Texte libre

Bienvenue sur mon petit blogounet mignon...

vous trouverez ici les premiers chapitres de mon livre, Hoffnringer, que je mijote depuis un long moment déjà! Je le considère comme fini, même s'il reste beaucoup à faire pour en faire un vrai roman, malheureusement, étant Erasmus cette année à Graz, je n'ai que très peu de temps à lui consacrer. Si les aventures de mes héros vous intéressent, manifestez vous et je publierai le reste des chapitres qui dorment depuis longtemps dans les tréfonds de mon ordinateur. Et si vous aimez dessiner des personnages, des paysages... et que vous avez le crayon qui vous démange, défoulez vous sur mes personnages! je rêverai de savoir dessiner... faites moi partager votre talent!

mais trève de bavardage et rendez vous au prologue!

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Jeudi 17 novembre 2005

14-Interrogations

 

Il y avait eu comme un grand éclair, un immense télescopage, puis plus rien. Il ne souvenait plus de rien. Il s’était retrouvé soudainement dans l’eau, en train de boire la tasse. Il s’était accroché à un arbre dérivant, et s’était péniblement hissé dessus. Il avait entendu des appels au secours, mais en quelle langue, ça, il ne savait le dire, et il avait aperçut un elfe aussi proche de la noyade que de son tronc d’arbre. Il l’attrappa par les cheveux, et l’extirpa de l’eau boueuse. L’elfe cracha une quantité impressionnante d’eau, puis murmura entre plusieurs hoquet un faible merci.

 

- Vous n’êtes pas blessé ?

 

Il secoua la tête en réponse. Il tentait de reprendre son souffle. Voyant qu’il était hors de danger, Galç se releva. Le tronc de l’arbre sur lequel il se tenait était d’une largeur honorable, et il aurait pu se coucher de tout son long en travers sans problème. Il se déshabilla partiellement, et suspendit ses vêtements aux racines émergées de l’arbre. Il se frictionna vigoureusement le corps, et retrouva un sentiment de chaleur. Heureusement pour lui, c’était une belle journée d’été chaude et ensoleillée. Il se coucha sur le tronc et leva les yeux au ciel. Dans le lointain, il distinguait les Deux Jules. L’elfe respirait enfin calmement. Enfin était le mot juste : Galç en avait plus que marre de l’entendre suffoquer.

 

Après plusieurs minutes de silence, Galç demanda :

 

- Vous n’êtes pas le pilote d’une Vaßtaß 354 qui était devenue incontrôlable ?

 

- Oui, c’est bien moi, par Mysdiin. Je pensais être mort, et Mysdiin soit louée, je suis vivant. Et comment savez-vous ça ?

 

- Je suis lieutenant au sein de Géant Ymir. Je devais capturer votre voilante avant qu’elle ne s’écrase sur les champs, mais mon Lydon-3 est lui aussi devenu fou. Nous avons tous les deux accéléré au virage en épingle, nous nous sommes écrasés sur le champ de résistance à toute vitesse sans être brûlés et réduits en gerbes de feu, nous avons fait une chute de deux kilomètres trois cents en nous écrasant sur l’eau de cette rivière, à cette vitesse plus solide que de la Pierre de Nain, et au final nous sommes indemnes. Bizarre bizarre...

 

- Remercions-en la déesse Mysdiin.

 

“Remercie-la si tu veux, moi, j’aimerai bien choper l’enfoiré qui a saboté nos deux engins, et surtout remercier ceux qui nous ont sauvé la vie”. Il sortit un Emegnome de sa poche et le tapota frénétiquement. Il n’avait pas aussi bien résisté qu’eux.

 

Jedel s’agenouilla, releva la tête, se tînt droit les bras en croix, et remercia la déesse Mysdiin pour sa bonté. Galç jeta l’Emegnome à l’eau. Il regarda d’un air affligé Jedel, perdu dans sa transe déique. La bouche de Jedel était animé de mouvement rapide, et Galç pouvait y lire des messes rituelles. Lassé, Galç se releva, et alla vérifier où en étaient ses vêtements. À sa surprise, il aperçut, coincé entre les racines, un livre rouge, qui, lui semblait-il, n’y était pas cinq minutes encore. Intrigué, il jeta un coup d’oeil aux alentours, puis il ouvrit l’ouvrage et en lut quelques passages.

 

“...J’étais resté dans leur geôle pourrie  deux nuits et trois jours. Ah la bande de jœrts ! Qu’est-ce qu’ils m’ont fait dégusté ! Ils ne me filèrent que du pain rassis, et je devais lécher l’eau qui suintait de la paroi pour calmer ma soif. Tous les jours j’avais droit à la séance d’enchantement pour que je parle, mais rien à faire, aucun des elfes qui vinrent me faire parler n’eut l’idée de parler en défren. Quelle bande d’idiot ! Et d’ailleurs, pour être sincère, car je parle quand même trois langues, l’algueurrois, le gnorgue et le férassard, je ne comprenais rien à ce qu’ils me chantaient, ces jœrts. Après ma libération, ils m’ont dit qu’ils avaient bien essayé de me parler en gnorgue, mais je dois avouer qu’ils s’y prenaient comme des pieds. Mais passons. Après ces trois jours qui me donnèrent beaucoup de bien à penser de ces saletés d’elfes, je fus brusquement sorti de ma prison, et tout le monde me sourit tout à coup. Je pensai qu’un roi gnome avait dû passer par là et avait eu vent de mon emprisonnement, mais il n’en était rien. Ce fut un magicien jœrt qui me reçut dans un palai magnifique. Il me proposa un repas de roi, et attention qui me toucha beaucoup, je remarquai que tous les plats étaient des spécialités algueuroise. Je mangea goûlument, sous son regard bienveillant, et...”

