Texte libre

Bienvenue sur mon petit blogounet mignon...

vous trouverez ici les premiers chapitres de mon livre, Hoffnringer, que je mijote depuis un long moment déjà! Je le considère comme fini, même s'il reste beaucoup à faire pour en faire un vrai roman, malheureusement, étant Erasmus cette année à Graz, je n'ai que très peu de temps à lui consacrer. Si les aventures de mes héros vous intéressent, manifestez vous et je publierai le reste des chapitres qui dorment depuis longtemps dans les tréfonds de mon ordinateur. Et si vous aimez dessiner des personnages, des paysages... et que vous avez le crayon qui vous démange, défoulez vous sur mes personnages! je rêverai de savoir dessiner... faites moi partager votre talent!

mais trève de bavardage et rendez vous au prologue!

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hoffnringers

Lundi 3 janvier 2005

Ami lecteur, bienvenue!

je suis un jeune auteur de science fiction (indulgence requise me précise mon abruti de coloc) et de médiéval fantastique.

Mon premier bouquin est presqu'achevé (même s'il reste encore une myriade de points à rectifier) et j'en publie ici le premier chapitre, afin d'en connaître vos impressions.

Par ailleurs, je recherche un dessinateur (tout aussi jeune et talentueux que moi :) ) qui voudrait me réaliser quelques croquis/ébauches de personnages car j'aimerai beaucoup les voir ailleurs que dans ma tête ou à travers des mots.

 

 

 

 

A toi, ami lecteur qui consentira à lire ce premier jet, je te demande humblement de rayer, raturer, corriger, annoter tout ce qui te semblerait important.

 

Ce travail de longue haleine, je l’ai commencé, je m’en souviens encore en quatrième, avant d’aller en cours de biologie. Beaucoup d’années ont passées depuis et à mesure que je progressais dans ce travail, l’Aurélien de troisième riait de la naïveté de l’Aurélien de quatrième, celui de seconde, du troisième et ainsi de suite. Relire ce livre maintenant, c’est pour moi découvrir, redécouvrir les temps de mon enfance – j’ai depuis quatre jours vingt et un ans, mon enfance est je pense derrière moi maintenant.

 

J’ai été tellement plongé dans mon monde imaginaire que je crains fort d’être confus dans mon texte. Certains détails, explications n’y figurent pas mais fourmillent dans mes annexes qui sont incluses ici et j’ai peur que la complexité de mon histoire n’en ruine la lecture.

 

L’histoire orbite autour d’une Pierre, Galdariul, objet sacré de révérence dans ce monde que je décris et qui donnerait, à celui qui la possèderait, un pouvoir incommensurable – une sorte d’anneau de pouvoir à la Tolkien.

 

Ce monde, Edom, a été à l’origine habité par des autochtones, des races nées sur cette planète qui vit parallèlement à notre bonne vieille terre. Mais sur notre Terre justement, le développement du Christianisme, la Grande Peste qui ravagea l’Europe à la fin du Moyen-Âge, le développement de la Modernisation ont terassé les croyances dans les peuples oniriques, nains, elfes, gnomes, tengdus japonais, djinns et effrits. Progressivement, ceux-ci ont quitté la Terre pour Edom au cours de Grandes Hégires. Les premiers immigrés furent les Gausos, qui s’affrontèrent violemment avec les Condorès. Suivirent les Meusgueriques et les Sanbaroths et beaucoup plus tard, les Méthénés. Ces différentes immigrations ont connu une histoire sanglante que vous découvrirez dans mon ouvrage.

 

A ces clivages de temps d’arrivée sur Edom, essentiels ici, j’ai rajouté et multipliés d’autres clivages.

 

Clivages religieux entre les Quessemaurds – essentiellement elfes – et les Gavrants, fidèles de Galdariul, la Pierre Sacrée, ultra majoritaire dans mon univers.

 

Clivages raciaux entre les nains, les hommes, les elfes. Dans le monde de Galç et Jedel, les querelles temporelles entre Condores, Gausos, Méthénés… passent au second plan face aux querelles raciales – d’où la création de l’ELF, l’Elf Liberation Front, mouvement paramilitaire qui revendique la sécession totale des elfes de l’Empire de la Coiffe. Mais ces clivages raciaux vont encore plus loin. J’ai subdivisé la race elfe en cinq espèces : Stillendhil, Alanndhil, Prüfendhil, Wahlendhil, Sunhdhilen. Les Stillendhil viennent d’un autre monde que la Terre et vivent reclus – ils n’apparaissent que de façon très voilée dans le récit. Les Alanndhil sont les elfes originels, porteurs de mort. En effet, dans les pays nordiques, les älfs étaient les esprits de la mort et les rencontrer au détour d’une nuit sans lune était en général fatal. Ils entamaient autour du malheureux égaré une farandole diabolique qui lui arrachait l’âme du corps. Par ailleurs, les elfes étaient des capables de voler. Dans mon récit, la faculté de voler chez les elfes est liée aux soixante dix sept anneaux de pouvoir elfes. La plupart furent détuits lors d’une guerre meurtrière qui opposa Sylphides et Elfes pour le contrôle des cieux. Les Alanndhilen qui perdirent cette guerre devinrent les Prüfendhilen et Gewöndhilen. Les premiers sont rares et sages. Ils vivent reclus, en marge de la société. Ils sont souvent sages, maîtres du savoir ou comme Jedel, professeurs. Les deuxièmes sont les elfes les plus fréquents, eux-mêmes subdivisés en deux classes que seuls quelques critères physiques différencie : les Gewohndhilen et les Wahldilen.

 

Cousins des Alanndhilen, nous trouvons les Sundhilen, plus communément appelés Yeux-Rouges. Ils sont restés fidèles à leurs originaux nordiques, mauvais et mortels. Les Alanndhilen et Les Sundhilen voient sont nocturnes et voient très mal le jour. La situation est inverse chez les autres elfes. Ils voient bien le jour et un peu mieux que les hommes la nuit.

 

A l’intérieur même de ces clivages raciaux, j’ai introduit des clivages culturels tant il me semblait idiot de réduire les elfes à une certaine « elfité » unique. Vous rencontrerez des elfes nafas gnaëconds, des elfes rannetoux, aféetans… L’un de mes héros, Elmerr personnage complexe que j’ai sûrement trop délaissé à partir du milieu du livre est défren par adoption. Moi-même j’ignore d’où il vient, et quelle serait sa culture.

 

Cette histoire d’Hoffnringers ce déroule essentiellement sur Edom à une époque précise. Par rapport à la bataille autour de laquelle gravite toute l’histoire, nous sommes en +0. Cette remarque a cette importance car trois de mes héros viennent du futur, ou plutôt, pour être exact, des futurs. Des futurs qui ont commencé à diverger l’un de l’autre au moment même de cette bataille. Dans le futur de Galdriss – personnage pour lequel j’ai une nette affection – la bataille de Mina’s a mal tourné pour les Rattis, les non-condores, qui ce sont faits décimés ou intégrés de force. La résistance s’est cristallisée dans l’Empire du Phénix, empire très fortement arabisé dont Galdriss est un troupier d’élite.

 

En revanche Jedel et Galç proviennent d’un futur où les Rattis ont triomphé. Au départ, ce futur que je qualifiais de brillant, était le futur naïf d’un enfant en quatrième. A mesure que les années passèrent, ce futur devint de moins en moins brillant. Il connut de nombreuses guerres que Jedel en particulier traversa – en tant qu’intellectuel ou prêtre selon les époques. 

 

Enfin, mes héros transitent par une contrée étrange, Le Pays Que l’On Rêve, afin de voyager dans le temps. Cette contrée devait au début être un monde absurde et ubuesque, où l’on marcherait dans la direction du temps pour se retrouver à des heures exprimées en kilomètres. Mais même moi je me suis perdu dans ces complications et j’ai résolu l’affaire en un faisant un monde similaire à tout autre, avec ses quelques règles internes. Je venais d’arriver en France quand je commençais à le concevoir et je m’aperçois, réciproquement, que cette longue plaine longue et morne que traversent mes compagnons n’est que le reflet de ma première année de préparationnaire dans un pays froid, la métropole, que je n’aimais pas encore.

 

Je regrette maintenant cette histoire de retour dans le passé, le futur… tous les romans que j’ai bien pu lire incluant un retour possible dans le passé m’ont déçu – même Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, c’est dire : je trouve que cette faculté est trop souvent utilisée comme un moyen pour l’auteur de se sauver d’une situation dont lui-même ne sait plus tirer ces héros sans apparition divine ex machina.

