Bienvenue sur mon petit blogounet mignon...
vous trouverez ici les premiers chapitres de mon livre, Hoffnringer, que je mijote depuis un long moment déjà! Je le considère comme fini, même s'il reste beaucoup à faire pour en faire un vrai roman, malheureusement, étant Erasmus cette année à Graz, je n'ai que très peu de temps à lui consacrer. Si les aventures de mes héros vous intéressent, manifestez vous et je publierai le reste des chapitres qui dorment depuis longtemps dans les tréfonds de mon ordinateur. Et si vous aimez dessiner des personnages, des paysages... et que vous avez le crayon qui vous démange, défoulez vous sur mes personnages! je rêverai de savoir dessiner... faites moi partager votre talent!
mais trève de bavardage et rendez vous au prologue!
Ami lecteur, bienvenue!
je suis un jeune auteur de science fiction (indulgence requise me précise mon abruti de coloc) et de médiéval fantastique.
Mon premier bouquin est presqu'achevé (même s'il reste encore une myriade de points à rectifier) et j'en publie ici le premier chapitre, afin d'en connaître vos impressions.
Par ailleurs, je recherche un dessinateur (tout aussi jeune et talentueux que moi :) ) qui voudrait me réaliser quelques croquis/ébauches de personnages car j'aimerai beaucoup les voir ailleurs que dans ma tête ou à travers des mots.
A toi, ami lecteur qui consentira à lire ce premier jet, je te demande humblement de rayer, raturer, corriger, annoter tout ce qui te semblerait important.
Ce travail de longue haleine, je l’ai commencé, je m’en souviens encore en quatrième, avant d’aller en cours de biologie. Beaucoup d’années ont passées depuis et à mesure que je progressais dans ce travail, l’Aurélien de troisième riait de la naïveté de l’Aurélien de quatrième, celui de seconde, du troisième et ainsi de suite. Relire ce livre maintenant, c’est pour moi découvrir, redécouvrir les temps de mon enfance – j’ai depuis quatre jours vingt et un ans, mon enfance est je pense derrière moi maintenant.
J’ai été tellement plongé dans mon monde imaginaire que je crains fort d’être confus dans mon texte. Certains détails, explications n’y figurent pas mais fourmillent dans mes annexes qui sont incluses ici et j’ai peur que la complexité de mon histoire n’en ruine la lecture.
L’histoire orbite autour d’une Pierre, Galdariul, objet sacré de révérence dans ce monde que je décris et qui donnerait, à celui qui la possèderait, un pouvoir incommensurable – une sorte d’anneau de pouvoir à la Tolkien.
Ce monde, Edom, a été à l’origine habité par des autochtones, des races nées sur cette planète qui vit parallèlement à notre bonne vieille terre. Mais sur notre Terre justement, le développement du Christianisme, la Grande Peste qui ravagea l’Europe à la fin du Moyen-Âge, le développement de la Modernisation ont terassé les croyances dans les peuples oniriques, nains, elfes, gnomes, tengdus japonais, djinns et effrits. Progressivement, ceux-ci ont quitté la Terre pour Edom au cours de Grandes Hégires. Les premiers immigrés furent les Gausos, qui s’affrontèrent violemment avec les Condorès. Suivirent les Meusgueriques et les Sanbaroths et beaucoup plus tard, les Méthénés. Ces différentes immigrations ont connu une histoire sanglante que vous découvrirez dans mon ouvrage.
A ces clivages de temps d’arrivée sur Edom, essentiels ici, j’ai rajouté et multipliés d’autres clivages.
Clivages religieux entre les Quessemaurds – essentiellement elfes – et les Gavrants, fidèles de Galdariul, la Pierre Sacrée, ultra majoritaire dans mon univers.