 

- Pff, pesta Galç. Encore une fiction à deux balles. Franchement, les gars i z’ont pas honte de ce qu’ils pondent. Il n’a que la couverture de bien, ce bouquin. Attends que je regarde de qui il est, ce livre. Lod Tar, les Années Sombres. Ben tiens ! exactement ce que je pensais. Un gnome. Je parie que c’est un chargé de propagande chez le NSPG.

 

Le NSPG, le Nouveau Sang du Peuple Gnome était le pendant gnome de l’ELF.  Une organisation raciste qui elle aussi luttait contre l’hégémonie du Grand Conseil au nom du droit à l’existence du peuple gnome, qui, paraît-il, vivait dans l’oppression...

 

Saloperies de racistes... La mention du NSPG lui rappela son fils et l’ELF. Dire que je me suis battu pour que le Grand Conseil existe... et voici ce qu’en fait mon fils. J’espère au moins qu’ils m’ont bien compris : je t’ai renié, enfant maudit. Puisses-tu n’être jamais venu au monde, toi et le Beau Prince...

 

Il se préparait à balancer par dessus bord l’ouvrage quand son bras fut agrippé brutalement. C’était Jedel qui regardait, comme envoûté, le livre.

 

- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda rudement Galç.

 

- C’est mon livre ! Il était dans ma Vaßtaß !

 

Galç lui jeta un coup d’œil sceptique et alarmé. Soit, un, il était un de ces petits fonctionnaires binoclars qui se préoccupait de la montée de ces sectes et essayait de les contrer par des rapports à la con, d’ailleurs il paraissait bien en avoir le physique : face palote, membres grêles et constitution d’apparence chétive, soit, deux, c’était un gars de l’ELF, qui se nourrissait de la propagande du NSPG pour justifier son combat... il en avait bien le mental : un fanatique des anciennes divinités elfes, ça se faisait rare. Soit, trois, c’était un attardé mental qui passait son temps dans les bibliothèques à lire. Il en avait et le physique et le mental. Galç lui donna son livre et retourna à ses vêtements. Presque secs. De son côté, Jedel replongea aussitôt dans une transe cataleptique pour remercier Mysdiin de ce miracle.  

 

Quand même, que ce livre ait été dans au sec alors qu’il était censé être en cendre, c’est étrange. Quoique... je suis bête. Une connerie pareille a dû tirée à des millions d’exemplaires. Peut-être qu’une gamine et venue le lire sur cet arbre. Sa mère la appelée, et l’a laissé dans le creux. Elle l’a oublié, et un orage est venu déraciner ce viykzay, emportant ce livre... À demi satisfait de son explication, il se rhabilla. Il avait déjà assez de mal à comprendre comment il s’en était sorti vivant pour se rajouter des devinettes.

 

 

par Bégot publié dans : hoffnringers
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Jeudi 17 novembre 2005

13-Recherches

 

Le robot TSM 2a patrouillait aux pieds des Monts Glacés, à la recherche du fugitif pffiter. Ses ordres étaient clairs : il devait l’abattre sur le champ. Il ne devait y avoir aucun survivant du camp PFF 02. À travers les décombres calcinés des arbres, il aperçut un enforcement dans la paroi de la montagne. Il s’approcha, tous les senseurs en alerte. C’était en fait une grotte, mais dont l’entrée était barrée par un trou long de deux mètres et large d’un. Il n’y avait rien au fond. TSM 2a enjamba maladroitement le trou et s’enfonça dans la grotte, qui était en fait un long  tunnel qui s’étirait loin dans la montagne. Après avoir marché une heure inutilement, il parvint à un cul de sac. Et pourtant, il était sûr qu’il n’avait pas croisé quoique ce soit qui ressembla à un autre tunnel. Ses supérieurs vivaient l’action en même temps que lui, via ses yeux vidéos. Ils avaient déjà envoyé des robots foreurs en renfort. TSM les entendit derrière lui. C’étaient des espèces de saucissons sur chenilles collées au corps, à peu près larges de vingt centimètres. Ils forèrent toute la journée durant, sans succès. Ils n’aboutissaient nul part, ou bien retombait sur des galeries qu’ils avaient eux mêmes creusés. L’ordre fut finalement donné d’arrêter les recherches, le lendemain matin. La montagne était un immense gruyère, et ils n’avaient aucune trace du pffiter fugitif. De toute façon, il avait été reporté agonisant, et il n’avait probablement pas été capable de s’extirper de la capsule. Et vu ce qu’il en était resté, de celle-là, il était normal qu’on ait même retrouvé une trace de poil. 

 

par Bégot publié dans : hoffnringers
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Jeudi 17 novembre 2005

12-Vyazk

 

Le jour se levait, éclairant la forêt de ses rayons orangés. Perchés le long des troncs d’arbres gigantesques se tenaient des maisons qui étaient reliées entre elles par un entrelac de passerelles étroites - la plupart du temps, c’était une corde - ou bien une simple liane. Sur le pourtour de ce village aérien, une maison en forme de cabane, plus petite que les autres abritait une sentinelle. Toutes surveillaient l’arrivée d’un groupe d’elfes, qui paraissait en piteux état.