 

Mais il faut bien me comprendre, cette histoire, je la conçus dans le sillage des mes lectures de quatrième qui me plaçaient devant un dilemme terrible : comment concilier la Guerre des Etoiles et le Seigneur des Anneaux ? Cruel dilemme cornélien, je vous le dis, ami lecteur.

 

Bien que cette histoire soit habitée de part en part de créatures magiques, la magie n’y fait  que de brèves apparitions, pas très cohérentes entre elles de surcroît. Mais elle est si peu présente ici que j’ai délaissé toute invention de mon propre système de magie – ou plutôt si, j’en ai bien créé un, mais trop tard : il sera pour un prochain roman. A ce stade, vous avez le droit de sourire.

 

J’ai opté très récemment pour une façon très simple de décrire la magie : le Drachensprac’h, la langue des dragons permet à quiconque possède un pouvoir de s’en servir. Je remercie ici deux de mes récentes lectures, Eragon et Wizard of Earthsea.

 

Ce qui est très énervant pour moi, c’est qu’à chaque fois que je pense avoir fini, je m’aperçois qu’à mon ouvrage il manque toujours quelques finitions indispensables. Les Quatre Dragons sacrés mériteraient sans doute que je m’y attarde plus – je vous en laisse le soin d’en décider.

 

Bonne lecture.

 

PS : vous aurez le droit d’en faire du papier pour le feu mais par pitié, après l’avoir lu, pas avant. Merci encore.

 

 

 

 

 

 


 

Six ils seront, venus d’ailleurs

 

à se dresser avec vaillance

 

contre l’armée d’envahisseurs

 

sans eux - il ne sera de chance.

 

Ce Rameau brisé dans ses mains,

 

la destinée de quatre mondes,

 

le  sort de l’ennemi qui gronde,

 

et encore bien plus détient.

 

 

 

 

Prologue

 

 

Depuis des heures Elmerr chevauchait sa licorne à travers l’immense forêt verdoyante,  dont les arbres majestueux, se dressant fièrement de toute leur hauteur, contemplaient le monde étalé à leur pied, tressant de leurs branches ramifiées un second ciel pour le voyageur qui daignait les admirer. Il avait croisé des sylvins quelques heures auparavant qui lui avaient dit qu’il arriverait bientôt au bout de ces peines, mais il avait maintenant l’impression qu’il s’était égaré au milieu de cet enfer vert qu’il traversait pour la première fois. De racines aériennes tombant en pluies drues et hérissant le sol de milles stalactites aux denses bosquets dressant leurs branches comme autant de piques empoignées à pleines mains par une armée entière de colosses, il errait, se demandant si un jour il parviendrait enfin à l’orée de la forêt.

 

L’aurore venait de céder la place au matin, et déjà, toute la forêt résonnaient des chants d’amour des oiseaux éperdus. L’air était vif, réveillant le guerrier encore embrumé de sommeil. Le vent, apportant les lourdes senteurs de la terre humide, encore pleine de la rosée matinale, et des fleurs parasites exhalant leur haleine odorante, soufflait faiblement, soulevant de temps en temps la chevelure bouclée et blonde, brune par endroit, d’Elmerr.

 

Arcandil lui battait la cuisse à une cadence régulière. Il la sentait depuis trois heures s’élancer loin de lui comme pour s’envoler, tendre les lanières qui enserraient son moignon de fourreau, et retomber brutalement sur sa cuisse, irritant sa chair. La main d’Elmerr à chaque fois s’approchait de sa garde, s’arrêtait à quelques centimètres d’elle, hésitante, n’osant la replacer dans son fourreau, puis revenait finalement aux rênes.

 

Allez, vas-y ! Remets-moi dans ton fourreau, datsé ! Tu ne sers plus le duc ! Il n’y a plus aucune raison pour que tu me gardes ainsi !, lui hurla Arcandil. Résigné, il se résolut enfin à la remettre dans son fourreau accroché derrière son dos.

 

Tu ne trouves pas que c’est mieux ?

 

Il hocha des épaules. Il avait contracté l’habitude de garder au flanc gauche son épée - une large claymore -   alors qu’il servait le duc d’Alcoät, en qualité d’éclaireur. Celui-ci avait toujours imposé dans son armée une discipline de fer et n’avait jamais toléré qu’on ne porte pas au flanc droit son épée. Question d’esthétique et de respect de sa discipline, disait-il. Une lubie disaient les autres. Son caractère sévère-mais-juste lui avait valu une grande estime de la part d’Elmerr. Et malgré tous les efforts de son épée qui le sermonnait sur cette idiote habitude, il continuait à la mettre au flanc, en signe de respect envers son ancien employeur.

 

Il portait maintenant sans broncher sur son dos deux armes bien lourdes, qui auraient fait plier bien plus d’un elfe. Arcandil sa claymore et Baldassian son arbalète double-flèche, laquelle horrifiait tous les “frères” elfes qu’Elmerr croisait lors de ses périples, rencontres assez rares d’ailleurs, car il évitait le plus que possible leur compagnie. Les Meusgueriques reconnaissaient en lui un des des leurs et le laissait en général en paix. Rarement, les autres le cherchaient, le houspillaient, l’injuriaient et se battaient même carrément avec lui, trop heureux de rencontrer un meusguerique isolé. Ils regrettaient très souvent leurs actes, toujours trop tard. Il les laissait soit morts, soit dans un tel état que même la mort leur eût été préférable. Pour la plupart, ils lui jetaient des regards haineux et dressaient entre eux et lui un mur de silence. Ils n’osaient passer à l’acte, peut-être du fait de ses six pieds deux pouces, de sa large carrure, de ses jambes larges et musclées, de ses bras noueux, de sa mâchoire carrée, de son air prédateur, et de ses yeux intensément bleus qui leur traversaient le coeur, leur laissant entrevoir qu’un corps à corps pourraient très bien palier à un vice de son arbalète.  Ou alors de son assurance affichée, qui leur faisait toujours redouter un coup fourré de la part d’un magicien.

 

S’ils savaient ! À chaque fois que des elfel lui jetait un regard dédaigneux, Elmerr n’avait qu’une envie, fuir, fuir loin de ses calomniateurs, tant il était désemparé devant leur cruauté. Heureusement pour lui, sa claymore lui soufflait alors ce qu’il fallait faire, et aveuglément, il obéissait, tremblant de peur à l’idée que l’on découvre d’où lui venait son intelligence et son assurance. Il avait été le chien galeux de son clan, qui, dès sa tare découverte, l’avait lâchement abandonné, alors qu’il n’avait que quinze ans. Un humain, à quinze ans, est déjà bien débrouillard. Mais un elfe, à quinze ans, n’est qu’un enfant !

 

Sa tare, son horrible tare, la honte de ses parents, c’était sa débilité mentale. Elmerr était bête. Pas complètement taré, pas trisomique, juste idiot, attardé. Chez les hommes, les nains et les gnomes, il y avait toujours des mains secourables pour aider ces handicapés. Chez les elfes, que quelqu’un manquât d’intelligence, et c’était le déshonneur. La seule solution : se débarrasser de l’idiot avant que sa présence ne s’ébruite. Le père d’Elmerr n’avait pu se résoudre à le tuer. Il l’avait donc emmené très au nord, pendant un hiver féroce, au sein des Grandes Montagnes, et l’y avait laissé là, seul, espérant qu’il serait recueilli. Mais, en son for intérieur, il ne donnait pas trois jours à son fils, perdu dans une contrée glacée, hostile, à peu près vide et qui, vraisemblablement, resterait là où il l’avait laissé, bêtement, attendant son retour improbable.

 

Ce qu’ignorait son père, c’est que la région venait de connaître un sursaut d’activité, bien qu’il n’en vît aucune à son passage, bref, il est vrai. Une patrouille de reconnaissance gnome recueillit l’enfant, à moitié mort de froid et de faim, recouvert d’une épaisse couche de neige, les lèvres gercées, les doigts en feu, et les yeux gelés par ses pleurs. Les gnomes venaient de créer une nouvelle ville, Alguérett, perchée sur la plus haute montagne, Ildidzet, construite à partir des ruines du fief gobelin qui contrôlait alors la région, conquis après d’âpres batailles. Et  redoutant une contre-attaque, ils quadrillaient la région constamment. Ils avaient vu le cavalier elfe arriver avec un passager, puis repartir au triple galop, seul. Quand les gnomes découvrirent la tare de l’enfant, ils n’eurent pas grand mal à comprendre le pourquoi de la chose, même s’ils trouvèrent odieux l’acte du père.