Clivages raciaux entre les nains, les hommes, les elfes. Dans le monde de Galç et Jedel, les querelles temporelles entre Condores, Gausos, Méthénés… passent au second plan face aux querelles raciales – d’où la création de l’ELF, l’Elf Liberation Front, mouvement paramilitaire qui revendique la sécession totale des elfes de l’Empire de la Coiffe. Mais ces clivages raciaux vont encore plus loin. J’ai subdivisé la race elfe en cinq espèces : Stillendhil, Alanndhil, Prüfendhil, Wahlendhil, Sunhdhilen. Les Stillendhil viennent d’un autre monde que la Terre et vivent reclus – ils n’apparaissent que de façon très voilée dans le récit. Les Alanndhil sont les elfes originels, porteurs de mort. En effet, dans les pays nordiques, les älfs étaient les esprits de la mort et les rencontrer au détour d’une nuit sans lune était en général fatal. Ils entamaient autour du malheureux égaré une farandole diabolique qui lui arrachait l’âme du corps. Par ailleurs, les elfes étaient des capables de voler. Dans mon récit, la faculté de voler chez les elfes est liée aux soixante dix sept anneaux de pouvoir elfes. La plupart furent détuits lors d’une guerre meurtrière qui opposa Sylphides et Elfes pour le contrôle des cieux. Les Alanndhilen qui perdirent cette guerre devinrent les Prüfendhilen et Gewöndhilen. Les premiers sont rares et sages. Ils vivent reclus, en marge de la société. Ils sont souvent sages, maîtres du savoir ou comme Jedel, professeurs. Les deuxièmes sont les elfes les plus fréquents, eux-mêmes subdivisés en deux classes que seuls quelques critères physiques différencie : les Gewohndhilen et les Wahldilen.
Cousins des Alanndhilen, nous trouvons les Sundhilen, plus communément appelés Yeux-Rouges. Ils sont restés fidèles à leurs originaux nordiques, mauvais et mortels. Les Alanndhilen et Les Sundhilen voient sont nocturnes et voient très mal le jour. La situation est inverse chez les autres elfes. Ils voient bien le jour et un peu mieux que les hommes la nuit.
A l’intérieur même de ces clivages raciaux, j’ai introduit des clivages culturels tant il me semblait idiot de réduire les elfes à une certaine « elfité » unique. Vous rencontrerez des elfes nafas gnaëconds, des elfes rannetoux, aféetans… L’un de mes héros, Elmerr personnage complexe que j’ai sûrement trop délaissé à partir du milieu du livre est défren par adoption. Moi-même j’ignore d’où il vient, et quelle serait sa culture.
Cette histoire d’Hoffnringers ce déroule essentiellement sur Edom à une époque précise. Par rapport à la bataille autour de laquelle gravite toute l’histoire, nous sommes en +0. Cette remarque a cette importance car trois de mes héros viennent du futur, ou plutôt, pour être exact, des futurs. Des futurs qui ont commencé à diverger l’un de l’autre au moment même de cette bataille. Dans le futur de Galdriss – personnage pour lequel j’ai une nette affection – la bataille de Mina’s a mal tourné pour les Rattis, les non-condores, qui ce sont faits décimés ou intégrés de force. La résistance s’est cristallisée dans l’Empire du Phénix, empire très fortement arabisé dont Galdriss est un troupier d’élite.
En revanche Jedel et Galç proviennent d’un futur où les Rattis ont triomphé. Au départ, ce futur que je qualifiais de brillant, était le futur naïf d’un enfant en quatrième. A mesure que les années passèrent, ce futur devint de moins en moins brillant. Il connut de nombreuses guerres que Jedel en particulier traversa – en tant qu’intellectuel ou prêtre selon les époques.
Enfin, mes héros transitent par une contrée étrange, Le Pays Que l’On Rêve, afin de voyager dans le temps. Cette contrée devait au début être un monde absurde et ubuesque, où l’on marcherait dans la direction du temps pour se retrouver à des heures exprimées en kilomètres. Mais même moi je me suis perdu dans ces complications et j’ai résolu l’affaire en un faisant un monde similaire à tout autre, avec ses quelques règles internes. Je venais d’arriver en France quand je commençais à le concevoir et je m’aperçois, réciproquement, que cette longue plaine longue et morne que traversent mes compagnons n’est que le reflet de ma première année de préparationnaire dans un pays froid, la métropole, que je n’aimais pas encore.
