Bienvenue sur mon petit blogounet mignon...
vous trouverez ici les premiers chapitres de mon livre, Hoffnringer, que je mijote depuis un long moment déjà! Je le considère comme fini, même s'il reste beaucoup à faire pour en faire un vrai roman, malheureusement, étant Erasmus cette année à Graz, je n'ai que très peu de temps à lui consacrer. Si les aventures de mes héros vous intéressent, manifestez vous et je publierai le reste des chapitres qui dorment depuis longtemps dans les tréfonds de mon ordinateur. Et si vous aimez dessiner des personnages, des paysages... et que vous avez le crayon qui vous démange, défoulez vous sur mes personnages! je rêverai de savoir dessiner... faites moi partager votre talent!
mais trève de bavardage et rendez vous au prologue!
5-Colère
La pièce était agréablement éclairée par les rayons du soleil, qui faisaient briller les chevelures des lecteurs assis aux tables. La plupart se tenaient confortablement, bien calés dans leurs chaises polymorphes, plongés dans leur livre. Certains se levaient, déçus de l’ouvrage antique qu’ils avaient pris qu’ils lâchaient négligeamment dans les bacs volants. D’autres, contents, partaient guillerets à la recherche d’un nouveau trésor. Quelques androïdes en combinaison bleue se baladaient parmi les rayons. Ils dénichaient un livre quelconque, et le lisait sans interruption, du début à la fin, dans un coin de la salle. Une fois terminé, et après l’avoir marqué d’hyper-ammania, ils le remettaient après à sa place. Ainsi, munis du récepteur approprié, qui étaient gratuitement distribué à l’entrée de la bibliothèque, mais que l’on devait rendre à la sortie, quiconque s’approchait d’un tel livre savait qu’il était complètement numérisé et engrangé sur la Toile de la Bibliothèque. D’autres androïdes, en uniformes divers, fouinaient un peu partout, à la recherche de la perle rare requise par leur maître. Ils pouvaient y passer des années, si on ne leur avait pas programmé de date de retour. Un macrobot errait à travers les rayons, feuilletant rapidement chaque grimoire avec une délicatesse religieuse. Le lutin à ses commandes cherchait désespérément un codex, mais il savait ne pas passer ses nerfs sur les merveilles de la Bibliothèque. D’ailleurs, il ne l’aurait pas pu longtemps. Deux cyborgs armés patrouillaient en permanence, vérifiant que personne n’abimait les précieux ouvrages.
Le silence était total. Des bloque-sons étaient incrustés partout au plancher, et aspiraient chaque infime bruit. On ne s’entendait même pas respirer. Une odeur de Ouilf était finement distillée, emplissant la salle d’une fragrance douce et reposante. Insensibles aux charmes des statues antiques, des tapisseries venues d’un autre âge, des instruments de cultes ancestraux, les bacs menaient un va-et-vient constant entre les rayons et les lecteurs, rapportant au bon endroit le livre lu et délaissé.
Il y avait dans la grande salle une trentaine d’elfes, autant d’hommes, quelques gnomes, une vingtaine d’androïde et de robots, deux macrobots, un djinn et trois tengdus et un millénaire de littérature de toutes races.
- Très intéressant, dit Jedel, en refermant un vieux livre rouge. Personne ne l’entendit. Le bac qui gravitait au-dessus de lui depuis trois heures s’approcha, et ouvrit son compartiment. Jedel était depuis longtemps fiché à la bibliothèque, son respect des livres était connu. En conséquence, le bac n’arma ses rayons captant que faiblement. Mais Jedel garda sa découverte sous le bras, et sortit. La machine chercha alors un nouveau lecteur sans ange gardien, en vain. Elle alla se coller au plafond, telle une grosse brique gris métal, et attendit que quelqu’un franchisse la porte.
Jedel traversa le sas, rendit son badge de chercheur au gardien et pénétra dans le couloir plongé dans la cohue et la cacophonie. On entendait les sons rogues et durs des nains; les voix grossières des hommes; les gnomes ne parlaient pas, ils crachaient leurs mots; seuls le chant mélodieux des elfes mettaient là une certaine poésie. L’elfe reconnut plusieurs langues de ses frères : le Fanlantal, le Baar, l’Ishnaë, l’asffling-û, et l’Aféetan Dé Hjchène, sa langue. Les hommes, comme à leur habitude, parlaient une myriade de patois plus divers les uns que les autres; Jedel comprit quelque bribes de séquoil et de Gwadann.
Un jeune nain apparut brusquement lui, et se courba jusqu’au sol. Jedel lui rendit son salut, mais se courba moins.
- Cher maître ! Comme je suis heureux de vous voir ! s’exclama l’étudiant en barbolshkaf.