 

Elmerr vécut au sein de la communauté gnome des années durant, élevé par le chef de la patrouille et par sa femme, qui, écœurés par la lâcheté des elfes, furent profondément  touchés par son sort, et l’élevèrent comme s’il avait été leur fils naturel. Leur amour était d’autant plus grand que leur union était restée stérile, et la venue de l’enfant fut perçue comme un cadeau des dieux.

 

 Quoique débile, Elmerr ne fut pas une charge pour sa famille d’adoption. Après avoir vainement tenté de le former aux métiers typiquement gnomes, tels le minage, l’expertise, la fonte et la fabrication de bijoux, la vente de ceux-ci et l’achat de denrées essentielles, du vin de Loc principalement, on s’aperçut, d’une façon tout à fait fortuite, qu’il possédait un talent pour guetter. Il fut aussitôt installé dans ses fonctions de guetteur apprenti, et, l’expérience aidant, il devint bientôt le guetteur en chef qui surveillait toute la montagne à lui tout seul.

 

Quand il patrouillait à travers monts gelés et vaux noyés de neige fondante, crevasses abruptes et mortelles et pics glissants et vertigineux, on eût dit une ombre qui glissait à même le sol, laissant derrière elle des traces qu’on confondait avec celles d’un chamois. Il pouvait attendre des heures à la même place, sans bouger ne serait qu’un cil, ou bien parcourir dix lieues en quelque heures si le besoin s’en faisait sentir. Dès qu’il voyait quelque chose d’inhabituel, il revenait en un éclair aux avants-postes, racontant ce qu’il avait vu. Six phrases, ou plutôt six mots, lui suffisaient : “Connais pas”, “gobelins”, “nains ou gnomes” - il ne faisait pas la distinction, “humains”, “grosse bête à grosses pattes”, “j’aime pas c’qui arrive”. Il s’était toujours montré infaillible dans son jugement, n’hésitant jamais sur ses réponses. Et quand ça cognait, il était toujours au centre de la mêlée, écrasant tout ce qui était vert et à sa portée. Cependant, quand on le voyait ainsi revenir au camp, cela signifiait toujours qu’il y allait avoir une grosse échauffourée, pour la bonne et simple raison qu’il avait l’habitude tenace de s’occuper toujours du problème d’abord par lui-même, et de ne venir chercher des renforts que quand il s’était vraiment confronté à plus fort que lui, et s’en était mordu les doigts.

 

Or, un jour qu’il neigeait à ne pas pouvoir voir plus loin que son nez, qu’il tombait plus de la neige dure qu’il ne neigeait,   il aperçut une caravane qui se frayait un chemin dans l’enfer blanc de la montagne en furie. Aux armures, aux armes et à leur couleur de peau, il les identifia comme étant des nains, ou des gnomes. Ne pouvant rien faire pour les aider, il se hâta de revenir chercher des secours. On organisa une expédition pour les sortir de ce guêpier, placée sous les ordres de son père. Fatale erreur ! À peine furent-ils arrivés que les “nains” les chargèrent, décimant la majorité du groupe pétri de surprise.

 

Les gobelins, race débile et dégénérée, dont l’intelligence ne leur permet que de savoir se battre, ce en quoi, il faut le reconnaître, ils excellent, avaient quand même  à l’époque pour chef un gobelin intelligent, fourbe, habile, profondément malhonnête et cruel. Il se nommait Sbolg, et s’était hissé au titre de chef suprême des gobelins du Nord en marchant sur bien des cadavres tués de sa main... Il avait les mains libres, quant à ses désirs guerriers, mais, en secret, il était discrètement surveillé par Carmal le Superbe, un archimage à la beauté céleste, au corps parfait, pur dans ses lignes profondément juvéniles, à la voix d’ange envoûtante, qui  commençait à masser une sombre armée sous ses ordres, afin d’assouvir un dessin tout aussi aussi sombre et glauque, dont les motivations étaient encore inconnues de tout le monde.

 

Sbolg avait compris que la force brute ne servirait à rien, l’elfe découvrant ses régiments toujours bien trop tôt. Ils opta pour une nouvelle stratégie. Tuer l’elfe en envoyant un petit groupe de francs-chasseurs. Au bout du quinzième groupe sacrifié, il décida d’arrêter là les frais et de patienter un peu, jusqu’à ce que la surveillance se relâche.

 

La nouvelle qu’un elfe débile assurait la défense de la ville se répandit, sous l’influence de Sbolg et le nombre de voyageurs passant par Algueureth augmenta sensiblement, attirés par cette histoire. Mais en réalité, même parmi les membres du guet, peu connaissaient l’existence de l’elfe. Seuls les Voltigeurs de Nuit et quelques membres du clan Yourithilil, celui auquel appartenait le père adoptif d’Elmerr connaissaient son existence.  Pendant les rumeurs, l’elfe fut encore plus caché qui d’habitude et on lui interdit de sortir monter la garde comme il en avait l’habitude. La rumeur persista de longs mois mais comme rien ne vint l’alimenter, elle devint progressivement un objet de moquerie, une bonne blague et les envoyés de Sbolg qui tentaient timidement de la remettre en mémoire étaient raillés partout. A la longue même, les aubergistes et les bistrotiers des baronnies des Terrouest  avaient pris l’habitude de répondre aux clients qui leur racontaient des histoires à dormir debout : “t’as raison, c’est comme l’histoire de l’elfe d’Algueureth!”. Et sur ces entrefaites, le gêneur était promptement expulsé à coup de pied.

 

Après ce nouvel échec, Sbolg fit écorcher vif celui qui lui avait soufflé cet idée et se fit une ventrée de son infortuné conseiller. Après encore deux ou trois conseillers qui n’avaient rien fourni de bon, il découvrit lui-même la solution. C’était cette solution qui venait de berner Elmerr. Ce dernier ne réchappa que de justesse au piège gobelin, mais il ne put empêcher la destruction d’Alguérett, surprise emmitouflée dans ses couvertures, au coin du feu.

 

Ce ne fut pour lui qu’une longue fuite. Il erra des mois dans les montagnes, brûlé par le froid, tenaillé par la faim, consumé par le désir de vengeance. Tous les soirs, une patrouille manquait au campement gobelin. On découvrait les cadavres le lendemain, à demi-dévorés. De grandes battues furent organisées. Chaque jour, elles s’approchaient davantage de sa tanière, se faisant plus précises, plus dangereuses, plus efficaces; et, la position devenant finalement intenable, il fut contraint de s’éloigner encore davantage d’Alguérett, la mort dans l’âme.

 

Quand il ne chassait pas le gobelin, il se flagellait, se roulait à terre, pleurait toutes les larmes de son corps, ne parvenant pas à oublier ce jour-là. Ce jour où il avait confondu un peloton bien armé et entraîné avec une caravane en détresse. Sans cesse il se répétait “ma faute, ma faute, c’est de ma faute, c’est de ma faute, ma faute, ma faute...”. Il reprenait cette litanie à longueur de journée, quand il marchait, quand il mangeait et même quand il dormait, ce refrain  diabolique le poursuivait. Il avait plusieurs fois voulu mettre fin à ses jours. Mais la peur de mourir l’avait toujours retenu. Bien qu’on lui ait dit qu’un autre monde meilleur existait après la mort, cette notion lui avait toujours échappé. Pour lui, la mort, c’était le néant, le vide. Et il voulait s’accrocher à la vie. Mort, il ne pouvait rien faire. Vivant, sa soif de vengeance pourrait être assouvie. Pendant des années et des années il erra parmi les Truz-Baz, n’échappant à la mort que par sa volonté de vivre, continuant son œuvre sanglante et purificatrice.

 

Lors d’un jour mémorable qui devait changer sa vie à tout jamais, il suivit un petit groupe de gobelins, bien armés et à l’air décidé. À l’avance, il salivait, rien qu’en pensant au massacre qu’il allait commettre. Ces gobelins exploraient les tréfonds de la Baz-Ideule, petite montagne située entre les Truz-Baz et les Montagnes Sombres. Des milliers d’années auparavant, elle avait été la tanière de la mère des génies de l’air. La légende racontait que de formidables trésors s’y trouvaient. Personne cependant n’en était revenu pour le confirmer. Les uns après les autres, la montagne happait les inopportuns, n’en laissant qu’un vivant, rendu complètement fou par son horreur, afin d’entretenir le mythe des trésors. L’appât du gain étant toujours trop fort pour qu’on y résiste, d’années en années, la montagne cannibale engloutissait et mangeait sa ration de pourriture gobeline.

 

Les gobelins étaient sur leurs gardes. Ils savaient. Elmerr ne savait pas. Quand à la veillée on en parlait, il quittait la table et allait caresser le chien. Toutes ces histoires l’ennuyaient, car il ne les comprenait pas. Avec le chien, au moins, il s’amusait.