Je regrette maintenant cette histoire de retour dans le passé, le futur… tous les romans que j’ai bien pu lire incluant un retour possible dans le passé m’ont déçu – même Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, c’est dire : je trouve que cette faculté est trop souvent utilisée comme un moyen pour l’auteur de se sauver d’une situation dont lui-même ne sait plus tirer ces héros sans apparition divine ex machina.
Mais il faut bien me comprendre, cette histoire, je la conçus dans le sillage des mes lectures de quatrième qui me plaçaient devant un dilemme terrible : comment concilier la Guerre des Etoiles et le Seigneur des Anneaux ? Cruel dilemme cornélien, je vous le dis, ami lecteur.
Bien que cette histoire soit habitée de part en part de créatures magiques, la magie n’y fait que de brèves apparitions, pas très cohérentes entre elles de surcroît. Mais elle est si peu présente ici que j’ai délaissé toute invention de mon propre système de magie – ou plutôt si, j’en ai bien créé un, mais trop tard : il sera pour un prochain roman. A ce stade, vous avez le droit de sourire.
J’ai opté très récemment pour une façon très simple de décrire la magie : le Drachensprac’h, la langue des dragons permet à quiconque possède un pouvoir de s’en servir. Je remercie ici deux de mes récentes lectures, Eragon et Wizard of Earthsea.
Ce qui est très énervant pour moi, c’est qu’à chaque fois que je pense avoir fini, je m’aperçois qu’à mon ouvrage il manque toujours quelques finitions indispensables. Les Quatre Dragons sacrés mériteraient sans doute que je m’y attarde plus – je vous en laisse le soin d’en décider.
Bonne lecture.
PS : vous aurez le droit d’en faire du papier pour le feu mais par pitié, après l’avoir lu, pas avant. Merci encore.
Six ils seront, venus d’ailleurs
à se dresser avec vaillance
contre l’armée d’envahisseurs
sans eux - il ne sera de chance.
Ce Rameau brisé dans ses mains,
la destinée de quatre mondes,
le sort de l’ennemi qui gronde,
et encore bien plus détient.
Depuis des heures Elmerr chevauchait sa licorne à travers l’immense forêt verdoyante, dont les arbres majestueux, se dressant fièrement de toute leur hauteur, contemplaient le monde étalé à leur pied, tressant de leurs branches ramifiées un second ciel pour le voyageur qui daignait les admirer. Il avait croisé des sylvins quelques heures auparavant qui lui avaient dit qu’il arriverait bientôt au bout de ces peines, mais il avait maintenant l’impression qu’il s’était égaré au milieu de cet enfer vert qu’il traversait pour la première fois. De racines aériennes tombant en pluies drues et hérissant le sol de milles stalactites aux denses bosquets dressant leurs branches comme autant de piques empoignées à pleines mains par une armée entière de colosses, il errait, se demandant si un jour il parviendrait enfin à l’orée de la forêt.
L’aurore venait de céder la place au matin, et déjà, toute la forêt résonnaient des chants d’amour des oiseaux éperdus. L’air était vif, réveillant le guerrier encore embrumé de sommeil. Le vent, apportant les lourdes senteurs de la terre humide, encore pleine de la rosée matinale, et des fleurs parasites exhalant leur haleine odorante, soufflait faiblement, soulevant de temps en temps la chevelure bouclée et blonde, brune par endroit, d’Elmerr.
Arcandil lui battait la cuisse à une cadence régulière. Il la sentait depuis trois heures s’élancer loin de lui comme pour s’envoler, tendre les lanières qui enserraient son moignon de fourreau, et retomber brutalement sur sa cuisse, irritant sa chair. La main d’Elmerr à chaque fois s’approchait de sa garde, s’arrêtait à quelques centimètres d’elle, hésitante, n’osant la replacer dans son fourreau, puis revenait finalement aux rênes.
Allez, vas-y ! Remets-moi dans ton fourreau, datsé ! Tu ne sers plus le duc ! Il n’y a plus aucune raison pour que tu me gardes ainsi !, lui hurla Arcandil. Résigné, il se résolut enfin à la remettre dans son fourreau accroché derrière son dos.
Tu ne trouves pas que c’est mieux ?