 

Aucune corde ne reliait le village au sol. Aucune échelle, aucune paroi d’escalade - l’écorce des arbres était lisse comme du savon. Les habitants semblaient sortir comme par enchantement d’une niche creusée au pied du plus flamboyant des arbres et accourraient à la rencontre du groupe. Pour la plupart, c’étaient des femmes.

 

Un elfe magnifique, drapé d’une large toge verte, apparut sur l’un des balcons d’un palais de bois damastiqué, arborrant partout un étendard aussi vert que la toge de l’elfe. Il jeta un rapide coup d’oeil en bas, puis disparut à l’intérieur du palais. Il réapparut quelques secondes plus tard, au pied de l’arbre, et se porta vers le groupe en courant.

 

 - Saint-Onoméal, où sont ils ? 

 

- Sur les brancards la-bàs, majesté, répondit l’interpellé.

 

- Conduis-moi !

 

Le guerrier s’inclina profondément, et se dirigea vers le centre de la colonne. Il y avait énormément de brancards, la plupart laissés à même le sol et tirés par des louvains, les bergers elfes. Les brancards portés par des valides abritaient des blessés graves ou des mourants, ou alors protégeaient le sommeil des enfants du Roi des elfes, le roi Felder.

 

- Comment vont-ils  ?

 

- Ils dorment, majesté. Mais ils ne doivent leur salut qu’à celui-là, ajouta le guerrier.

 

Un elfe reposait sur un brancard, porté à bout de bras par quatre guerriers vigoureux. Son front était explosé, et du sang continuait de couler de sa plaie béante. Un guérisseur incantait une mélopée sourde tout en appliquant sa main au-dessus de la blessure.

 

- Comment va-t-il, Guillann ?

 

- J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour arrêter l’hémorragie, mais je crains que la massue qui l’a ainsi frappée n’ait été enchantée. Il a déjà perdu beaucoup de sang. Plusieurs des nôtres ont été frappés par cette arme, et ils sont déjà tous morts, vidés de leur sang. Il est le seul à avoir survécu. Je crois bien que son médaillon y est pour quelque chose.  Il est brûlant, et je perçois la magie qu’il dégage.

 

- En effet.

 

Le roi étendit sa main au dessus du visage du blessé, et se mit à incanter des sorts de guérisons, évidemment plus puissants que ceux de Guillan. La plaie cessa de couler, mais ce fut tout.

 

Doaétalis, dépêche-toi de revenir... Le roi examina le guerrier attentivement. Il avait certes un visage elfique, les oreilles pointues, la ligne du visage douce et élancée, mais quelque chose de peu gracieux, donc de peu elfique, se terrait dans les recoins de son visage. Une sorte de dureté...

 

Il était vêtu d’un manteau d'alcane, l’alcane des légendes, l’ours qui avait des écailles d’os sous sa fourrure, et de braies en Épiqs, sûrement réalisé par un trappeur. S’il avait lui-même chassé l’alcane, ce brave devait être un brave parmi les braves.  Il tenait à la main droite une arbalète d’une conception bizarre. Elle avait deux rampes pour glisser les flèches, et surtout, elle paraissait être de conception naine ou gnome. Le roi ne connaissait pas assez ces peuples pour s’affirmer.

 

- On a bien essayé de lui ôter, car elle pèse une tonne au moins, mais c’est impossible. Sa main s’est tétanisée dessus. Pareil pour son épée, une sorte de claymore, d’ailleurs. Elle aussi pèse son poids.

 

- Est-ce pour cela que vous avez dû vous mettre à quatre pour le porter ?

 

- Oui, votre majesté.

 

Le roi s’agenouilla pour être à la hauteur de l’épée. Ce n’était pas une claymore aussi innocente que l’arbalète. L’arbalète était dépouillée de tout enchantement, mais cette lame respirait la magie. Le roi approcha sa main. Aussitôt, l’épée entière rougit et s’échauffa, sauf à l’endroit que la main du guerrier agrippait. À l’évidence, elle n’aimait pas être touchée par des mains étrangères. La surface de la lame était lisse et parfaitement polie, aucune trace de sang n’était visible et aucune rune non plus.

 

- Avez-vous nettoyé cette épée ?

 

- Nous n’y avons pas touché, majesté, répondit le guérisseur.

 

Le roi sortit un dague des replis de sa robe, approcha sa main au-dessus du fer de la lame, et se pratiqua une fine incision . Une goutte de sang perla puis tomba sur la lame. La goutte glissa le long de la lame, et tomba sur le sol, où elle disparut.

 

- Il ne s’en est pas servie, de sa claymore ? interrogea le roi .

 

- Je peux vous assurer qu’il s’en est servie, déclara Saint-Onoméal.

 

- Étrange... Était-il seul ?

 

- Non, majesté. Il était avec ça.

 

Le guerrier désignait un gnome, solidement escorté de six elfes bien armés. Il avait été enchanté avec des sorts d’entraves qui l’empêchaient de se mouvoir rapidement. Quand le roi s’approcha de lui, un des guerriers lui allongea un coup dans les genoux pour les faire plier. Un autre lui plongea la tête jusqu’à ce qu’il balaie la boue.