 

Au moment où il allait fondre sur eux, il entendit une voix. Une voix qui résonnait uniquement dans sa tête. Elle lui murmurait doucement : “none jbou, non jbou, mè amîo”. Il ne comprit pas les mots de cette langue chantante et caressante, mais cette voix si calme, si douce, si tranquille, et pourtant si virile, car c’était une voix mâle, le reposa complètement, le vida de sa haine, de sa faim. Et il regarda. Ou plutôt il devina. D’un coup, les gobelins disparurent dans un bruit de portes qui se referment brutalement, dans un bruit de mâchoires qui claquent, serrant leur prise. Ils ne disparurent pas à travers un mur, ni à travers le sol. Ils s’évanouirent là où il n’y avait rien. Il y eut des hurlements, des cris de terreur, des supplications, des injures. Puis plus rien.

 

Algon, reprit le voix. Cette fois-ci, la voix n’eut aucun effet sur le pauvre Elmerr. Il était terrifié par ce qu’il venait de voir. Sa peur était d’autant plus grande qu’il n’avait pas vu, pas compris, juste entendu. Il voulut s’enfuir. Et comme si la montagne avait deviné ses pensées, elle brisa, combla, enfouit le chemin de sortie sous une avalanche de pierres. Il était désormais pris au piège.

 

Algon !, ordonna la voix courroucée.

 

Elmerr ne se souvint plus de ce qui s’ensuivit. Il avait perdu connaissance, terrassé par la peur.

 

Quand il se réveilla, il se trouvait toujours au même endroit. Une fine couche de terre poussiéreuse le couvrait des pieds à la tête, brunissant son visage déjà tanné par le soleil brûlant, renforçant encore la crasse de ses vêtements qu’il ne lavait jamais.

 

Ive el coube, älf ! Ive astapure, alde ! Alde die umins èce val ! T’esq roiqueive uqun gobil oul älf !

 

Elmerr releva la tête, roulant des yeux effarés. Au centre de la pièce ensorcelée se dressait, terrible, à demi-perdue dans un halo de vapeur qui semblait sortir d’elle-même, une claymore majestueuse. Une grande, large, massive épée au pommeau d’or pur, à la garde mêlant or et pierres précieuses dans un éblouissant spectacle de couleurs, et dont la lame, large comme l’écart entre le pouce et l’annulaire, forgée dans le fer le plus pur, jetait des éclairs de lumière céleste. La voix envoûtante provenait de l’épée elle-même. À cette vue, Elmerr se recroquevilla sur lui-même, et pleura de terreur.

 

- Pardon ! Je être gnome ! Je pas gobelin ! Pardon ! Je gentil ! Je pas vouloir mourir comme gobelins tu mangé ! Pardon !

 

Si Elmerr avait su le mot “pitié”, il l’aurait sans aucun doute crié, hurlé. Mais n’ayant jamais compris sa signification, n’ayant jamais eu à s’en servir, il avait depuis longtemps jeté ce mot dans les oubliettes de son esprit déjà limité.

 

Niaume ? Es niaume ? Dicis niaume ! Crédéo non hoc!

 

Elmerr se répandait en “pardons”, geignements, sanglots, ânonnant des bouts de phrase, persuadé de finir comme les trois gobelins, ne comprenant rien à ce charabia chantant et envoûtant, qu’il assimilait maintenant à la langue du démon diabolique qui hantait la caverne. Son ventre le brûlait, le dévorait, sa bile commençait à remonter, lui déchirant l’œsophage par la force de son acidité.

 

Calme-toi ! Petit el...gnome !  Je ne te mangerai pas, je ne te ferai aucun mal ! Allons, du calme, que diable !

 

Elmerr fut aussitôt rassuré, réconforté par la voix, enfin compréhensible. Pendant encore dix bonnes minutes, la voix continua de le calmer, jusqu’à ce que ses pleurs et ses sanglots cessent. Ses larmes avaient creusé deux larges sillons d’une éclatante blancheur dans la poussière qui lui couvrait le visage.

 

Ils parlèrent tous les deux deux jours et trois nuits, sans interruptions. La montagne dormit, but et mangea pour Elmerr. Quand enfin il ressortit de la montagne, ce n’était plus un mauvais glaive qui lui pendait dans le dos, mais la terrible Arcandil, l’Epée du Génie de la Montagne Sacrée Entre Toutes, Dernier Garde du Tombeau de la Sainte Mère des Génies de l’Air, Fille d’Éole et de Gaïa. Dans les abymes de la montagne, ils avaient conclu le pacte, qui devait à tout jamais changer la vie de l’elfe-gnome. Elmerr s’engageait à obéir fidèlement à Arcandil, et, en retour, elle s’engageait à suppléer à la débilité d’Elmerr par son intelligence. Le pacte était excellent pour les deux parties : Arcandil pouvait enfin réaliser sa Quête sans craindre de rébellion de la part de son propriétaire, et Elmerr pouvait enfin faire ce qu’il voulait, devenir un gnome respecté et honoré.

 

Il fallut du temps à l’épée pour faire comprendre à Elmerr qu’il n’était pas un gnome, mais un elfe. Cette révélation lui déchira le cœur, et il fut d’une humeur morose pendant des lunes et des lunes. Puis petit à petit, sa morosité se transforma en dégoût, non pas en haine, car elle toute entière réservée aux gobelins, pour la race elfe. Arcandil accentua encore sa tristesse, en l’obligeant à quitter les Montagnes du Nord, lui faisant sentir qu’il ne parviendrait à rien s’il ne se rapprochait pas plus de la civilisation, quelle qu’elle soit.

 

Il fit son métier de son obsession morbide, et, passant de villes en villes, de villages en villages, de bourgs en bourgs, il proposait ses services de chasseur de gobelins. Son expérience, qu’il avait acquise par lui-même dans des conditions effroyables, lui était d’un grand secours. Bientôt, sa réputation de chasseur efficace et solitaire le précéda, et il n’eût plus à venir au devant de ses employeurs. Des messagers venaient le trouver, où qu’il fût, ce qui le stupéfiait toujours, apportant avec eux un premier acompte et la promesse d’une bonne rémunération. 

 

Mais jamais, qu’il connût succès ou revers sanglant, il ne s’arrêtait plus d’une semaine au même endroit. Sa “spiritualité”, et son physique hors du commun lui avait souvent valu des conquêtes en jupon, mais la peur de perdre encore un être cher le dissuadait de se fixer quelque part. Arcandil ne lutait certes pas contre ce penchant nomade, puisqu’il lui facilitait sa Quête, dont, d’ailleurs, elle n’avait jamais fait part à son maître.  Ils repartaient au petit matin, chevauchants fièrement une licorne, qu’ils avaient reçu en récompense des Dolyennais lors qu’ils

Par Aurélien Bégot
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Jeudi 17 novembre 2005

3-Poursuite      

 

Galdriss éjecta Dórian de son cerveau. Il avait une sainte horreur que Dórian le contrôle quand ce n’était pas absolument nécessaire. Ou alors quand son amour-propre en était froissé. Et en plus ça lui donnait un mal au coeur à en vomir.

 

Après avoir rapidement parcouru les dix premiers mètres d’eau où il n’y avait que peu de profondeur, Galdriss arriva à un redan, et il piqua net. Son sillage à la surface de l’eau était encore visible, ils l’avaient peut-être repéré.

 

Le lac était profond et ses eaux d’un bleu sombre et glacial. Galdriss n'osa imaginer les bêtes qui devaient habiter dans la faille insondable qu’il découvrit au centre du lac.  Il préféra ne pas s’attarder au-dessus et continua sa route. Après six heures de plongée à petite vitesse, il coupa les moteurs à une centaine de mètres du rivage pour s’échouer sur le fond sablonneux. Ses scopes ne signalaient rien d’anormal, que quelques poissons fluorescents et filiformes. Il libéra une balise, qui tractée par un filindre de supernylon, approcha lentement de la surface, puis creva enfin l’onde calme. Les échos de son radar passif ne signalaient que quelques lions endormis à l’ombre d’un rachitique bosquet. Cependant, Galdriss, que son accroc avait refroidit, opta pour une sieste bien méritée après tant d’émotions. Dorian rappela la balise, puis se mit en veille.

 

Le nafa sortit du marécage à la nuit tombée, et tous ses circuits inutiles dans l’occasion coupés, il s’avança à travers la plaine.  La balise n’avait toujours rien signalé. Les gauxbleins n’avaient pas paru. Ils devaient bien faire partie du convoi qui venait de s’installet dans l’ancienne base ladéinite. Son destrier, dont il avait désactivé les boucliers, frôlait le sol, butant parfois contre une branche ou une pierre, et leur bruit se transformaient en un fracassant tintamarre aux oreilles de l’elfe. Seul Dórian était impassible. Il n’était pas affecté par la peur.