Il hocha des épaules. Il avait contracté l’habitude de garder au flanc gauche son épée - une large claymore - alors qu’il servait le duc d’Alcoät, en qualité d’éclaireur. Celui-ci avait toujours imposé dans son armée une discipline de fer et n’avait jamais toléré qu’on ne porte pas au flanc droit son épée. Question d’esthétique et de respect de sa discipline, disait-il. Une lubie disaient les autres. Son caractère sévère-mais-juste lui avait valu une grande estime de la part d’Elmerr. Et malgré tous les efforts de son épée qui le sermonnait sur cette idiote habitude, il continuait à la mettre au flanc, en signe de respect envers son ancien employeur.
Il portait maintenant sans broncher sur son dos deux armes bien lourdes, qui auraient fait plier bien plus d’un elfe. Arcandil sa claymore et Baldassian son arbalète double-flèche, laquelle horrifiait tous les “frères” elfes qu’Elmerr croisait lors de ses périples, rencontres assez rares d’ailleurs, car il évitait le plus que possible leur compagnie. Les Meusgueriques reconnaissaient en lui un des des leurs et le laissait en général en paix. Rarement, les autres le cherchaient, le houspillaient, l’injuriaient et se battaient même carrément avec lui, trop heureux de rencontrer un meusguerique isolé. Ils regrettaient très souvent leurs actes, toujours trop tard. Il les laissait soit morts, soit dans un tel état que même la mort leur eût été préférable. Pour la plupart, ils lui jetaient des regards haineux et dressaient entre eux et lui un mur de silence. Ils n’osaient passer à l’acte, peut-être du fait de ses six pieds deux pouces, de sa large carrure, de ses jambes larges et musclées, de ses bras noueux, de sa mâchoire carrée, de son air prédateur, et de ses yeux intensément bleus qui leur traversaient le coeur, leur laissant entrevoir qu’un corps à corps pourraient très bien palier à un vice de son arbalète. Ou alors de son assurance affichée, qui leur faisait toujours redouter un coup fourré de la part d’un magicien.
S’ils savaient ! À chaque fois que des elfel lui jetait un regard dédaigneux, Elmerr n’avait qu’une envie, fuir, fuir loin de ses calomniateurs, tant il était désemparé devant leur cruauté. Heureusement pour lui, sa claymore lui soufflait alors ce qu’il fallait faire, et aveuglément, il obéissait, tremblant de peur à l’idée que l’on découvre d’où lui venait son intelligence et son assurance. Il avait été le chien galeux de son clan, qui, dès sa tare découverte, l’avait lâchement abandonné, alors qu’il n’avait que quinze ans. Un humain, à quinze ans, est déjà bien débrouillard. Mais un elfe, à quinze ans, n’est qu’un enfant !
Sa tare, son horrible tare, la honte de ses parents, c’était sa débilité mentale. Elmerr était bête. Pas complètement taré, pas trisomique, juste idiot, attardé. Chez les hommes, les nains et les gnomes, il y avait toujours des mains secourables pour aider ces handicapés. Chez les elfes, que quelqu’un manquât d’intelligence, et c’était le déshonneur. La seule solution : se débarrasser de l’idiot avant que sa présence ne s’ébruite. Le père d’Elmerr n’avait pu se résoudre à le tuer. Il l’avait donc emmené très au nord, pendant un hiver féroce, au sein des Grandes Montagnes, et l’y avait laissé là, seul, espérant qu’il serait recueilli. Mais, en son for intérieur, il ne donnait pas trois jours à son fils, perdu dans une contrée glacée, hostile, à peu près vide et qui, vraisemblablement, resterait là où il l’avait laissé, bêtement, attendant son retour improbable.
Ce qu’ignorait son père, c’est que la région venait de connaître un sursaut d’activité, bien qu’il n’en vît aucune à son passage, bref, il est vrai. Une patrouille de reconnaissance gnome recueillit l’enfant, à moitié mort de froid et de faim, recouvert d’une épaisse couche de neige, les lèvres gercées, les doigts en feu, et les yeux gelés par ses pleurs. Les gnomes venaient de créer une nouvelle ville, Alguérett, perchée sur la plus haute montagne, Ildidzet, construite à partir des ruines du fief gobelin qui contrôlait alors la région, conquis après d’âpres batailles. Et redoutant une contre-attaque, ils quadrillaient la région constamment. Ils avaient vu le cavalier elfe arriver avec un passager, puis repartir au triple galop, seul. Quand les gnomes découvrirent la tare de l’enfant, ils n’eurent pas grand mal à comprendre le pourquoi de la chose, même s’ils trouvèrent odieux l’acte du père.