 

- Parle-t-il Anaëldais ?

 

- Je ne crois pas, messire. Nous l’avons déjà questionné avec des sorts de révélation, mais il n’a rien pu nous répondre.

 

- Remettez le debout.

 

Le gnome fut brusquement attrappé par les cheveux et redressé.

 

Le roi s’escrima pendant vingt minutes à se faire comprendre, en vain. Il essaya les vingt-trois idiomes elfes qu’il connaissait, une cinquantaine de dialectes humains, puis bredouilla quelque mots en gnorgue. Le gnome gardait un mutisme buté. Dans ses yeux brillait une étrange lumière.

 

- Emmenez le.

 

Les gardes s’inclinèrent, puis escortèrent le gnome jusqu’à un arbre qui se détachait du lot. Il n’était pas relié aux autres arbres par des lianes ou des échelles, et de multiples guérites avaient été bâties à son sommet et à son pied. Enfin, une féroce barrière magique le protégeait, et empêchait quiconque n’était pas bienvenu de passer.

 

Le roi revint auprès de ses enfants, qui dormaient d’un sommeil profond, mais visiblement agité.

 

- Emmenez-les aussi dans un cachot, et laissez-les y moisir deux jours, puis après sortez les. Que leurs geôliers se déguisent en troll, et qu’ils ne parlent devant eux qu’avec des grognements. Ça fera réfléchir ces garnements. Ils voulaient avoir des frissons, ils en auront jusqu’au bout. Et aussi, ajoutez quelques petites surprises de votre choix. Vous avez carte blanche pour leur flanquer la frousse de leur vie.

 

- Bien, majesté. Les brancardiers s’écartèrent de la colonne et poussèrent vers l’arbre-geôle.

 

Pendant tout ce temps, la colonne avait continué sa lente progression, et s’était arrêtée devant l’arbre massif d’où étaient sorties les femmes elfes. Pour faire son tour, il aurait fallu au moins une centaine d’hommes, tenus entre eux uniquement par le petit doigt.

 

- En avant ! ordonna la roi.

 

L’ordre fut répété, et la colonne s’engouffra dans un petit porche creusé dans le bois. L’intérieur de l’arbre n’était qu’une immense caverne, comme si un géant avait tout évidé. Seule restait l’écorce, épaisse quand même de cinq mètres. Cette caverne était plongée dans un tel brouillard que quiconque n’avait prévu une parade était aveuglé et sentait ses poumons se noyer sous l’effet de la forte humidité. En conséquence, la première chose que faisaient les arrivants en entrant était d’incanter un rapide sortilège qui leur permettait de voir et de respirer à travers cette vapeur. Le guérisseur se contenta de lancer un sortilège de respiration à l’elfe toujours inanimé, car il ne paraissait pas près de se réveiller. La source de cette vapeur était une sorte de geyser, source d’eau chaude à peine visible à travers la brume qu’elle soufflait et qui bouillonnait furieusement, crachant des lames d’eau à cinq mètres. Vue d’en haut, le geyser ressemblait à une ruche de de quatre mètres de diamètre, car il était recouvert de dinann, des plates-formes immatérielles en forme d’alvéoles et visibles uniquement par les elfes.  Le roi prononça une courte incantation, et le geyser se tut. Une première fournée d’elfes se plaça sur les alvéoles et quand elles furent toutes prises par un occupant, l’elfe placé sur l’alvéole centrale ordonna au geyser de renaître et de pousser les dinann.

 

Les éruptions d’eau étaient domptées, et doucement, calmement elles imprimèrent de la vitesse aux dinann. Après cinq mètres, le geyser se rendormit et les dinann continuèrent leur ascension magique. La partie évidée se rétrécissait brusquement pour ne plus être qu’un boyau juste assez large pour faire passer le disque des dinann. De nouveaux dinann apparurent, flottant au-dessus du geyser à nouveau assoupi. Cette fois-ci tous les brancards montèrent. Comme il n’y avait de la place que pour quarante neuf personnes, et qu’il y avait en tout quarante et un blessés, la plupart des elfes déposèrent leurs blessés sur les dinann et redescendirent à terre. Seul le roi, Saint-Onoméal et Guillann et trois autres femmes avaient embarqués. Le roi incanta à nouveau, et  aussitôt ils s’élevèrent. Elmerr était toujours dans un état comateux.

 

par Bégot publié dans : hoffnringers
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Jeudi 17 novembre 2005

11-Sauvetage

 

Ils franchirent sans encombres la plaine d’Alfance, et après trois semaines de course effrénée, ils arrivèrent enfin en vue de Dalanfur. La nuit tombait, et la lisière de la forêt se confondait avec le fond de la nuit.

 

La démarcation entre la forêt et la plaine était nettement marquée par un fossé large et profond, creusé de toute évidence par autre chose que la Mère Nature. Les arbres se penchaient par dessus ce fossé, comme s’ils quêtaient les bruits et les odeurs de la plaine. Elmerr décida de bivouaquer à cet endroit, en attendant de s’aventurer plus profondément dans la forêt .

 

Il s’était réconcilié avec le gnome, qui avait compris qu’il fallait mieux ne pas parler magie à Elmerr. Fatigué par le voyage, Lod tirait déjà allégrement de son sac les provisions nécessaires selon lui à l’entretien de la bonne santé d’un gnome, c’est à dire une bonne bouteille de vin de Loc qu’il espérait bien vider entièrement .