 

La nuit était d’encre. La lune d’Alphis avait disparu derrière une épaisse colonne de nuages, telle une colonne de soldats farouches marchant vers les Grandes Montagnes, pour y mourir.

 

En tant qu’elfe Galdriss perçait quelque peu la couche des ténèbres, et en tant qu’elfe cybernétisé il voyait à travers la shape de la nuit comme si la lune eût été pleine.    Tous les scopes et les ordinateurs  du destrier débranchés, il se guidait à la boussole.

 

Comme rien ne semblait vouloir troubler le calme de cette nuit, Galdriss accéléra, jusqu’à arriver à une moyenne de soixante à l’heure. Avec un peu de chance, il ne metrait que quelques heures à parcourir la distance découverte.

 

Dorian capta des émissions codées en impérial. Galdriss coupa tous les circuits. Son engin s’écrasa lourdement au sol, balança à droite et à gauche, puis se calma, comme vidé de toute énergie.

 

Que devait-il faire ? Seul devant le nuit noire, Galdriss s’interrogeait. Dórian suggéra de contourner largement l’obstacle. Avec un peu de chance, ils arriveraient à passer sans encombres. Mais Galdriss se demandait pour quelle raison ce camp était si bien camouflé. Sa vision infrarouge ne décelait aucune lumière. Les Impériaux étaient pourtant sur leur  planète ! Les pertes des pffiters l’attestaient. Ils n’avaient rien à craindre. Ils n’avaient même pas de mams ou d’autres engins de mort en service.

 

Cédant à la curiosité, Galdriss sortit du véhicule, saisit la planche anti-gravité destinée aux éjections, tandis que Dórian copiait les coordonnées du destrier et de l’origine des émissions.

 

Galdriss se plaça sur sa planche, et plana au-dessus du sol. Il glissa à toute vitesse vers l’origine de ces communications, et ralentit au dernier kilomètre, lorsqu’il arriva devant l’orée d’une forêt . Les arbres n’étaient pas de fibremétal. C’étaient pour ça que les Impériaux avaient réussi à communiquer.

 

Il continuait son approche lente et furtive, quand il s’arrêta net. Une forêt ? ici ? et pure ? Il fut accablé par cette constatation. Il avait dirigé son vaisseau beaucoup trop au sud. Il venait de gaspiller la moitié de la nuit à voguer inutilement, et il croyait savoir que la région était fortement contrôlée par la République darée. Il était entré dans une nasse dont la seule façon de sortir était de rentrer dans la gueule du loup.

 

La planche glissa au-dessus des branchages morts, des feuilles desséchées, noires de nuit, slaloma entre les lances et les fers des arbres, dont les feuilles, traversées par un vent glacial, chantaient une triste complainte.

 

Un empire de racines fines et nerveuses s’étendait sous ses pieds, légèrement comprimées par le passage du répulseur. Deux grands arbres s’élevaient devant Galdriss, qui ne recevait toujours pas l’écho d’un quelconque bâtiment dans les environs. Il passa entre eux, rectifia un peu sa trajectoire, et s’écrasa au sol. Le trap, qu’il avait réveillé en passant devant ses visioscope, venait de désintégrer sa planche. Il boula au sol, et s’abrita derrière un arbre massif qui répandait ses branches en un puissant bouclier, que le trap entama vite. Au loin, Galdriss entendait d’autres machines de guerre se mettre en marche.

 

Galdriss saisit son mitrailleur, rampa de l’autre côté de l’arbre, et se retrouva nez à nez avec le trap qui avait fait la même manœuvre que lui. Le trap ne mit que quelques milisecondes à reconnnaître son ennemi, cependant ce fut trop long. Dorian s’était activé, et avait balançé toute la sauce à son nez. Il commanda au destrier de venir prendre Galdriss, et l’emporta le plus loin possible de la carcasse fumante de l’infortuné trap. Derrière eux, un sourd grondement s’amplifiait, précédant l’arrivée imminente de chars d’assauts lourds. S’ils attrapaient Galdriss, l’accroc avec le trap serait à côté un exercice d’entraînement.

 

Une pluie de lasers s’abattit derrière Galdriss, liquéfiant une bonne partie de la forêt. Le destrier venait d’arriver, et crachait toutes ses tripes pour sortir Galdriss de ce guêpier. Les moyens qu’il employait n’étaient pas disproportionnés : une dizaine de chars avait survécu au déluge de feu, et déversait maintenant le leur sur le fuyard.

 

Le destrier, qui s’était rapproché de sol jusqu’à le toucher, ouvrit son habitacle, attendant son pilote avant de repartir en chandelle.

 

Un trap, monté sur un des chars, ajusta Galdriss et lui arracha le dos avant que celui-ce ne s’écroule dans son destrier, qui décolla en trombe, manquant d’achever Galdriss par le nombre de g qu’il lui imprimait. Tous les circuits activés, le destrier, filait vers le Nord, espérant gagner le Grand Désert, et ainsi échapper aux poursuites. Mais entre lui et le désert volaient quatorze Sæwous, en formation d’interception.

 

Par Bégot
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Jeudi 17 novembre 2005

4-Rencontre

 

<<…Alors que je passais à travers la plaine d’Alfance, qui naît à la forêt de Gel et meurt à la forêt des elfes, Dalanfur, afin de me rendre à la grande Foire de Yahannochia, qui drainait chaque année de plus en plus de monde, je découvris au bord d’un ruisseau une licorne de Ghlahi. J’en restai bouche bée. Il y avait bien longtemps que je n’en avais vu une. La dernière fois, si j’ai bonne mémoire, remontait, à, au moins, une bonne trentaine de printemps. C’était la bonne époque… Sa robe avait pris la même couleur que l’eau qu’elle buvait, une couleur argenté, jaillissante, étincelante, qui projetaient mille petits feux sur les pointes de diamant que creusait l’eau. C’était comme une fontaine qui plongeait dans le ruisseau. Je croyais presque entendre le bruit de la chute. Mon premier mouvement fut de soigneusement l’éviter par un large crochet, car je savai que les licornes appréciaient peu les intrus, et le leur faisait sentir, assez douloureusement, mais, mû par je ne sais quel désir stupide, je me rapprochai d’elle, doucement.  Elle me sentit cependant, et d’un coup je ne vis plus rien. Sa robe avait pris la couleur de la nuit. Je ne voyais plus que les reflets du ruisseau éclairés par une faible lune, et un sol à l’herbe riche et grasse. Finalement, je distinguai ses yeux, deux sortes de lucioles bleues, semblabes à la couleur de l’eau, une couleur transparente et à la fois de l’éclat du diamant le plus pur. Je l’observais, elle m’observait, nous nous observions.

 

Ce petit jeu aurait pu durer longtemps, je pense, si un ronflement de bête sauvage ne m’avait fait sursauter et dégainer ma dague. Je lançai immédiatement l’un des rares sorts que je connaissais, et j’éclairai ainsi l’endroit. La licorne m’apparut, ou plutôt sa forme m’apparut. Un vide. Toujours noire comme la nuit,  j’avais l’impression qu’un abime béant s’ouvrait devant moi. Mais je ne m’attardai à cet étonnant spectacle; d’ailleurs, la licorne revint au bleu-ruisseau. Je fouillai du regard les environs. Je m’attendai bien à découvrir une bête sauvage, mais ça, non. J’étouffai un juron quand je le vis. Saletés de bêtes puantes. Toujours à danser, chanter, festoyer. Je ne les détestai pas, ces vieilles bêtes, mais mon sentiment n’en était quand même pas très éloigné. D’ailleurs, on pouvait dire qu’elles nous le rendaient assez bien. Eh ! mais pardonnez-moi, cher lecteur, je m’oublie : c’était un elfe. Oui oui, un elfe, un vari, quoique... sur le coup, cela ressemblait surtout à un curieux mélange  d’elfe, de trappeur, d’aventurier et de loqueteux bien humain. Ce qui me frappa ensuite fut sa monstrueuse épée, qu’il avait fichée dans le sol. Large comme mon poing, grande comme moi, et qui me semblait trop rutilante pour être honnête. Lui dormait à terre, ses affaires en vrac, allongé de tout son long sur l’herbe humide. Il n’avait même pas étendu  de couverture en-dessous de lui. Une grande gibecière rapiécée de partout lui servait d’oreiller. Son bras droit, allongé à terre, tenait fermement une arbalète, qui, bizarrement, avait deux rampes. Et il paraissait tenir fermement cette arbalète. La main gauche n’était pas en reste : elle renfermait un solide poignard, inondé d’un sang que j’espérai depuis longtemps séché. Très doucement, je repartis à reculon, quelque peu refroidi à la vue de son attirail. Puis je me retournai, et accélérai le pas. Ce fut une sorte de sifflement sec, qui se termina en un bruit mat et sourd. La flèche s’était fichée à côté de moi. Je levai les mains aussitôt. Oh ! non, lecteur, surtout ne pensez pas que j’étais à ce point froussard. J’aurai pu courir, si.... Si je n’avais été stupéfait par l’efficience de l’elfe. Quand  je l’avais vu, il avait certes son arabalète à la main, mais elle n’était pas fléchée. Et je n’avais pas vu de carquois près d’elle. D’ailleurs, je n’avais pas vu tout de carquois, ni même de flèche. S’il avait réussi à me tirer dessus aussi rapidement, et sans que je l’entende encocher ses flèches, qu’il n’avait pu prendre que dans la gibecière, c’est qu’il devait être très fort.