Elmerr vécut au sein de la communauté gnome des années durant, élevé par le chef de la patrouille et par sa femme, qui, écœurés par la lâcheté des elfes, furent profondément touchés par son sort, et l’élevèrent comme s’il avait été leur fils naturel. Leur amour était d’autant plus grand que leur union était restée stérile, et la venue de l’enfant fut perçue comme un cadeau des dieux.
Quoique débile, Elmerr ne fut pas une charge pour sa famille d’adoption. Après avoir vainement tenté de le former aux métiers typiquement gnomes, tels le minage, l’expertise, la fonte et la fabrication de bijoux, la vente de ceux-ci et l’achat de denrées essentielles, du vin de Loc principalement, on s’aperçut, d’une façon tout à fait fortuite, qu’il possédait un talent pour guetter. Il fut aussitôt installé dans ses fonctions de guetteur apprenti, et, l’expérience aidant, il devint bientôt le guetteur en chef qui surveillait toute la montagne à lui tout seul.
Quand il patrouillait à travers monts gelés et vaux noyés de neige fondante, crevasses abruptes et mortelles et pics glissants et vertigineux, on eût dit une ombre qui glissait à même le sol, laissant derrière elle des traces qu’on confondait avec celles d’un chamois. Il pouvait attendre des heures à la même place, sans bouger ne serait qu’un cil, ou bien parcourir dix lieues en quelque heures si le besoin s’en faisait sentir. Dès qu’il voyait quelque chose d’inhabituel, il revenait en un éclair aux avants-postes, racontant ce qu’il avait vu. Six phrases, ou plutôt six mots, lui suffisaient : “Connais pas”, “gobelins”, “nains ou gnomes” - il ne faisait pas la distinction, “humains”, “grosse bête à grosses pattes”, “j’aime pas c’qui arrive”. Il s’était toujours montré infaillible dans son jugement, n’hésitant jamais sur ses réponses. Et quand ça cognait, il était toujours au centre de la mêlée, écrasant tout ce qui était vert et à sa portée. Cependant, quand on le voyait ainsi revenir au camp, cela signifiait toujours qu’il y allait avoir une grosse échauffourée, pour la bonne et simple raison qu’il avait l’habitude tenace de s’occuper toujours du problème d’abord par lui-même, et de ne venir chercher des renforts que quand il s’était vraiment confronté à plus fort que lui, et s’en était mordu les doigts.
Or, un jour qu’il neigeait à ne pas pouvoir voir plus loin que son nez, qu’il tombait plus de la neige dure qu’il ne neigeait, il aperçut une caravane qui se frayait un chemin dans l’enfer blanc de la montagne en furie. Aux armures, aux armes et à leur couleur de peau, il les identifia comme étant des nains, ou des gnomes. Ne pouvant rien faire pour les aider, il se hâta de revenir chercher des secours. On organisa une expédition pour les sortir de ce guêpier, placée sous les ordres de son père. Fatale erreur ! À peine furent-ils arrivés que les “nains” les chargèrent, décimant la majorité du groupe pétri de surprise.
Les gobelins, race débile et dégénérée, dont l’intelligence ne leur permet que de savoir se battre, ce en quoi, il faut le reconnaître, ils excellent, avaient quand même à l’époque pour chef un gobelin intelligent, fourbe, habile, profondément malhonnête et cruel. Il se nommait Sbolg, et s’était hissé au titre de chef suprême des gobelins du Nord en marchant sur bien des cadavres tués de sa main... Il avait les mains libres, quant à ses désirs guerriers, mais, en secret, il était discrètement surveillé par Carmal le Superbe, un archimage à la beauté céleste, au corps parfait, pur dans ses lignes profondément juvéniles, à la voix d’ange envoûtante, qui commençait à masser une sombre armée sous ses ordres, afin d’assouvir un dessin tout aussi aussi sombre et glauque, dont les motivations étaient encore inconnues de tout le monde.