- Moi de même, Oldaf. Je vois à ton sourire coincé et à ta jolie courbette que tu as un service à me demander, répondit-il un sourire ironique aux lèvres.
La face du nain prit une teinte cramoisie.
- On ne peut rien vous cacher, cher maître. Comme vous le savez, les temps ont été durs, j’ai dû rentrer un certain au pays afin d’aider mon père. Vous savez, il... il a été très malade, et... enfin, vous comprenez, les temps ont été durs... je n’ai pas pu beaucoup travailler, et... enfin....
- C’est d’accord. Je repporte à un mois ton épreuve. Est-ce tout ?
Un large sourire jaunâtre barrait le visage d’Oldaf.
- Oui, c’est tout, maître, je vous remercie beaucoup.
Il salua, et s’apprêtait à retourner auprès de son groupe, quand il se figea. Sa face était devenue cadavérique.
- Vous... qu’avez-vous dit, maître ?
- J’irai porter mes souhaits de prompt rétablissement à monsieur votre père, aujourd’hui même, je pense.
Oldaf avait l’impression qu’on lui lacérait le ventre. Il sentait déjà la bile dans sa bouche.
- Il... il.... n’est pas actuellement à la maison. Il... il est à allé à Khannaânne, pour... pour qu’Ânneûhhânne le soigne, maître.
Khannaânne, la Montagne Interdite, l’enceinte sacrée du pouvoir nain, l’un des piliers du Grand Conseil. Shamane parmi les shamanes nains, Ânneûhhânne était le symbole vivant de cette force naine. Au Grand Conseil des Sages, il assurait toujours la puissance de sa race dans le monde, et pourchgassait ardemment la corruption. Au kjaâraak, le conseil des nains, il protégeait surtout les intérêts de son peuple, les Aggome Baine Dawir.
- Ânneûhhânne ?
La voix de Jedel était glaciale. Il attrappa l’oreille d’Oldaf, et la tordit.
- Espèce de sale petit menteur ! Le Grand Conseil siège toute la semaine ! Tu voudrais me faire croire qu’Ânneûhhânne est allé guérir ton père, alors que la guerre des Quanquejans est en pleine discussion au conseil ?
Plus personne ne parlait dans le couloir. Nains, elfes, gnomes, humains, tous suivaient la dispute. Seuls quelques elfes qui comprenaient souriaient de la malchance de l’élève. Les nains beaucoup moins. Tous les autres, perplexes, redoutaient que le petiot n’ait un parent costaud dans le coin. Auquel cas, la situation risquerait de touner à l’émeute. Heureusement, il n’en fut rien. Les nains regardaient glacés la honte de l’un des leurs. Ce manque de respect, mentir envers un maître !, fût-il étranger, était impardonnable. Même, à leurs mines sombres, on pressentait qu’Oldaf n’allait pas se tirer de là avec juste un blâme et une oreille écarlate.
- Ton épreuve aura lieu demain, sept heures, ordonna sèchement Jedel.
Il le poussa brutalement dans la foule. Ce fut comme une vague de dégoût : tous les nains s’écartèrent de lui, le laissant seul. Enervé, Jedel commanda un bac. Il sentait qu’il allait passer ses nerfs sur quelque chose, et il ne voulait pas abîmer sa merveille. Il la balança quasiment quand le bac vînt à sa rencontre, puis sortit du couloir; l’animation y avait repris. Tous commentaient l’évènement, et pressaient de questions ceux qui maîtrisaient le barbolshkaf.
- Tous les mêmes, pesta l’Aféetan. Pas moyen qu’ils soient honnêtes. Encore un coup comme ça, mon gars, et je t’assure que là, c’est toi qui aura besoin du secours d’Ânneûhhânne.
Il passa devant une nouvelle salle. Un soldat naqôn se tenait devant la porte, en faction. Aux galons, il crut même reconnaître un major. Derrière lui, on distinguait plusieurs membres du Haut Naqônat. Une séance au sommet, sûrement.
- Demain, au Crustacées à midi?
Jedel eut à peine le temps de reconnaître son collègue tanian qui passa en trombe auprès de lui.
- J’y serai ! cria-t-il.
Il distingua juste le bras levé d’Eulin-Angza. Avec un peu de chance, Eulin l’invitera...
Il déboucha sur le gigantesque hall d’entrée. Peu de monde, en fait. La bibliothèque antique attirait de moins en moins de monde. Surtout qu’on pouvait interroger la moitié de ses trésors depuis chez soi. D’ailleurs, on avait calculé qu’au rythme où allaient les androïdes, la Bibliothèque aurait été complètement numérisée dans trente ans. Seule la journée Portes Ouvertes avait permis de rameuter du monde, qui passait plus de temps dans les couloirs que dans les salles.