 

 - Alors alors, on ne vient pas dire bonjour, le gnome ? On a peur ? me dit-il d’une voix endormie.

 

Si pour chaque coup que ma poitrine battait j’avais gagné un quazil, je serai devenu roi en quelques secondes, avec une armée de cent mille chevaliers prêt à me suivre jusqu’en enfer.

 

- Ton nom ?

 

- Lo-lo-lo-d Ta-ar, à-à-à-à vôôôtre serservice service.

 

- M’en passerai. Ton nom en entier, allez !

 

Je pris une grande goulée d’air, et je pris mon courage à deux mains.

 

- Lod Tar, pour vous servir. Fils d’Andain le fils de Lodanolf, de la gens des Tar.

 

Je tournai la tête doucement, mais je fus arrêté par un ordre sec.

 

- Regarde tes pieds, idiot.

 

Ce que je fis. 

 

- Kesse tu foutais ici ?

 

- Yahannochia.

 

- Tu es encore une de ces charognes qui vont de foires en foires voler ?

 

Piège. Piège gros comme mon pif. Ce jœrt n’était pas honnête. À sa mine, on voyait bien que voler ne le dérangeait pas. Mais, n’étant pas sûr, je ne répondis rien. Je tentai de me concentrer assez pour lui lancer une boule de feu en pleine tête, et déguerpir tandis que sa tête imiterait le style torche vivante. Mais je n’arrivai pas à me concentrer pour le saisir. Il m’aurait fallu être calme, et je tremblai plus qu’un navire en pleine tempête.

 

- À ton accent, t’es d’Algueurett, hein ?

 

- Qu’est-ce que ça peut te foutre, répondit-je aigri. Y a plus d’d’Algueurett depuis un bail.

 

Un bruit sec, un bout de fer qui claque.

 

- Mal entendu. Peux répéter ?

 

Furax j’étais, ami lecteur. J’m’étais juré de ne jamais évoquer encore ces souvenirs, de crainte de sombrer dans le désespoir le plus noir et en crever. Là, la question se posait autrement. Je soupirai. 

 

- Ouais.

 

- Retourne toi.

 

Il était debout, adossé à un rocher massif, sa tête, dépassant un peu au-dessus, était fouettée par le vent qui soufflait fort. Son arme était toujours braquée contre moi, je remarquai d’ailleurs que les deux rampes étaient à nouveau chargées, mais il souriait faiblement.

 

Chapitre écrit en l’an 2412, de l’ère humaine » 

 

Par Bégot
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Jeudi 17 novembre 2005

5-Colère

 

 

La pièce était agréablement éclairée par les rayons du soleil, qui faisaient briller les chevelures des lecteurs assis aux tables. La plupart se tenaient confortablement, bien calés dans leurs chaises polymorphes, plongés dans leur livre. Certains se levaient, déçus de l’ouvrage antique qu’ils avaient pris qu’ils lâchaient négligeamment dans les bacs volants. D’autres, contents, partaient guillerets à la recherche d’un nouveau trésor. Quelques androïdes en combinaison bleue se baladaient parmi les rayons. Ils dénichaient un livre quelconque, et le lisait sans interruption, du début à la fin, dans un coin de la salle. Une fois terminé, et après l’avoir marqué d’hyper-ammania, ils le remettaient après à sa place. Ainsi, munis du récepteur approprié, qui étaient gratuitement distribué à l’entrée de la bibliothèque, mais que l’on devait rendre à la sortie, quiconque s’approchait d’un tel livre savait qu’il était complètement numérisé et engrangé sur la Toile de la Bibliothèque. D’autres androïdes, en uniformes divers, fouinaient un peu partout, à la recherche de la perle rare requise par leur maître. Ils pouvaient y passer des années, si on ne leur avait pas programmé de date de retour.  Un macrobot errait à travers les rayons, feuilletant rapidement chaque grimoire avec une délicatesse religieuse. Le lutin à ses commandes cherchait désespérément un codex, mais il savait ne pas passer ses nerfs sur les merveilles de la Bibliothèque. D’ailleurs, il ne l’aurait pas pu longtemps. Deux cyborgs armés patrouillaient en permanence, vérifiant que personne n’abimait les précieux ouvrages.

 

Le silence était total. Des bloque-sons étaient incrustés partout au plancher, et aspiraient chaque infime bruit. On ne s’entendait même pas respirer. Une odeur de Ouilf était finement distillée, emplissant la salle d’une fragrance douce et reposante. Insensibles aux charmes des statues antiques, des tapisseries venues d’un autre âge, des instruments de cultes ancestraux, les bacs menaient un va-et-vient constant entre les rayons et les lecteurs, rapportant au bon endroit le livre lu et délaissé.

 

Il y avait dans la grande salle  une trentaine d’elfes, autant d’hommes, quelques gnomes, une vingtaine d’androïde et de robots, deux macrobots, un djinn et trois tengdus et un millénaire de littérature de toutes races.

 

- Très intéressant, dit Jedel, en refermant un vieux livre rouge. Personne ne l’entendit. Le bac qui gravitait au-dessus de lui depuis trois heures s’approcha, et ouvrit son compartiment. Jedel était depuis longtemps fiché à la bibliothèque, son respect des livres était connu. En conséquence, le bac n’arma ses rayons captant que faiblement. Mais Jedel garda sa découverte sous le bras, et sortit. La machine chercha alors un nouveau lecteur sans ange gardien, en vain. Elle alla se coller au plafond, telle une grosse brique gris métal, et attendit que quelqu’un franchisse la porte.

 

Jedel traversa le sas, rendit son badge de chercheur au gardien et pénétra dans le couloir plongé dans la cohue et la cacophonie. On entendait les sons rogues et durs des nains; les voix grossières des hommes; les gnomes ne parlaient pas, ils crachaient leurs mots; seuls le chant mélodieux des elfes mettaient là une certaine poésie. L’elfe reconnut plusieurs langues de ses frères : le Fanlantal, le Baar, l’Ishnaë, l’asffling-û, et l’Aféetan Dé Hjchène, sa langue. Les hommes, comme à leur habitude, parlaient une myriade de patois plus divers les uns que les autres; Jedel comprit quelque bribes de séquoil  et de Gwadann.

 

Un jeune nain apparut brusquement lui, et se courba jusqu’au sol. Jedel lui rendit son salut, mais se courba moins.

 

- Cher maître ! Comme je suis heureux de vous voir ! s’exclama l’étudiant en barbolshkaf.

 

- Moi de même, Oldaf. Je vois à ton sourire coincé et à ta jolie courbette que tu as un service à me demander, répondit-il un sourire ironique aux lèvres.

 

La face du nain prit une teinte cramoisie.

 

- On ne peut rien vous cacher, cher maître. Comme vous le savez, les temps ont été durs, j’ai dû rentrer un certain au pays afin d’aider mon père. Vous savez, il... il a été très malade, et... enfin, vous comprenez, les temps ont été durs... je n’ai pas pu beaucoup travailler, et... enfin....

 

- C’est d’accord. Je repporte à un mois ton épreuve. Est-ce tout ?

 

Un large sourire jaunâtre barrait le visage d’Oldaf.

 

- Oui, c’est tout, maître, je vous remercie beaucoup.

 

Il salua, et s’apprêtait à retourner auprès de son groupe, quand il se figea. Sa face était devenue cadavérique.

 

- Vous... qu’avez-vous dit, maître ?

 

- J’irai porter mes souhaits de prompt rétablissement à monsieur votre père, aujourd’hui même, je pense.