Sbolg avait compris que la force brute ne servirait à rien, l’elfe découvrant ses régiments toujours bien trop tôt. Ils opta pour une nouvelle stratégie. Tuer l’elfe en envoyant un petit groupe de francs-chasseurs. Au bout du quinzième groupe sacrifié, il décida d’arrêter là les frais et de patienter un peu, jusqu’à ce que la surveillance se relâche.
La nouvelle qu’un elfe débile assurait la défense de la ville se répandit, sous l’influence de Sbolg et le nombre de voyageurs passant par Algueureth augmenta sensiblement, attirés par cette histoire. Mais en réalité, même parmi les membres du guet, peu connaissaient l’existence de l’elfe. Seuls les Voltigeurs de Nuit et quelques membres du clan Yourithilil, celui auquel appartenait le père adoptif d’Elmerr connaissaient son existence. Pendant les rumeurs, l’elfe fut encore plus caché qui d’habitude et on lui interdit de sortir monter la garde comme il en avait l’habitude. La rumeur persista de longs mois mais comme rien ne vint l’alimenter, elle devint progressivement un objet de moquerie, une bonne blague et les envoyés de Sbolg qui tentaient timidement de la remettre en mémoire étaient raillés partout. A la longue même, les aubergistes et les bistrotiers des baronnies des Terrouest avaient pris l’habitude de répondre aux clients qui leur racontaient des histoires à dormir debout : “t’as raison, c’est comme l’histoire de l’elfe d’Algueureth!”. Et sur ces entrefaites, le gêneur était promptement expulsé à coup de pied.
Après ce nouvel échec, Sbolg fit écorcher vif celui qui lui avait soufflé cet idée et se fit une ventrée de son infortuné conseiller. Après encore deux ou trois conseillers qui n’avaient rien fourni de bon, il découvrit lui-même la solution. C’était cette solution qui venait de berner Elmerr. Ce dernier ne réchappa que de justesse au piège gobelin, mais il ne put empêcher la destruction d’Alguérett, surprise emmitouflée dans ses couvertures, au coin du feu.
Ce ne fut pour lui qu’une longue fuite. Il erra des mois dans les montagnes, brûlé par le froid, tenaillé par la faim, consumé par le désir de vengeance. Tous les soirs, une patrouille manquait au campement gobelin. On découvrait les cadavres le lendemain, à demi-dévorés. De grandes battues furent organisées. Chaque jour, elles s’approchaient davantage de sa tanière, se faisant plus précises, plus dangereuses, plus efficaces; et, la position devenant finalement intenable, il fut contraint de s’éloigner encore davantage d’Alguérett, la mort dans l’âme.
Quand il ne chassait pas le gobelin, il se flagellait, se roulait à terre, pleurait toutes les larmes de son corps, ne parvenant pas à oublier ce jour-là. Ce jour où il avait confondu un peloton bien armé et entraîné avec une caravane en détresse. Sans cesse il se répétait “ma faute, ma faute, c’est de ma faute, c’est de ma faute, ma faute, ma faute...”. Il reprenait cette litanie à longueur de journée, quand il marchait, quand il mangeait et même quand il dormait, ce refrain diabolique le poursuivait. Il avait plusieurs fois voulu mettre fin à ses jours. Mais la peur de mourir l’avait toujours retenu. Bien qu’on lui ait dit qu’un autre monde meilleur existait après la mort, cette notion lui avait toujours échappé. Pour lui, la mort, c’était le néant, le vide. Et il voulait s’accrocher à la vie. Mort, il ne pouvait rien faire. Vivant, sa soif de vengeance pourrait être assouvie. Pendant des années et des années il erra parmi les Truz-Baz, n’échappant à la mort que par sa volonté de vivre, continuant son œuvre sanglante et purificatrice.