 

- Non mais, ça va pas la tête ? grommela Elmerr quand il vit le gnome se siffler cul-sec la gourde. La gourde de Loc fut prestement enlevée des mains avides de Lod, sous son regard contrit.

 

- Tu m’avais pourtant promis que je pourrai en boire une fois arrivés. J’en ai marre de ne boire que la rosée ! C’est pas une boisson de gnome, ça !

 

- Primo : on est pas arrivé. Deuxio : tu es déjà insuportable sec, je veux pas te connaître ponché. Tertio : c’est ma bouteille, et j’en veux aussi. Clair ?

 

Lod grommela dans sa barbe, et pour passer sa peine, vida les restes des provisions de route du grand sac de voyage d’Elmerr. Celui-ci l’avait guetté, et lui arracha le pain de Bath brutalement. Il cassa la dernière miche en deux, puis recoupa un bout en deux. Il en donna un à Lod, et garda les trois quart poir lui.

 

- Hein ? Mais...

 

- T’apprendras à voler et à être égoïste, morveux.

 

- Mais j’allais t’en donner !

 

Le regard que lui lança Elmerr dissuada le gnome de continuer à mentir. Il avala en une bouchée son quignon de Bath, et dit boudeusement : “J’ai faim”. Comme pour lui faire écho, son ventre gargouilla puissament. L’elfe ne répondit pas. Il mastiqua lentement ses bouchées, suivi par l’oeil avide du gnome. Il mangea en silence, très lentement, paraissant apprécier la saveur de chaque miette de pain. Il songeait qu’il était franchement temps qu’ils arrivent, car il se voyait mal chasser sur les terres des Danaÿssdanaÿss sans leur accord. Quand il eut enfin avalé sa dernière bouchée, il attrappa sa gourde et but une gorgée de Loc. Il la tendit à Lod, et lui lança : “une”. Rétif, celui-ci ne prit en effet qu’une gorgée, mais quelle gorgée ! Il avait du vin qui lui sortait par le nez, et sa bouche menaçait d’exploser. Elmerr reprit la gourde, la fixa autour de sa taille, et se releva. Il lui restait encore deux pétales avant que le soleil se couche. Largement assez pour pousser une pointe à l’intérieur de la forêt. Il ordonna à Lod de rester auprès de Changepoil et de l’attendre bien sagement hors de la Forêt. Il protesta, désirant lui aussi découvrir la Forêt. Elmerr ne se donna même pas la peine de le rabrouer. Il se délesta de son attirail, conserva cependant Baldassian, ainsi qu’Arcandil, et il s’enfonça dans les profondeurs de la forêt. Derrière lui, il entendit Lod lui crier de profiter de l’occasion pour chasser quelque chose. Il ne répondit ni ne se retourna. Il commençait juste à regretter énormément d’avoir pris cette tache avec lui.

 

Leol, sitje sin te min glaï tes ne  sin, pensa-t-il tristement.

 

La plupart des arbres paraissaient être millénaires au moins, et leurs branches s’entrelaçaient en une immense toile aérienne, qui masquait le soleil couchant. Elmerr s’étonna qu’il n’y ait pas de sylvins  dans la forêt de Vyazk. Après s’être fait délogés des Truz-Baz, les Survivants auraient dû chercher refuge chez les elfes. Mais il n’avait pas l’impression que les Sylvins y soient allés.

 

Cela faisait plus de cent ans qu’il avait quitté Vyazk, même s’il n’avait pas idée que c’était là qu’il était né. D’instinct, au cours de ses périgrinations, il avait toujours pris soin d’éviter largement le secteur. Au début, Arcandil s’y était opposée, mais devant la résistance forcenée que lui opposa l’esprit d’Elmerr, elle abdiqua. Par la suite, aux veillées auprès du feu, elle apprit que ce qu’elle cherchait ne s’y trouvait pas.

 

L’esprit d’Elmerr était traversé d’éclairs de souvenirs anciens. Comment pouvait-il avoir des souvenirs, alors qu’il n’y avait jamais mis les pieds ? Mais un autre problême le tenaillait aussi : lors de ces éclairs d’enfance, la forêt paraissait plus acceuillante, plus hospitalière, plus verte et riante. Là, elle était moins souriante, presque hostile. Les arbres penchaient leurs branches en travers de l’étroit chemin, comme pour empêcher le passage. On entendait le sourd bruissement du vent soulevant les feuilles presques noires, et ce bruissement semblait murmurer : “Pars, étranger, pars !”. Aux pieds des arbres, sur leurs branches, sur leur tronc, on voyait de larges entailles . Elmerr s’arrêta pour les examiner. C’étaient de grosses entailles, et par la façon dont elles avaient été faites, Elmerr aurait parié que c’étaient des orques qui avaient fait le coup. Les entailles se situaient surtout à la base des arbres, comme s’ils avaient voulu les couper. Elmerr s’agenouilla. Il avait une fois rencontré les Brûlches, des orques bûcherons. Si c’étaient bien eux, il avait alors beaucoup descendu vers le sud. Elmerr,  de ses rares rencontres avec eux, savait qu’ils détestaient émigrer. Pourquoi donc avoir pris de tels risques en descendant autant vers les elfes ? C’était courir à une mort certaine. Les entailles étaient parfaitement sèche. Les arbres avaient été blessés il y avait plusieurs lunes.