 

Oldaf avait l’impression qu’on lui lacérait le ventre. Il sentait déjà la bile dans sa bouche.

 

- Il... il.... n’est pas actuellement à la maison. Il... il est à allé à Khannaânne, pour... pour qu’Ânneûhhânne le soigne, maître.

 

Khannaânne, la Montagne Interdite, l’enceinte sacrée du pouvoir nain, l’un des piliers du Grand Conseil. Shamane parmi les shamanes nains, Ânneûhhânne était le symbole vivant de cette force naine. Au Grand Conseil des Sages, il assurait toujours la puissance de sa race dans le monde, et pourchgassait ardemment la corruption. Au kjaâraak, le conseil des nains, il protégeait surtout les intérêts de son peuple, les Aggome Baine Dawir.

 

- Ânneûhhânne ?

 

La voix de Jedel était glaciale. Il attrappa l’oreille d’Oldaf, et la tordit.

 

- Espèce de sale petit menteur ! Le Grand Conseil siège toute la semaine ! Tu voudrais me faire croire qu’Ânneûhhânne est allé guérir ton père, alors que la guerre des Quanquejans est en pleine discussion au conseil ?

 

Plus personne ne parlait dans le couloir. Nains, elfes, gnomes, humains, tous suivaient la dispute. Seuls quelques elfes qui comprenaient souriaient de la malchance de l’élève. Les nains beaucoup moins. Tous les autres, perplexes, redoutaient que le petiot n’ait un parent costaud dans le coin. Auquel cas, la situation risquerait de touner à l’émeute. Heureusement, il n’en fut rien. Les nains regardaient glacés la honte de l’un des leurs. Ce manque de respect, mentir envers un maître !, fût-il étranger, était impardonnable. Même, à leurs mines sombres, on pressentait qu’Oldaf n’allait pas se tirer de là avec juste un blâme et une oreille écarlate.

 

- Ton épreuve aura lieu demain, sept heures, ordonna sèchement Jedel.

 

Il le poussa brutalement dans la foule. Ce fut comme une vague de dégoût : tous les nains s’écartèrent de lui, le laissant seul. Enervé, Jedel commanda un bac. Il sentait qu’il allait passer ses nerfs sur quelque chose, et il ne voulait pas abîmer sa merveille. Il la balança quasiment quand le bac vînt à sa rencontre, puis sortit du couloir; l’animation y avait repris. Tous commentaient l’évènement, et pressaient de questions ceux qui maîtrisaient le barbolshkaf.

 

- Tous les mêmes, pesta l’Aféetan. Pas moyen qu’ils soient honnêtes. Encore un coup comme ça, mon gars, et je t’assure que là, c’est toi qui aura besoin du secours d’Ânneûhhânne.

 

Il passa devant une nouvelle salle. Un soldat naqôn se tenait devant la porte, en faction. Aux galons, il crut même reconnaître un major. Derrière lui, on distinguait plusieurs membres du Haut Naqônat. Une séance au sommet, sûrement.

 

- Demain, au Crustacées à midi?

 

Jedel eut à peine le temps de reconnaître son collègue tanian qui passa en trombe auprès de lui.

 

- J’y serai ! cria-t-il.

 

Il distingua juste le bras levé d’Eulin-Angza. Avec un peu de chance, Eulin l’invitera...

 

Il déboucha sur le gigantesque hall d’entrée. Peu de monde, en fait. La bibliothèque antique attirait de moins en moins de monde. Surtout qu’on pouvait interroger la moitié de ses trésors depuis chez soi. D’ailleurs, on avait calculé qu’au rythme où allaient les androïdes, la Bibliothèque aurait été complètement numérisée dans trente ans. Seule la journée Portes Ouvertes avait permis de rameuter du monde, qui passait plus de temps dans les couloirs que dans les salles.

 

Un vieux nain, à la barbe foisonnante et grisonnante, s’affairait derrière son bureau, visiblement chafouin. Il farfouillait dans des classeurs qui craquaient de partout, tapait désespérement sur son clavier devant un écran qui restait obstinément noir, soupirait enfin.

 

- Toujours des problêmes de terminal, monsieur de Belgram ?

 

- Oh ! Bonjour, monsieur Doubée. Et oui ! toujours ces satanés problêmes. Mais pas la peine de vous ennuyer avec ça, vous les connaissez maintenant par cœur. Que lisez-vous donc de beau ?

 

La soucoupe grise qui orbitait au-dessus de Jedel s’approcha et expulsa doucement hors de son habitacle le livre, qui paraissait flotter librement dans les airs.

 

- Ah, je vois. Les Années Sombres par Lod Tar. C’est encore pour établir l’histoire de votre ancêtre ?

 

- Évidemment, monsieur de Belgram. Mais c’est aussi pour mes étudiants de la Yole aux Fous. La Guerre de Mina’s est une guerre aussi complexe à étudier que la guerre des Quinquejans l’est à appréhender. Je pense que cela sera instructif. Et quand est-ce que votre terminal sera réparé ? demanda-t-il.

 

- J’attends le réparateur ce matin.

 

- Je suis sûr qu’il ne viendra pas. Les Kar Arrar’r n’ont pas une réputation de tendres, et vu qu’il est déjà en retard de plusieurs jours, il n’a pas envie de se faire tuer.

 

- Vous en avez de bonnes, maudits Aféetans, répliqua le nain en riant. Vous êtes la race la plus susceptible d’Edom, et vous dites que les Kar Arrar’r ne sont pas tendres!

 

- Allez, au revoir, le grincheux, répondit Jedel en quittant la bibliothèque.

 

- C’est ça, au revoir !

 

Sa Vaßtaß 354 décolla dès qu’il sortit de la bibliothèque, et vint le chercher au vingtième étage. C’était un remue-ménage, dans le ciel. Il y avait partout des courses d’autos, des monos lancés à toute allure, ziguezaguant entre les gratte-ciels. On distinguait parmi ces cascadeurs du dimanche beaucoup de Lydons-3, les nouveaux chasseurs captants que Géant Ymir avait dû mettre en place afin de contrer cette folie de la vitesse, depuis que les 83 heures de Rouleauvair avaient été ouverts aux amateurs. Chacun s’entraînait, comme il pouvait.

 

Jedel s’éleva jusqu’à dépasser la haute structure de quatre cent soixante étages que faisait le bâtiment, et donc la bibliothèque n’occupait modestement qu’une centaine. Il arriva juste en dessous des nuages, et admira le panorama qu’il avait sur le quartier. En contre bas, on distinguait difficilement les piétons qui circulaient sur les voies rapides “rampantes”. Elles n’étaient qu’à un kilomètre du sol. Plus proches de lui, à une cinquantaine de mètres, s’étalaient les express-piétons de la  “canopée”. Elle était sur-encombrée, car au sommet des tours connectées entre elles par des rayons transporteurs, un quartier commercial avait vu le jour. Il était devenu à tel point florissant que le prix des loyers dans les immeubles envirronnants avec littéralement explosé. Géant Ymir avait même dû y installer un commissariat, tant la délinquance s’était développée. Toutes les secondes, on voyait un nouveau mono en décoller, pour une nouvelle patrouille. Parfois, il étaient trois, entourant une soucoupe à salade, la carrosserie clignotante, fonçant pleins gaz.

 

Jedel quitta le quartier coloré lentement, et passa devant l’Anta-Anaëlafil, Elfe-ville, comme on l’appelait.  C’était un immense pan de la ville qui en était presqu’uniquement peuplé. Les maisons étaient taillées pour la plupart dans des arbres décamillénaires, mais un châteaux majestueux abritait tout ceux qui préféraient le charme de la cour de Falder à celui des arbres antiques. Ces résidences, quoique magnifiques, n’étaient que les pieds-à-terre occasionnels des elfes, qui préféraient leurs demeures ancestrales loin de la ville.

 

- Aknine, trouve-moi l’adresse du père d’Oldaf Çamparre Igakz.

 

La réponse jaillit presqu’aussitôt. Il n’avait fallu que quelque millisecondes pour que l’ordinateur se connecte au réseau central et achemine sa requête.

 

- Dahinne Çamparre Iktan, fils de Kadan Çamparre Igmédare, habite à Krâachanhan, répondit une voix chaude et féminine.

 

- Combien de temps pour y aller ?

 

- Deux heures quarante minutes.

 

- En route. Fenêtres opaques, température dix-huit degré, prépare un jus de jujuba, habitacle format bureau de travail.

 

La Vaßtaß traversa la couche nuageuse et rejoignit une autovoûte.