Lors d’un jour mémorable qui devait changer sa vie à tout jamais, il suivit un petit groupe de gobelins, bien armés et à l’air décidé. À l’avance, il salivait, rien qu’en pensant au massacre qu’il allait commettre. Ces gobelins exploraient les tréfonds de la Baz-Ideule, petite montagne située entre les Truz-Baz et les Montagnes Sombres. Des milliers d’années auparavant, elle avait été la tanière de la mère des génies de l’air. La légende racontait que de formidables trésors s’y trouvaient. Personne cependant n’en était revenu pour le confirmer. Les uns après les autres, la montagne happait les inopportuns, n’en laissant qu’un vivant, rendu complètement fou par son horreur, afin d’entretenir le mythe des trésors. L’appât du gain étant toujours trop fort pour qu’on y résiste, d’années en années, la montagne cannibale engloutissait et mangeait sa ration de pourriture gobeline.
Les gobelins étaient sur leurs gardes. Ils savaient. Elmerr ne savait pas. Quand à la veillée on en parlait, il quittait la table et allait caresser le chien. Toutes ces histoires l’ennuyaient, car il ne les comprenait pas. Avec le chien, au moins, il s’amusait.
Au moment où il allait fondre sur eux, il entendit une voix. Une voix qui résonnait uniquement dans sa tête. Elle lui murmurait doucement : “none jbou, non jbou, mè amîo”. Il ne comprit pas les mots de cette langue chantante et caressante, mais cette voix si calme, si douce, si tranquille, et pourtant si virile, car c’était une voix mâle, le reposa complètement, le vida de sa haine, de sa faim. Et il regarda. Ou plutôt il devina. D’un coup, les gobelins disparurent dans un bruit de portes qui se referment brutalement, dans un bruit de mâchoires qui claquent, serrant leur prise. Ils ne disparurent pas à travers un mur, ni à travers le sol. Ils s’évanouirent là où il n’y avait rien. Il y eut des hurlements, des cris de terreur, des supplications, des injures. Puis plus rien.
Algon, reprit le voix. Cette fois-ci, la voix n’eut aucun effet sur le pauvre Elmerr. Il était terrifié par ce qu’il venait de voir. Sa peur était d’autant plus grande qu’il n’avait pas vu, pas compris, juste entendu. Il voulut s’enfuir. Et comme si la montagne avait deviné ses pensées, elle brisa, combla, enfouit le chemin de sortie sous une avalanche de pierres. Il était désormais pris au piège.
Algon !, ordonna la voix courroucée.
Elmerr ne se souvint plus de ce qui s’ensuivit. Il avait perdu connaissance, terrassé par la peur.
Quand il se réveilla, il se trouvait toujours au même endroit. Une fine couche de terre poussiéreuse le couvrait des pieds à la tête, brunissant son visage déjà tanné par le soleil brûlant, renforçant encore la crasse de ses vêtements qu’il ne lavait jamais.
Ive el coube, älf ! Ive astapure, alde ! Alde die umins èce val ! T’esq roiqueive uqun gobil oul älf !
Elmerr releva la tête, roulant des yeux effarés. Au centre de la pièce ensorcelée se dressait, terrible, à demi-perdue dans un halo de vapeur qui semblait sortir d’elle-même, une claymore majestueuse. Une grande, large, massive épée au pommeau d’or pur, à la garde mêlant or et pierres précieuses dans un éblouissant spectacle de couleurs, et dont la lame, large comme l’écart entre le pouce et l’annulaire, forgée dans le fer le plus pur, jetait des éclairs de lumière céleste. La voix envoûtante provenait de l’épée elle-même. À cette vue, Elmerr se recroquevilla sur lui-même, et pleura de terreur.
- Pardon ! Je être gnome ! Je pas gobelin ! Pardon ! Je gentil ! Je pas vouloir mourir comme gobelins tu mangé ! Pardon !
Si Elmerr avait su le mot “pitié”, il l’aurait sans aucun doute crié, hurlé. Mais n’ayant jamais compris sa signification, n’ayant jamais eu à s’en servir, il avait depuis longtemps jeté ce mot dans les oubliettes de son esprit déjà limité.
Niaume ? Es niaume ? Dicis niaume ! Crédéo non hoc!