Un vieux nain, à la barbe foisonnante et grisonnante, s’affairait derrière son bureau, visiblement chafouin. Il farfouillait dans des classeurs qui craquaient de partout, tapait désespérement sur son clavier devant un écran qui restait obstinément noir, soupirait enfin.
- Toujours des problêmes de terminal, monsieur de Belgram ?
- Oh ! Bonjour, monsieur Doubée. Et oui ! toujours ces satanés problêmes. Mais pas la peine de vous ennuyer avec ça, vous les connaissez maintenant par cœur. Que lisez-vous donc de beau ?
La soucoupe grise qui orbitait au-dessus de Jedel s’approcha et expulsa doucement hors de son habitacle le livre, qui paraissait flotter librement dans les airs.
- Ah, je vois. Les Années Sombres par Lod Tar. C’est encore pour établir l’histoire de votre ancêtre ?
- Évidemment, monsieur de Belgram. Mais c’est aussi pour mes étudiants de la Yole aux Fous. La Guerre de Mina’s est une guerre aussi complexe à étudier que la guerre des Quinquejans l’est à appréhender. Je pense que cela sera instructif. Et quand est-ce que votre terminal sera réparé ? demanda-t-il.
- J’attends le réparateur ce matin.
- Je suis sûr qu’il ne viendra pas. Les Kar Arrar’r n’ont pas une réputation de tendres, et vu qu’il est déjà en retard de plusieurs jours, il n’a pas envie de se faire tuer.
- Vous en avez de bonnes, maudits Aféetans, répliqua le nain en riant. Vous êtes la race la plus susceptible d’Edom, et vous dites que les Kar Arrar’r ne sont pas tendres!
- Allez, au revoir, le grincheux, répondit Jedel en quittant la bibliothèque.
- C’est ça, au revoir !
Sa Vaßtaß 354 décolla dès qu’il sortit de la bibliothèque, et vint le chercher au vingtième étage. C’était un remue-ménage, dans le ciel. Il y avait partout des courses d’autos, des monos lancés à toute allure, ziguezaguant entre les gratte-ciels. On distinguait parmi ces cascadeurs du dimanche beaucoup de Lydons-3, les nouveaux chasseurs captants que Géant Ymir avait dû mettre en place afin de contrer cette folie de la vitesse, depuis que les 83 heures de Rouleauvair avaient été ouverts aux amateurs. Chacun s’entraînait, comme il pouvait.
Jedel s’éleva jusqu’à dépasser la haute structure de quatre cent soixante étages que faisait le bâtiment, et donc la bibliothèque n’occupait modestement qu’une centaine. Il arriva juste en dessous des nuages, et admira le panorama qu’il avait sur le quartier. En contre bas, on distinguait difficilement les piétons qui circulaient sur les voies rapides “rampantes”. Elles n’étaient qu’à un kilomètre du sol. Plus proches de lui, à une cinquantaine de mètres, s’étalaient les express-piétons de la “canopée”. Elle était sur-encombrée, car au sommet des tours connectées entre elles par des rayons transporteurs, un quartier commercial avait vu le jour. Il était devenu à tel point florissant que le prix des loyers dans les immeubles envirronnants avec littéralement explosé. Géant Ymir avait même dû y installer un commissariat, tant la délinquance s’était développée. Toutes les secondes, on voyait un nouveau mono en décoller, pour une nouvelle patrouille. Parfois, il étaient trois, entourant une soucoupe à salade, la carrosserie clignotante, fonçant pleins gaz.
Jedel quitta le quartier coloré lentement, et passa devant l’Anta-Anaëlafil, Elfe-ville, comme on l’appelait. C’était un immense pan de la ville qui en était presqu’uniquement peuplé. Les maisons étaient taillées pour la plupart dans des arbres décamillénaires, mais un châteaux majestueux abritait tout ceux qui préféraient le charme de la cour de Falder à celui des arbres antiques. Ces résidences, quoique magnifiques, n’étaient que les pieds-à-terre occasionnels des elfes, qui préféraient leurs demeures ancestrales loin de la ville.
- Aknine, trouve-moi l’adresse du père d’Oldaf Çamparre Igakz.
La réponse jaillit presqu’aussitôt. Il n’avait fallu que quelque millisecondes pour que l’ordinateur se connecte au réseau central et achemine sa requête.
- Dahinne Çamparre Iktan, fils de Kadan Çamparre Igmédare, habite à Krâachanhan, répondit une voix chaude et féminine.
- Combien de temps pour y aller ?
- Deux heures quarante minutes.
- En route. Fenêtres opaques, température dix-huit degré, prépare un jus de jujuba, habitacle format bureau de travail.
La Vaßtaß traversa la couche nuageuse et rejoignit une autovoûte.
Pour surfer parmi les différents chapitres... pensez à la liste complète! bonne lecture!
Commentaires