 

Par Bégot
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Jeudi 17 novembre 2005

6-Retrouvailles

 

- Au nom de la Loi, je vous arrête pour conduite dangereuse dans une ruelle ! Veuillez immobiliser votre véhicule !

 

Un terrible juron naqôn explosa dans les haut-parleurs. L’homme ne savait pas que Galç le filait depuis une bonne demi-heure dans ses acrobaties et attendait de le choper au corps à corps. Il braqua d’un coup son véhicule, ses réacteurs à pleine fusion et monta en trombe sur quelques mètres, puis stoppa brutalement. Son véhicule semblait pris de hoquet.

 

- J’ai dit : arrêter votre véhicule ! ordonna Galç, le doigt enfoncé sur la gâchette. Celui-là avait bien failli lui échapper.

 

Résigné, le naqôn abaissa le feu de ses réacteurs, jusqu’au strict minimum pour rester en vol stationnaire. Galç se rapprocha, rayons tracteurs toujours tirés, et expulsa un sabot. L’engin, grand comme le poing, gris et carré, alla se coller au mono fautif. Quelques secondes plus tard, le naqôn avait perdu le contrôle de son véhicule. René, l’ordinateur de Galç, le pilotait. En quelques minutes, le naqôn fut amené au commissariat, et il en sortit une demi-heure plus tard, furieux et à pied. Son véhicule appartenait désormais à Géant Ymir, qui allait le donner en cadeau à un de ses employés, et, en plus, il avait écopé d’une amende de huit cent ganzas pour excès de vitesse, plus une autre de trois mille pour refus d’obéissance.

 

Galç regardait partir l’homme en souriant. Après tout, il l’avait cherché, ce minable. Avec un peu de chance, on lui attribuerait le véhicule de ce chauffard. Son précédent cadeau était déjà complètement dépassé. On le lui avait offert deux ans plus tôt.

 

Il sortit de l’habitacle, échangea un rapide salut avec Tyanpèle, le mécano, et se dirigea vers le mess des officiers. Une bonne lèfe, trois potes, voilà tout ce dont on avait besoin. En s’approchant de la pièce déjà enfumée, il distingua dans l’embrasure une silhouette familière, mais qu’il ne reconnut pas. La tête était noyée dans un océan de fumée ondulante, et en plus, il était sûr qu’il n’avait jamais vu cette personne ici. Cependant...

 

Cinq mètres plus près, plus de doute, c’était bien sa femme qui l’attendait, sourire au lèvre. C’était tellement rare cette mimique sur sa  bouche que Galç sentit la bonne surprise. Il demanda quand même la raison de sa venue. Aekanaïl s’effaça, et laissa place à un solide militaire.  Galç eut du mal à reconnaître cette tête d’elfe mûr, hâlé par le soleil quotidien et blessé par les terribles entraînements. Il ne put s’empêcher de serrer son fils dans ses bras, et Kel Thal ne put éviter l’étreinte paternelle, combien humilante en public. Mais il y avait peu de monde au mess, juste Main de Fer, un ami nain de Galç, qui tenait tranquillement sa pipe de sa main droite et roulait sa longue barbe blanche de l’autre, ses joues rougies de plaisir. 

 

- Mais, tu en avais encore pour cinquante ans dans les camps d’entraînement !

 

- Affirmatif. Cependant, j’ai gagné le Yantan Yantan, et le Prince m’a accordé une perm’ pour venir te voir.

 

- On boit une lèfe ? Ça sera mieux pour parler. Wolà ! Tacy-Burn ! Two feles and one iced coffee !

 

- Yes sir ! répondit une voix surgie du comptoir. Juste après, un homme à la peau glabre, portant trois verres pleins à rabord, s’avançant vers leur table.

 

-Do you want anything else ?

 

-Voulez encore quelque chose ? traduisit Galç.

 

- Non, ça va, merci, répondit Kel Thal.

 

- Un petit citron me déplairait pas.

 

- And one lime, please.

 

- All right, sir.

 

Tandis que le serveur s’éloignait, Main de Fer prit sa chaise et la déposa à côté de Galç. Kel Thal réprima sa répugnance de voir un nain si près de lui. Mais lui et son père paraissaient bons amis. C’était bien ce qu’il craignait…

 

 

“Cette canaille de jœrt s’était finalement calmée : je crois même qu’on avait finalement pactisé assez vite. Je ne savais pas alors pourquoi, mais j’étais sûr que mon origine algaratte y était pour beaucoup dans cette amitié. Mais surtout, ce qui m’intriguait au plus haut point, c’était l’intérêt qu’il avait porté à mon Alguerett. Il m’avait posé tout un tas de question . Comment avais-je survécu, qu’y faisais-je ? Qui étaient mes parents ? L’insistance de sa curiosité était étrange, inexplicable. A moins que... à moins que cet elfe qui mangeait sa viande fumée, proprement, comme un elfe, n’était... Lan-Mec’h-l’idiot-la-brute. Je reconsidérais mon compagnon de route. Lan-Mec’h ? Ça ? Certes, les muscles étaient là, aussi noueux qu’avant, les traits du visage paraissaient toujours durs, aplatis et la taille de l’épée correspondait tout à fait au style rentre-dedans du Lan-Mec’h que j’avais connu. Mais, les propos que l’elfe m’avait tenus étaient cohérents. Ce n’étaient pas des aboiements. Il possédait une arbalète d’une facture assez complexe, et il me semblait fortement douteux que mon Lan-Mec’h  ait jamais compris le concept même d’une arme plus subtile que la massue. Et puis, il y avait sa prestance. Même s’il avait des habitudes qu’il avait dû contracter aux contacts de guerriers humains, il ne se conduisait pas comme une bête féroce, mais bien comme un elfe. Son frère, alors ? J’optais pour.

 

  Le soleil baignait la plaine de ces rayons dardants, faisait ruisseler l’or des épis, et étinceler Baldassian. Un vent heureusement frais, déboulant de derrière les rochers à l’ombre desquels nous nous reposions, me rafraîchissait, et soulevait une mèche qui d’ordinaire me gêne la vue. J’avais déboutonné ma chemise afin de me libérer un peu le ventre, même si à l’époque il était bien maigre.

 

Nous avions parlé longtemps dans la nuit, et je crois bien que je ne m’étais finalement endormi qu’à l’aube. Je dormais paisiblement du sommeil du juste, quand on me réveilla brutalement. Encore tout embrumé, je mis du temps à comprendre les paroles prononcées à voix basse. J’ouvris les yeux et aperçut Elmerr. Il susurrait quelque chose : “Lève-toi, crétin, lève-toi donc !”.  N’en voyant pas la nécessité, je me retournai et fermai les yeux. Je fis évidemment semblant de dormir, certain que mon hôte me réveillerait d’une façon ou d’une autre. Je m’étais préparé à être secoué dans tous les sens, et voilà que je fus emporté dans les airs, à toute vitesse. Il y avait sous moi une sorte de tapis verdâtre, quelque chose qui allait vraiment très vite. Je fus à nouveau soulevé comme un fêtu de paille, et me retrouvai assis à califourchon sur cette chose qui allait très vite. Elmerr se tenait juste derrière moi, m’enserrant dans ses bras. Je regardai mes pieds, et je criai. Ou plutôt ma bouche s’ouvrit, mais rien n’en sortit. L’elfe venait d’y plaquer violement sa main. Je marmonnai, tentai de me dégager, mais rien ne put y arriver.

 

- Bouge pas, idiot. Il y une troupe de trolls dans les environs, qui fonce droit vers nous. Les rochers nous cachent encore, mais je t’assure qu’ils ne vont pas mettre longtemps à découvrir nos odeurs. Et là...

 

Dès qu’il lâcha son étreinte, je l’agonis d’injures et lui demandai :

 

- Et alors ? Ta licorne, elle est invisble, non ? T’as pas un sort pour nous rendre aussi invisible ?

 

- À grande vitesse, ça marche assez mal. Mais bon…

 

Elmerr se revêtit de sa cape brune, et la referma de telle sorte que Lod soit à l’intérieur.

 

Tu sais que tu es une enfoirée, Arcandil ?

 

La ferme, répondit la claymore. T’as voulu garder ce minus, t’assume. Il se ferait bouffer cru par les trolls, si tu les affrontaient. En plus, je perçois une grande force parmi la troupe. Il doit y avoir un shaman puissant parmi eux. Tu sais, les trolls, c’est pas comme les gobelins. Ils maîtrisent eux aussi la magie.

 

Sans blague ?

 

Lod ne disait rien. Elmerr n’y fit pas attention, croyant que c’était la peur des trolls qui l’avait enfin, et heureusement, rendu coi.

 

Par Bégot
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