Elmerr se répandait en “pardons”, geignements, sanglots, ânonnant des bouts de phrase, persuadé de finir comme les trois gobelins, ne comprenant rien à ce charabia chantant et envoûtant, qu’il assimilait maintenant à la langue du démon diabolique qui hantait la caverne. Son ventre le brûlait, le dévorait, sa bile commençait à remonter, lui déchirant l’œsophage par la force de son acidité.
Calme-toi ! Petit el...gnome ! Je ne te mangerai pas, je ne te ferai aucun mal ! Allons, du calme, que diable !
Elmerr fut aussitôt rassuré, réconforté par la voix, enfin compréhensible. Pendant encore dix bonnes minutes, la voix continua de le calmer, jusqu’à ce que ses pleurs et ses sanglots cessent. Ses larmes avaient creusé deux larges sillons d’une éclatante blancheur dans la poussière qui lui couvrait le visage.
Ils parlèrent tous les deux deux jours et trois nuits, sans interruptions. La montagne dormit, but et mangea pour Elmerr. Quand enfin il ressortit de la montagne, ce n’était plus un mauvais glaive qui lui pendait dans le dos, mais la terrible Arcandil, l’Epée du Génie de la Montagne Sacrée Entre Toutes, Dernier Garde du Tombeau de la Sainte Mère des Génies de l’Air, Fille d’Éole et de Gaïa. Dans les abymes de la montagne, ils avaient conclu le pacte, qui devait à tout jamais changer la vie de l’elfe-gnome. Elmerr s’engageait à obéir fidèlement à Arcandil, et, en retour, elle s’engageait à suppléer à la débilité d’Elmerr par son intelligence. Le pacte était excellent pour les deux parties : Arcandil pouvait enfin réaliser sa Quête sans craindre de rébellion de la part de son propriétaire, et Elmerr pouvait enfin faire ce qu’il voulait, devenir un gnome respecté et honoré.
Il fallut du temps à l’épée pour faire comprendre à Elmerr qu’il n’était pas un gnome, mais un elfe. Cette révélation lui déchira le cœur, et il fut d’une humeur morose pendant des lunes et des lunes. Puis petit à petit, sa morosité se transforma en dégoût, non pas en haine, car elle toute entière réservée aux gobelins, pour la race elfe. Arcandil accentua encore sa tristesse, en l’obligeant à quitter les Montagnes du Nord, lui faisant sentir qu’il ne parviendrait à rien s’il ne se rapprochait pas plus de la civilisation, quelle qu’elle soit.
Il fit son métier de son obsession morbide, et, passant de villes en villes, de villages en villages, de bourgs en bourgs, il proposait ses services de chasseur de gobelins. Son expérience, qu’il avait acquise par lui-même dans des conditions effroyables, lui était d’un grand secours. Bientôt, sa réputation de chasseur efficace et solitaire le précéda, et il n’eût plus à venir au devant de ses employeurs. Des messagers venaient le trouver, où qu’il fût, ce qui le stupéfiait toujours, apportant avec eux un premier acompte et la promesse d’une bonne rémunération.
Mais jamais, qu’il connût succès ou revers sanglant, il ne s’arrêtait plus d’une semaine au même endroit. Sa “spiritualité”, et son physique hors du commun lui avait souvent valu des conquêtes en jupon, mais la peur de perdre encore un être cher le dissuadait de se fixer quelque part. Arcandil ne lutait certes pas contre ce penchant nomade, puisqu’il lui facilitait sa Quête, dont, d’ailleurs, elle n’avait jamais fait part à son maître. Ils repartaient au petit matin, chevauchants fièrement une licorne, qu’ils avaient reçu en récompense des Dolyennais lors qu’ils
Pour surfer parmi les différents chapitres... pensez à la liste complète! bonne lecture!
Dès que tu l'auras terminé, je serai ravi de la lire.
De mon côté, je m'amuse à écrire pour mon plaisir sur mon blog dont tu trouveras l'adresse sur ce commenataire. ce n'est que le commencement et les détails arrivent sur la feuille du blog les uns après les autres. Du coup les chapitres évolus chaque jour, mais comme personne ne l'à encore lu ça ne perturbe pas grand monde.
Bon courage pour la suite.
Dick CURTIS