 

M’est avis que s’ils n’ont pas terminé leur boulot, c’est qu’ils se sont fait massacrés jusqu’au dernier !

 

Elmerr acquiesca. Les entailles sur les branches et sur les troncs étaient pour la plupart identiques à celles faites à la base, mais certaines étaient ou très mal faites, comme si la vrai cible n’avait pas été l’arbre à ce moment précis, ou alors elles faites avec une arme radicalement différente, et de fabrication nettement elfique. Ç’avait dû saigner.

 

Inquiet, il fit demi-tour. Il y avait probablement des elfes qui patrouillaient dans la forêt, et en cette période troublée, la vie d’un gnome ne leur pèserait pas bien lourd sur la consience... Il courut, puis s’arrêta presqu’aussitôt. À sa droite, il distinguait assez nettement une piste de tig.  Que devait-il faire ? Partir à la recherche de Lod voir s’il était encore en vie, ou chasser ?

 

Du calme, l’ami. Ils ne lui feront rien tant qu’il ne pénètre pas dans la forêt. Et puis, tu sais, les elfes sont quand même plus intelligents que toi ! Les gnomes ne sont pas leurs ennemis, surtout quand ils sont seuls, et les licornes sont leurs alliés de toujours. Allez, va donc chasser.

 

Il suivit la piste zigzaguante. La zone devait avoir été épuisée par les animaux, car au cune autre piste, ancienne ou récente, ne croisait celle du tig. les zigzag s’arrêtèrent pour laisser place à une ligne droite. Le tig devait avoir senti une odeur intéressante. La trace coupait droit à travers des bésas, les seuls arbres dans tout Edom qui poussait vers le bas. Le tronc s’enfonçait vers le centre de la terre, et ses racines d’eau sillonnaient le sol comme une gigantesque toile d’araignée, pleine de chausse-trapes. Mais le plus étrange, c’était les racines émergeant de la tête du tronc. C’étaient les racines à mana, qui s’enfonçaient le plus loin possible vers les sources de mana souterraines. Les bésas s‘en nourrissaient et c’était pourquoi ils étaient les arbres favoris des magiciens pour détecter de nouvelles poches. La piste fut perdue parmi les racines d’eau mais Elmerr la retrouva dès qu’il en sortit.

 

Devant lui se tenait une petite colline, à la pente raide. La piste menait directement au sommet. Elmerr fit le tour de la colline, et voyant que la pente était aussi raide partout, il choisit de monter la colline en suivant la piste. Cependant la déclivité était terrible, et Elmerr dut se coller à la paroi pour gravir la colline. Heureusement, ses braies de peaux d’Épiqs accrochait suffisamment pour lui éviter de s’écraser au sol.

 

- Mais comment est-ce qu’il a fait pour monter ça, le tig ?

 

Il ne trouvait plus qu’à mi-hauteur et pensait qu’il l’aurait amplement mérité, ce tig, quand soudain un feuillage frémit  au pied de la colline et un demi-humain en jaillit en courant, dans le dos d’Elmerr. Au bruit de la course précipitée, celui-ci lâcha ses prises, saisit Baldassian, appuya sur ses jambes afin de s’éloigner de la colline, se retourna en l’air, visa et tira. La flèche siffla droit vers l’être, qui était suivi d’une licorne. Instantanément un trait rouge jaillit de sa corne de celle-ci et fit exploser la flèche.

 

- Mais ça va pas la tête, Elmerr ? T’as failli me tuer ! hurla Lod Tar.

 

Elmerr n’eut pas le temps de répondre, il dégringola de la colline et s’écrasa tête la première sur une flaque d’eau boueuse. 

 

- Et toi tu m’as fait gaspiller une flèche et je me suis fait mal en tombant !

 

Mais immédiatement, il demanda :

 

- Pourquoi tu courais ?

 

Le gnome parut brusquement se rappeler de quelque chose.

 

- Nom de nom ! Elmerr, si je courais, c’est que j’ai vu un contingent d’elfes se porter à la rencontre d’une troupe de trolls. Laisse moi te dire que je ne donne pas une chance à tes cousins d’en réchapper viv...

 

Mais pourquoi ces idiots sont-ils sortis du refuge de leur forêt ? Il aurait été beaucoup plus simple de dégommer les trolls comme ça !

 

Elmerr sauta en croupe de Changepoil et saisit le Gnome au collet sans attendre la fin. La licorne partit au triple galop, sauta le buisson qu’elle avait auparavant franchi, bondit au-dessus des racines des bésas, traversa des bosquet en risquant d’empaler ses cavaliers sur les branches robustes des dlanahis. Une tête porcine soupira en haut de la colline, soulagée et retourna à ses racines.

 

En un rien de temps, la lisière des arbres fut dépassée et Elmerr put distinguer au loin les corps entremêlés des combattants. Lorsqu’il fut plus près, Elmerr put distinguer l’appartenance tribale des elfes. C’étaient les Danaÿssdanaÿss, et leurs antagonistes n’étaient autres que trolls qu’ils avaient déjà affrontés, ou plutôt fuis. Mais comment avaient-ils fait pour être aussi rapides ? Pendant leur chevauchée à travers la plaine, Elmerr en était sûr, ils n'avaient jamais eu sur le dos les trolls.

