parlaient une myriade de patois plus divers les uns que les autres; Jedel comprit quelque bribes de séquoil  et de Gwadann.

 

Un jeune nain apparut brusquement lui, et se courba jusqu’au sol. Jedel lui rendit son salut, mais se courba moins.

 

- Cher maître ! Comme je suis heureux de vous voir ! s’exclama l’étudiant en barbolshkaf.

 

- Moi de même, Oldaf. Je vois à ton sourire coincé et à ta jolie courbette que tu as un service à me demander, répondit-il un sourire ironique aux lèvres.

 

La face du nain prit une teinte cramoisie.

 

- On ne peut rien vous cacher, cher maître. Comme vous le savez, les temps ont été durs, j’ai dû rentrer un certain au pays afin d’aider mon père. Vous savez, il... il a été très malade, et... enfin, vous comprenez, les temps ont été durs... je n’ai pas pu beaucoup travailler, et... enfin....

 

- C’est d’accord. Je repporte à un mois ton épreuve. Est-ce tout ?

 

Un large sourire jaunâtre barrait le visage d’Oldaf.

 

- Oui, c’est tout, maître, je vous remercie beaucoup.

 

Il salua, et s’apprêtait à retourner auprès de son groupe, quand il se figea. Sa face était devenue cadavérique.

 

- Vous... qu’avez-vous dit, maître ?

 

- J’irai porter mes souhaits de prompt rétablissement à monsieur votre père, aujourd’hui même, je pense.

 

Oldaf avait l’impression qu’on lui lacérait le ventre. Il sentait déjà la bile dans sa bouche.

 

- Il... il.... n’est pas actuellement à la maison. Il... il est à allé à Khannaânne, pour... pour qu’Ânneûhhânne le soigne, maître.

 

Khannaânne, la Montagne Interdite, l’enceinte sacrée du pouvoir nain, l’un des piliers du Grand Conseil. Shamane parmi les shamanes nains, Ânneûhhânne était le symbole vivant de cette force naine. Au Grand Conseil des Sages, il assurait toujours la puissance de sa race dans le monde, et pourchgassait ardemment la corruption. Au kjaâraak, le conseil des nains, il protégeait surtout les intérêts de son peuple, les Aggome Baine Dawir.

 

- Ânneûhhânne ?

 

La voix de Jedel était glaciale. Il attrappa l’oreille d’Oldaf, et la tordit.

 

- Espèce de sale petit menteur ! Le Grand Conseil siège toute la semaine ! Tu voudrais me faire croire qu’Ânneûhhânne est allé guérir ton père, alors que la guerre des Quanquejans est en pleine discussion au conseil ?

 

Plus personne ne parlait dans le couloir. Nains, elfes, gnomes, humains, tous suivaient la dispute. Seuls quelques elfes qui comprenaient souriaient de la malchance de l’élève. Les nains beaucoup moins. Tous les autres, perplexes, redoutaient que le petiot n’ait un parent costaud dans le coin. Auquel cas, la situation risquerait de touner à l’émeute. Heureusement, il n’en fut rien. Les nains regardaient glacés la honte de l’un des leurs. Ce manque de respect, mentir envers un maître !, fût-il étranger, était impardonnable. Même, à leurs mines sombres, on pressentait qu’Oldaf n’allait pas se tirer de là avec juste un blâme et une oreille écarlate.

 

- Ton épreuve aura lieu demain, sept heures, ordonna sèchement Jedel.

 

Il le poussa brutalement dans la foule. Ce fut comme une vague de dégoût : tous les nains s’écartèrent de lui, le laissant seul. Enervé, Jedel commanda un bac. Il sentait qu’il allait passer ses nerfs sur quelque chose, et il ne voulait pas abîmer sa merveille. Il la balança quasiment quand le bac vînt à sa rencontre, puis sortit du couloir; l’animation y avait repris. Tous commentaient l’évènement, et pressaient de questions ceux qui maîtrisaient le barbolshkaf.

 

- Tous les mêmes, pesta l’Aféetan. Pas moyen qu’ils soient honnêtes. Encore un coup comme ça, mon gars, et je t’assure que là, c’est toi qui aura besoin du secours d’Ânneûhhânne.

 

Il passa devant une nouvelle salle. Un soldat naqôn se tenait devant la porte, en faction. Aux galons, il crut même reconnaître un major. Derrière lui, on distinguait plusieurs membres du Haut Naqônat. Une séance au sommet, sûrement.

 

- Demain, au Crustacées à midi?

 

Jedel eut à peine le temps de reconnaître son collègue tanian qui passa en trombe auprès de lui.

 

- J’y serai ! cria-t-il.

 

Il distingua juste le bras levé d’Eulin-Angza. Avec un peu de chance, Eulin l’invitera...

 

Il déboucha sur le gigantesque hall d’entrée. Peu de monde, en fait. La bibliothèque antique attirait de moins en moins de monde. Surtout qu’on pouvait interroger la moitié de ses trésors depuis chez soi. D’ailleurs, on avait calculé qu’au rythme où allaient les androïdes, la Bibliothèque aurait été complètement numérisée dans trente ans. Seule la journée Portes Ouvertes avait permis de rameuter du monde, qui passait plus de temps dans les couloirs que dans les salles.