 

Sans s’attarder sur ce problème, Elmerr saisit Baldassian, la chargea et tira. Un troll s’écroula net, la gorge transpercée par le dard. Le deuxième trait se perdit au milieu de la mêlée. Personne n’y porta attention. Changepoil, lancée au triple galop, se rapprochait trop vite, et Elmerr n’eut pas le temps de recharger. Il abandonna son arbalète pour Arcandil, que la proximité des ennemis rougissait. Le troll le plus avancé, et qui lui présentait le dos, eu la tête tranchée net. Dans cette mêlée confuse, Lod fut éjecté de sa monture et atterrit au beau milieu du champ de bataille. Changepoil carbonisa aussitôt le cerveau d’un troll qui s’apprêtait à écraser de sa masse le gnome. Le cavalier et la licorne furent aussitôt plongé dans un tourbillon de trolls vociférants et il ne durent leur salut qu’à leur dextérité et au courage de quelques elfes venus à leur rescousse. Un des trolls se jeta sur lui et Elmerr reconnut le sorcier. Il lui abattit sur la tête sa lourde claymore. Une étincelle flamboyante éclaira subitement et violemment toute la scène. Arcandil était tenue en échec par la lame du troll, qu’il tenait à pleines mains au dessus de lui. Elmerr fronça les sourcils, et accentua la pression, en vain. Les deux adversaires se jaugèrent du regard. Le chef souriait, avec une air carnassier rendu encore plus infâme par la bave qui dégoulinait de sa bouche. Il était vêtu d’un pagne jaunâtre, recouvert de boue, et de tâches de sang séché et frais. Il était plutôt grand, même pour un troll, et la couleur de sa peau tirait fortement sur le rouge. La rondeur de sa tête était cassée par deux oreilles pointues et grandes; ses yeux étaient veinés de rouge; Elmerr, quant à lui,  était protégé par ses braies en épiqs et un manteau de fourrure d'alcane. Ses yeux étaient légèrement bridés, ses pupilles complètement rétractées, pointant furieusement contre le chef. Ses oreilles transperçaient sa longue chevelure blonde qui scintilla aux derniers rayons de soleil.

 

Leurs bras étaient surbandés. Les épées se poussaient mutuellement, mais les deux combattants étaient égaux. Le chef était hissé sur la pointe des pieds, et poussait de tout son poids sur sa rapière. Changepoil maintenait les autres trolls à distance, laissant à son maître le plaisir de dégommer le sorcier. Elmerr se dégagea brusquement sur la droite. Le chef tomba tête la première, emporté par sa force.

 

Il n’eut pas le temps de se relever. Arcandil s’abattit sur son cou. Elmerr jeta un dernier regard sur son adversaire avant de contempler la bataille de haut de sa licorne.  Plusieurs trolls avaient arrêté de se battre, et contemplait la dépouille de leur sorcier. Pris d’une frénésie sanguinaire, le plus agité tira son épée et bondit sur Elmerr, suivi de tous les autres trolls. Heureusement pour Elmerr, les mêmes elfes qui l’avaient précédemment aidé revinrent à sa rescousse, sauf deux qui avait rejoint les Grandes Plaines entre temps. Elmerr moulina pour éloigner les plus agressifs et ce fut de cette façon qu’il abattit plus d’un téméraire. La corne de Changepoil chantait une mélodie mortelle, mais elle commençait à s’essouffler dangereusement. Il mit pied à terre prestement et envoya Changepoil rejoindre la forêt pour reprendre ses forces à l’abri.

 

Les elfes paraissaient maintenant être en positon numérique supérieure et les trolls se battaient avec l’énergie du désespoir, comme l’avaient fait quelque minutes plus tôt leurs adversaires.

 

Attention ! À droite ! Y a deux enfants qui vont se faire hacher !

 

Elmerr distingua, hors du champ de bataille, deux enfants elfes aux prises avec un immense troll. Il saisit son arbalète, rechargea en un clin d’oeil et aligna la troll, qui tomba net.  Distrait par la manœuvre, Elmerr ne vit pas à temps la massue qui s’écrasa sur sa tête, l’envoyant rouler au sol, évanoui.

 

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Jeudi 17 novembre 2005

10-Pris au piège

 

Une compresse réparatrice avait été appliquée sur le dos brûlé de Galdriss, qui était plongé dans le coma. Dòrian émettait des messages de détresse toutes les minutes. Leur contenu était à peu près incompréhensible pour quiconque n’avait pas la clé de codage, et même, Dòrian parlait en jukzaan, un idiome pffiterr assez peu connu, qu’il truffait d’abréviations. Ça donnait à peu près ça à la lecture :

 

BOC 5-AA2B3 Dòrian Hôte Galdriss Ukan appelle Base Sept. Hôte gravemt blessé. Miss° remplie cpdt. 11 cc aux 6 hres. Destrier incapable supporter tel nbre.  Demandns instruct°. Base 7, répondez.

 

Le haut-parleur cracha une réponse. La voix qui parlait était froide et cruelle, avec une pointe d’ironie sadique. Elle parlait en ImpSta-1.

 

- Je ne comprends pas la teneur de votre message, cher ami, mais je suis sûr que le radio pffiter que nous avons capturé va s’empresser de nous l’expliquer. Toutefois, je suppose que c’est une demande d’aide, n’est-ce pas ? Hélas, je crains que vos amis ne soient plus en mesure de vous aider... Cependant, nous acceptons votre reddition. Nous vous promettons que vous serez traité comme la convention de Jeune Adam l’ordonne.  De plus...

 

Des nèfles ! répondit Dòrian. Il savait très bien ce que les impériaux en faisaient, de la convention de Jeune Adam. Mieux valait que Galdriss se fasse descendre plutôt que d’atterrir dans leurs mains.

 

L’ordinateur étudia toutes les solutions qui s’offraient à lui. Ce fut vite fait, vu leur nombre. Il devait dans un premier temps se débarasser des corbeaux qui le talonnaient. Et pour cela... cap sur les montagnes. Et dans un deuxième temps, il devait survivre à leurs attaques le temps qu’il atteigne les montagnes. Il lui fallait cent trente huit secondes pour se mettre à couvert, il leur en fallait cinquante sept pour l’avoir à portée. Ça faisait quatre-vingt et une secondes sous un déluge de feu...

 

Si Galdriss avait été conscient, il aurait vu le soleil apparaître soudainement derrière les Monts Glacés et illuminer d’un coup toute l’Ancienne Forêt des Alrides. La scène qui se déroulait était féerique : baignés dans une lumière d’or, douze oiseaux volaient à une vitesse démesurée, comme pour aller  saluer le lever de l’astre-roi.  Tout du moins, c’est l’expression qui se dégageait de leur course. Mais quand on regardait plus attentivement, l’oiseau de tête ressemblait étrangement à un frêle moineau, et les onze autres à de monstrueux aigles impériaux noirs comme la nuit. Ils volaient en V inversé, et leur course tendait beaucoup plus vers le moineau que vers le soleil. Les trois de tête laissèrent échapper quelque chose : une sorte de comète rouge, dardée vers le moineau.

 

Si Dòrian avait eu un visage vivant, il aurait eu une moue dubitative et résignée. C’était du tir au pigeon. Il ne disposait que de deux turbines plasma, et elles étaient pointées droit devant. Il avait le cul aussi nul que celui d’un nouveau-né. Il n’avait qu’une seule chance : que son intuition soit juste. Il fondit en piqué, les trois torpilles à ses trousses. Il n’était plus qu’à deux cent mètres du sol. Elles étaient à trois cent mètres. Cent cinquante, deux cent vingt-cinq... Cent, cent cinquante... Cinquante, soixante quinze... À dix mètres du sol, Dòrian redressa le manche. Il brûla quelque peu l’herbe drue, et se maintint à un mètre du sol. Son intuition numérique s’était vérifiée : les fusées étaient d’ancien modèle car aucune n’avait anticipé la collision avec le sol. Le temps qu’elles réagissent à son brusque redressement, et elles avaient explosé au sol. À la suprise de Dòrian, le destrier ne subit aucune onde de choc. Bombes ioniques, songea-t-il. Ainsi, ils le voulait vivant... Il préférait encore euthanasier son hôte que de le livrer à ces bourreaux.

 

Il n’attendit pas que les soeurs des trois petites aillent lui dire bonjour. Il arrivait aux contreforts des Monts Glacés. Il commanda l’éjection. La moto s’ouvrit et Galdriss fut propulsé en avant, abandonnant la moto aux bombes ioniques. Le module d’éjection toucha le sol, et emporté par sa vitesse, glissa sur l’herbe humide sur plusieurs centaines de mètres. Dòrian envoya une décharge électrique à réveiller un mort dans le corps de Galdriss afin de le tirer de sa torpeur. Soumis à l’influence du programme, il se glissa péniblement hors de la capsule. Elle se referma aussitôt, partit en flèche à quatre vingt dix degrés, et après avoir parcouru plusieurs centaines de mètres, s’arrêta. La voûte des arbres était bien décrépie, mais encore suffisamment verte pour masquer momentanément Galdriss.  Il entendit le bruit de quelque chose qui se transforme en une immense torche. Il entendit ce grésillement une centaine de fois. Ils mettaient le feu à la forêt. Il fut tout au plus deux cent mètres, échappant par chance aux lasers tirés au hasard, avant de s’affaisser contre un arbre. Mais à la pensée qu’il était encore vulnérable, il continua sa route, doucement. Son dos l’élançait furieusement, sa tête résonnait comme si on l’a frappait avec un maillet, il bavait. Devant lui, il voyait distinctement l’entrée d’une grotte. Distinctement ? Les larmes qui inondaient ses yeux, des larmes de douleur, troublaient sa vue. N’était-ce qu’une ombre ? L’ombre d’un arbre plutôt rond, d’ailleurs. Cette ombre n’était plus qu’à une cinquantaine de mètres, quand il sentit derrière lui la chaleur d’une explosion phénoménale. Ils avaient envoyé une fusée de l’autre côté de la forêt, qui était par là plus dense. Ils avaient dû repérer la capsule.

 

Ils ont décidé de t’abattre, j’ai l’impression. La capsule doit être complètement fondue.

 

La grotte était de la hauteur d’un homme, mais pour y pénétrer, il fallait enjamber une crevasse, profonde de deux mètres et large d’un. On eût dit une tranchée. L’elfe s’écroula à l’intérieur. Alors qu’il touchait durement son sol rocailleux, une seconde fusée éclata, assez près de lui. La température monta d’un coup, jusqu’à être suffoquante, puis descendit progressivement. Il retomba dans l’inconscience.

 

par Bégot publié dans : hoffnringers
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