 

Un vieux nain, à la barbe foisonnante et grisonnante, s’affairait derrière son bureau, visiblement chafouin. Il farfouillait dans des classeurs qui craquaient de partout, tapait désespérement sur son clavier devant un écran qui restait obstinément noir, soupirait enfin.

 

- Toujours des problêmes de terminal, monsieur de Belgram ?

 

- Oh ! Bonjour, monsieur Doubée. Et oui ! toujours ces satanés problêmes. Mais pas la peine de vous ennuyer avec ça, vous les connaissez maintenant par cœur. Que lisez-vous donc de beau ?

 

La soucoupe grise qui orbitait au-dessus de Jedel s’approcha et expulsa doucement hors de son habitacle le livre, qui paraissait flotter librement dans les airs.

 

- Ah, je vois. Les Années Sombres par Lod Tar. C’est encore pour établir l’histoire de votre ancêtre ?

 

- Évidemment, monsieur de Belgram. Mais c’est aussi pour mes étudiants de la Yole aux Fous. La Guerre de Mina’s est une guerre aussi complexe à étudier que la guerre des Quinquejans l’est à appréhender. Je pense que cela sera instructif. Et quand est-ce que votre terminal sera réparé ? demanda-t-il.

 

- J’attends le réparateur ce matin.

 

- Je suis sûr qu’il ne viendra pas. Les Kar Arrar’r n’ont pas une réputation de tendres, et vu qu’il est déjà en retard de plusieurs jours, il n’a pas envie de se faire tuer.

 

- Vous en avez de bonnes, maudits Aféetans, répliqua le nain en riant. Vous êtes la race la plus susceptible d’Edom, et vous dites que les Kar Arrar’r ne sont pas tendres!

 

- Allez, au revoir, le grincheux, répondit Jedel en quittant la bibliothèque.

 

- C’est ça, au revoir !

 

Sa Vaßtaß 354 décolla dès qu’il sortit de la bibliothèque, et vint le chercher au vingtième étage. C’était un remue-ménage, dans le ciel. Il y avait partout des courses d’autos, des monos lancés à toute allure, ziguezaguant entre les gratte-ciels. On distinguait parmi ces cascadeurs du dimanche beaucoup de Lydons-3, les nouveaux chasseurs captants que Géant Ymir avait dû mettre en place afin de contrer cette folie de la vitesse, depuis que les 83 heures de Rouleauvair avaient été ouverts aux amateurs. Chacun s’entraînait, comme il pouvait.

 

Jedel s’éleva jusqu’à dépasser la haute structure de quatre cent soixante étages que faisait le bâtiment, et donc la bibliothèque n’occupait modestement qu’une centaine. Il arriva juste en dessous des nuages, et admira le panorama qu’il avait sur le quartier. En contre bas, on distinguait difficilement les piétons qui circulaient sur les voies rapides “rampantes”. Elles n’étaient qu’à un kilomètre du sol. Plus proches de lui, à une cinquantaine de mètres, s’étalaient les express-piétons de la  “canopée”. Elle était sur-encombrée, car au sommet des tours connectées entre elles par des rayons transporteurs, un quartier commercial avait vu le jour. Il était devenu à tel point florissant que le prix des loyers dans les immeubles envirronnants avec littéralement explosé. Géant Ymir avait même dû y installer un commissariat, tant la délinquance s’était développée. Toutes les secondes, on voyait un nouveau mono en décoller, pour une nouvelle patrouille. Parfois, il étaient trois, entourant une soucoupe à salade, la carrosserie clignotante, fonçant pleins gaz.

 

Jedel quitta le quartier coloré lentement, et passa devant l’Anta-Anaëlafil, Elfe-ville, comme on l’appelait.  C’était un immense pan de la ville qui en était presqu’uniquement peuplé. Les maisons étaient taillées pour la plupart dans des arbres décamillénaires, mais un châteaux majestueux abritait tout ceux qui préféraient le charme de la cour de Falder à celui des arbres antiques. Ces résidences, quoique magnifiques, n’étaient que les pieds-à-terre occasionnels des elfes, qui préféraient leurs demeures ancestrales loin de la ville.

 

- Aknine, trouve-moi l’adresse du père d’Oldaf Çamparre Igakz.

 

La réponse jaillit presqu’aussitôt. Il n’avait fallu que quelque millisecondes pour que l’ordinateur se connecte au réseau central et achemine sa requête.

 

- Dahinne Çamparre Iktan, fils de Kadan Çamparre Igmédare, habite à Krâachanhan, répondit une voix chaude et féminine.

 

- Combien de temps pour y aller ?

 

- Deux heures quarante minutes.

 

- En route. Fenêtres opaques, température dix-huit degré, prépare un jus de jujuba, habitacle format bureau de travail.

 

La Vaßtaß traversa la couche nuageuse et rejoignit une autovoûte.

 

Par Bégot - Publié dans : hoffnringers
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